Citation
Question siamoise

Material Information

Title:
Question siamoise
Series Title:
Revue Indo-Chine ; Vol. 1 (1893)
Place of Publication:
Hanoi
Publisher:
Revue Indo-Chine
Publication Date:
Language:
French

Subjects

Subjects / Keywords:
Thailand -- Foreign relations -- France -- 19th century ( LCSH )
France -- Foreign relations -- Thailand -- 19th century ( LCSH )
Asie -- Vietnam -- Hanoï
Châu Á -- Việt Nam -- -- -- Hà Ná»™i
Asia -- Indochina -- Tonkin -- -- Hanoï --
Asie -- Indochine -- Tonkin -- -- Hanoï
Châu Á -- Đông DÆ°Æ¡ng -- Bắc Kỳ -- -- Hà Ná»™i
Spatial Coverage:
Asia -- Vietnam -- Hanoi
Coordinates:
21.028472 x 105.854167

Notes

General Note:
Extract from Revue Indo-Chine, Vol. 1, 1893

Record Information

Source Institution:
SOAS University of London
Holding Location:
Archives and Special Collections
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329786 ( ALEPH )
EM35 /92830 ( SOAS classmark )

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la question siamoise
I
Le moment nous parat opportun pour donner ici un expos sommaire de
la Question siamoise et des phases par lesquelles elle a pass depuis le jour
o le Gouvernement franais crut devoir affirmer, autrement que par de plato-
niques protestations, les droits de l'Annam et du Cambodge sur les rgions
laotiennes que, ces dernires annes, les Siamois avaient illgitimement occu-
pes. Quelle qu'et t la solution intervenir (et heureusement nous savons
qu'elle a t pacifique), nous arrivons la fin d'une priode bien dtermine,
celle au cours de laquelle, le Siani ayant viol des territoires compris dans
notre sphre d'action ou d'influence et refus de les vacuer de bonne grce,
la France s'est vue oblige d'appuyer par la force les revendications que la
seule diplomatie n'avait pas fait triompher, sans toutefois se considrer
comme en tat de guerre, voire de reprsailles, vis--vis du Siam, quand elle
roccupait la portion du Laos sur laquelle les droits de nos protgs restent
incontestables, et, pacifiquement ou les armes la main, en cartait des enva-
hisseurs, des intrus. Tant de faux bruits ont couru ce sujet dans l'Indo-Chine
franaise et ailleurs, tant d'absurdes allgations ont trouv crdit, qu'il ne
paratra pas inutile de publier un bref mmorandum des faits accomplie
Bien entendu, nous supposerons nos lecteurs assez bien informs des choses
indo-chinoises pour que nous n'ayons pas, au pralable, rfuter les prud'-
hommesques affirmations de certains journaux : nous n'crivons pas pour les
gens qui confondent le Laos avec le Dahomey ; qui, jugeant ncssaire de se
renseigner sur la question, interviewent le ministre de Siam Paris, ou ses
attachs, demandent pour quel motif on n'a pas utilis les services de
l'arme cambodgienne, qui n'existe pas, et reprochent amrement au Gou-
verneur gnral ou au Sous-secrtaire d'Etat de n'avoir pas prvu l'effer-
vescence des tribus belliqueuses du Laos, ces sauvages longs cheveux,
comparables aux plus terribles Soudanais (sic).
M. le Sous-secrtaire d'Etat avait dcid, d'accord avec M. de Lanessan,
l'envoi sur le bief suprieur du Mkong, en amont de l'le de Khne, de deux
canonnires dmontables qui devaient tre transportes, travers l'le, sur
une distance de 10 kilomtres. Le 18 mars, il invitait M. le Gouverneur gnral
assurer aussitt que possible : 1 le dbarquement Khne des canon-
nires dmontes ; 2 leur transport travers 11 le ; 3 leur remontage et leur
lancement sur le bief suprieur. Ces canonnires devant tre livres Saigon


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le 17 aot, il n'y avait pas de temps perdre, et le Dpartement prescrivait :
1 de relier au village de Khne le poste cambodgien de Sambor, par une ligne
tlgraphique ; 2 d'tablir dans l'le une quipe de travailleurs indignes
pour prparer la voie de transbordement; 3 de protger cette quipe par
l'installation d'un poste militaire Khne. Stung-treng, se trouvant sur la
ligne d'oprations, devait tre galement occup. Le Gouvernement franais
se dclarait dcid donner satisfaction un fort courant d'opinion en met-
tant un terme aux empitements des Siamois.
A la date du 21 mars, M. de Lanessan informait le Dpartement qu'il
restait quelques jours encore Saigon, avant de partir pour Hu et le Tonkin,
afin de surveiller toutes les mesures prendre en vue de procder l'occupa-
tion de Stung-treng et de Khne, sans employer la force s'il tait possible. Ds
le 26 mars, M. le Gouverneur pouvait tlgraphier : Les troupes destines
l'occupation de Stung-treng et Khne et le personnel de construction de la
ligne tlgraphique sont partis hier au soir . Et il ajoutait: Je prends des
mesures pour l'occupation des postes siamois de l'Annam aussitt que le
moment me paratra favorable . Gomme on le voit, le Gouvernement n'avait
pa* perdu de temps.
Ds le 24 mars, M. Bastard, vice-rsident au Cambodge, appel a Saigon,
avait t plac dans la position de mission et charg par M. de Lanessan de
la direction des affaires dans la rgion entre Sambor et Khne et de l'excu-
tion des mesures destines couper court aux empitements des Siamois sur
la rive gauche du Mkong. Il devait tre accompagn de cent tirailleurs
annamites, commands par le capitaine Thoreux auquel, sous sa propre res-
ponsabilit au point de vue technique, tait confi le soin de procder l'oc-
cupation militaire des deux points indiqus et, gnralement, des points que le
reprsentant du Gouvernement jugerait ncessaire de garder. Ainsi que
l'avait tlgraphi M. de Lanessan au Dpartement, les troupes taient
places sous l'autorit (et non sous le commandement) d'un administrateur,
afin d'viter autant que possible l'emploi de la force. Ajoutons que la
promptitude et la discrtion paraissant indispensables pour assurer le succs
des oprations sans effusion de sang, le dtachement du capitaine Thoreux
avait t prlev sur la compagnie de Sadec et directement embarqu sur le
Mkong.
M. de Coulgeans, commis principal des postes et tlgraphes, install
Stung-treng depuis trois ans comme agent commercial et de renseignements,
fut adjoint M. Bastard pour l'aider de sa connaissance de ces rgions
et, plus spcialement, pour diriger la construction de la ligne tlgraphique;
la scurit des travailleurs devait tre assure par 30 miliciens cambodgiens
dtachs de Sambor.
M. Bastard reut en outre les instructions suivantes : Thbon^-khla (en
aval de Stung-treng), rduire l'impuissance le poste de douanes siamoises ;
Stung-treng, reprsenter au Kha-luong (mandarin siamois) qu'au nom
du Gouvernement franais et par ordre du Gouverneitr gnral de lTndo-Chinc
franaise un poste allait tre install, par leur envoy, sur ce territoire o
seule doit s'exercer l'autorit de la France ; ne faire emploi de la force que


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si les circonstances l'exigeaient imprieusement, et, dans ce cas, prescrire au
chef du dtachement de respecter les habitants et de chercher plutt rduire
le Kha-luong et ses gens l'impuissance qu' les supprimer ; installer
dans le logement mme du Kha-luong, aprs son dpart, une garde de surveil-
lance suffisante pour assurer la scurit gnrale ; -- monter avec le reste
du dtachement vers Khne et y oprer dans les mmes conditions; vu la
situation de l'le, n'agir qu'aprs avoir runi tous les renseignements et pris
toutes les mesures de prcaution afin que la scurit de la marche, par terre
ou par eau, ne ft pas compromise; aussitt install Khne, commencer
les travaux prparatoires du transport des chaloupes ; crer de Stung-treng
Sambor une route qui plus tard se continuera sur Krati et sur Thu-dau-Mot.
Pendant que M. Bastard se dirigeait vers Stung-treng, dans les derniers
jours de mars, le Lutin recevait l'ordre de rester Bang-kok, en surveillance.
Nous reviendrons sur les oprations d'ordre maritime.
M. le Gouverneur gnral tenait avant tout ce que notre occupation
se fit avec autant de modration que de dignit, sans violences inutiles, ce
qu'elle eut, en un mot, tous les caractres d'un acte de proprit accompli
au grand jour par une nation puissante qui use de ses droits l'heure qui
lui convient, mais n'abuse pas de sa force. C'est pour cela que, confiant la
direction des affaires un rsident civil, il avait donn cet agent les ins-
tructions que nous avons rsumes plus haut. De son ct, M. le gnral Pernot
avait donn des instructions conformes au capitaine Thoreux.
II
Stung-treng et Khne furent occups, trois jours de distance, sans
effusion de sang et dans les conditions prvues par le Gouverneur gnral:
Le 1er avril, 9 heures du matin, MM. Bastard, Thoreux et deCoulgeans,
et le dtachement, aprs avoir remont le Mkong sur des pirogues, dbar-
quaient Stung-treng et se rendaient, sans armes ni escorte, chez le Kha-
luong, qui venait les recevoir au seuil de son domicile. M. Bastard lui parla
conformment aux instructions reues et invita ce fonctionnaire quitter la
place avec ses gens. A 4 heures aprs-midi, aprs avoir tent sans succs plu-
sieurs essais de tergiversations, le Kha-luong se dcidait passer sur la rive
droite avec son escorte, dont l'armement comptait une centaine de fusils. Les
Siamois auraient donc pu rsister, au moins quelques heures; mais la rapidit
de notre action les avait surpris et l'attitude nergique et habile des agents
franais leur en avait impos. Aussitt aprs leur dpart, le drapeau franais
fut arbor sur l'ancienne demeure du Kha-luong; on travailla organiser un
camp et le mettre en tat de dfense; cependant M. Bastard convoquait
les mandarins et notables de Stung-treng qui, un moment disparus avec les
habitants, s'taient empresss de revenir ds que les Siamois eurent quitt la
place; il leur fit part de notre rsolution d'occuper le pays, leur exposa les
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intentions bienveillantes et protectrices de la France leur gard, et les char-
gea de-rassurer la population. Une heure aprs, tous les habitants avaient
regagn leur domicile et fraternisaient avec les tirailleurs annamites.
Le 2 avril au matin, M. Bastard et le dtachement du capitaine Thoreux
se portaient rapidement dans la direction de Khne, laissant Stung-treng
50 hommes sous les ordres du lieutenant Moreau. Le 5 avril, 5 heures du
matin, on dbarquait sans incident la pointe sud de l'le. Aprs avoir suivi
pendant six kilomtres un sentier trs peu praticable en pleine tort, nos gens
rencontraient vers 7 heures des guides soi-disant envoys par le Kha-luong
de l'le de Kong, descendu Khne pour faire aux Franais les honneurs de
cette dpendance de sa province . Cependant on atteignait une clairire o
vingt Siamois, la garnison du village de Khne, surpris au moment o ils ten-
taient de construire une barricade, et ne pouvant lutter contre nos troupes, se
contentaient de leur porter les armes et de les accompagner au village. Ds
9 heures, le Kha-luong tait parti, cdant la premire injonction de M. Bas-
tard, et le drapeau franais flottait sur sa demeure. On s'occupa aussitt de
fortifier le poste et de rassurer la population indigne qui, tout d'abord, se
montra gagne notre cause. Le mme jour, M. de Coulgeans descendait vers
Sambor pour commencer la pose de la ligne tlgraphique; le 2 mai, c'est--
dire en vingt-trois jours de travail, la communication tait tablie, sur un
parcours de 100 kilomtres, de Sambor Stung-treng.
Le 6 avril, le Pra-pit-Gha de Kong, deuxime commissaire des provinces
de l'Ouest, se rendait Khne pour remettre M. Bastard une protestation
crite, en son nom personnel, et se retirait aussitt aprs cette formalit ac-
complie. Les travaux d'installation du poste furent rapidement pousss, avec
le dvou concours des habitants ; et quelques jours aprs, MM. Bastard et
Thoreux, laissant le commandement de l'le au lieutenant Pourchaut, arriv sur
ces entrefaites avec un renfort de 50 tirailleurs, redescendaient Stung-treng.
Le reprsentant de la France se mit aussitt en relations suivies avec les
mandarins indignes, notamment avec le Chu-muong, gouverneur laotien
delaprovince, agent dont le dvouement lui parut assur. Cet agent abolit, sur
les instructions de M. Bastard, les droits de douane induement tablis par les
Siamois ; un petit poste de Laotiens fut plac sur la rive gauche, Thbong-khla,
que les douaniers Siamois avaient vacu sans attendre les injonctions de notre
reprsentant ; ce poste tait destin surveiller le fleuve et faciliter les ravi-
taillements. En mme temps, une proclamation, rpandue dans le pays par les
soins du Chu-muong, rassurait sur nos intentions la population indigne.
Malgr les bruits alarmants que des agents siamois essayrent de r-
pandre, aucun incident ne fut signaler dans les dbuts. Dans un rapport du
5 mai, M. Bastard constatait la tranquillit du pays; de son ct, M. Pour-
chaut signalait que la situation dans l'le restait excellente; la population
travaillait avec ardeur largir la voie de transbordement, pour le passage
des canonnires; mais son insuffisance numrique rendait ncessaire l'envoi
de coolies cambodgiens ou annamites. M. Bastard descendait Saigon pour
en assurer le recrutement et traiter certaines questions avec le Lieutenant-
Gouverneur.


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Sur ces entrefaites, des rumeurs alarmantes furent rpandues, Saigon
d'une part, en France de l'autre. A Saigon, on annonait que les postes de Stung-
treng et de Khone taient menacs et risquaient d'tre enlevs par les Sia-
mois; on ajoutait mme qu'une frgate siamoise tait partie de Bang-kok avec
la mission de bombarder la capitale de la Cochinchine; et, bien qu'on ignort
l'origine de ces bruits, bien que d'ailleurs on n'y ajoutt gure crance, les
autorits franaises, dsireuses de rassurer l'opinion publique parfois trop
facile s'mouvoir, se prcautionnaient contre toutes ventualits et met-
taient la rivire et la ville en tat de dfense. Des bruits plus alarmistes
encore se rpandaient Paris, mis en circulation par des dpches d'origine
siamoise : trois officiers franais auraient t tus par les belliqueuses peu-
plades du Laos; M. Bastard lui-mme aurait t massacr. Cette dernire
nouvelle tait mme donne dans des termes si prcis que, quelques jours
aprs que M. Bastard ft remont Stung-treng, Mm Bastard, mre de ce
fonctionnaire, tlgraphiait au Rsident suprieur du Cambodge pour de-
mander si rellement son fils avait pri. En Indochine, cependant, on ne
recevait aucun cho des fausses nouvelles rpandues dans la Mtropole: on
ne les connut mme que par les dpches de France qui sollicitaient des
renseignements. En ralit, toutes ces rumeurs taient controuves : il et t
bien difficile que trois officiers eussent rencontr la mort au Laos, puisque
deux seulement s'y trouvaient, MM. Thoreux et Pourchaut, le lieutenant
Moreau ayant d redescendre, fortement prouv par les fivres; pour
M. Bastard, depuis qu'il avait rejoint son poste, dans les conditions que nous
indiquerons ci-aprs, il communiquait journellement avec le Gouvernement
gnral. Deux faits seulement finirent par se dgager : la capture du capitaine
Thoreux, qui tait mont vers Khne avec un convoi de vivres et trois tirail-
leurs d'escorte, tant le pays lui semblait sr ; et l'investissement de l'le. Nous
ne reviendrons pas sur la captivit du capitaine: rappelons toutefois que le
Gouverneur gnral, pour y mettre un terme, ne ngligea aucune dmarche,
et que M. Thoreux a t enfin remis en libert, le mois dernier.
Pendant que des tlgrammes alarmistes taient lancs de Bang-kok,
sans doute en vue de dcourager le Gouvernement de la Rpublique et de
l'amener renoncer la revendication de nos droits sur les territoires de la
rive gauche du Mkong, les reprsentants du Siam Paris inondaient les jour-
naux franais de faux renseignements sur l'tat d'esprit des habitants des
rgions occupes par nous, et faisaient dire que leur gouvernement n'tait
pour rien dans le blocus et l'attaque de Khne, non plus que dans l'enl-
vement du capitaine Thoreux; tous ces incidents taient le fait des Laotiens;
et des journaux, insuffisamment cuirasss de mfiance, reproduisaient
l'envi les plus fantastiques informations imagines par nos adversaires,
sur les terribles Laotiens, qu'on reprsentait comme nos ennemis acharns;
tandis qu'en ralit, et cela ressortira nettement au cours de ce rcit
nous n'avons trouv au Laos que des populations extrmement timides,
impatientes de se dgager du joug siamois, mais incapables de prendre
une initiative et de repousser sans notre appui les petits mandarins qui, loin
de Bang-kok et du contrle de leurs chefs, se faisaient har par leur rapacit
0,


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et par des vexations continuelles exerces contre les indignes ; ces derniers,
on le verra, nous ont accueillis partout avec la plus vive et sincre satisfaction.
Il convient en outre de bien insister sur ce fait significatif : aucune des
ridicules nouvelles rpandues Paris ne fut lance dans l'Indo-Chine fran-
aise, o tout le monde en aurait ri ; on voulait provoquer en France un mou-
vement d'opinion, et on craignait que des dmentis catgoriques et probants
ne partissent d'ici assez tt pour clairer utilement l'opinion publique sur
le jeu de nos adversaires.
Ds que furent connus l'enlvement de M. Thoreux et le blocus de Khne
le Gouverneur gnral, d'accord avec le Gnral en chef, fit partir de Saigon,
sous le commandement du capitaine Adam de Villiers, les troupes ncessaires
pour parera toute ventualit. M. Bastard, bien que trs fatigu parles fivres,
se joignait la colonne pour regagner son poste. Par suite des difficults de la
navigation et du petit nombre des pirogues disponibles, la colonne n'arriva
Khne que le 22 mai. En aval de la pointe sud de Kasdam, le accole celle de
Khne, nos troupes avaient d,causedes courants, dbarquer momentanment
sur la rivedroite pour viter le feu des Siamois et pour battre deux forts situs l'un
au milieu de Kasdam, l'autre sur la pointe sud de Khone. L'opration, com-
mence 4 heures du soir, tait termine 5 heures ; les Siamois s'enfuyaient
des fortins et regagnaient leurs embarcations choues entre les deux les.
Le 23 au matin, la colonne entrait dans notre fort de Khne qui, grce au
sang-froid deM. Pourchaut, avait rsist plusieurs attaques au cours desquelles
nous avions eu trois blesss, mais les Siamois avaient t fortement prouvs.
Dans la soire, une reconnaissance dlogeait les Siamois d'un poste plac
la pointe nord de l'le, et Khne tait entirement nous. Nous y occupions
trois forts: un au centre avec 50 europens et 100 tirailleurs, un au nord
et un au sud avec chacun 50 tirailleurs ; 100 hommes gardaient Stung-treng,
et le commandement massait des troupes de rserve Pnom-penh et Krati.
Nanmoins, le Gouverneur gnral se proccupait de la possibilit de dimi-
nuer, le plus tt possible, les effectifs europens et annamites, srieusement
maltraits par la fivre dans ces rgions malsaines; il prescrivait la forma-
tion de milices cambodgiennes, et surtout laotiennes, et prvoyait du reste
que la prsence de nos chaloupes sur le bief suprieur permettrait de rappeler
une bonne partie des troupes. Malheureusement la rfection de la voie de trans-
bordement n'avanait pas vite, la population de Khne tant peu nombreuse;
d'autre part, les coolies cambodgiens refusant d'aller travailler au Laos, il
tait indispensable de recruter des Annamites, et cela prenait un temps
prcieux.
Cependant on signalait de Pnom-penh que, sur divers points, les autorits
siamoises de la frontire organisaient de petites bandes pour les lancer sur les
provinces cambodgiennes ; la province de Thpong tait inquite par des ma-
raudeurs; notre ministre Bang-kok fut avis de ces menes par M. de
Lanessan.
Sur le Mkong nous faisions vacuer, au mme moment, les les situes
entre Khne et la rive gauche, afin d'assurer la pose du fil tlgraphique reliant
Khne Stung-treng. Le plus souvent il suffisait de quelques coups de canon


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pour dloger, sans que nos hommes courussent le moindre risque, les Siamois,
qui se retiraient en amont pour se masser et se fortifier dans les les au-dessus
de Khne : cela n'empchait pas la cour de Bang-kok d'assurer notre ministre
des affaires trangres qu'elle tait reste trangre la rsistance de Khne
comme l'enlvement de M. Thoreux.
Rappelons brivement les oprations :
Le 14 juillet, le capitaine Adam de Villiers enlevait les forts Siamois
des les de Don-than et Ta-phum, situes entre Khne et la rive gauche, ainsi
qu'un fort install sur la rive gauche. Un tirailleur annamite tait tu dans
l'affaire; mais les Siamois perdaient beaucoup de monde.
Le 17 juillet, la ligne tlgraphique atteignait Khne.
Le 19, les les Don-dua et Don-ngo tombaient en notre pouvoir; le20, nos
troupes s'emparaient encore de la grande le de Don-son, o les Siamois
s'taient concentrs. A ce moment toutes les les taient en notre possession ;
depuis le dbut des oprations les Siamois avaient eu 500 hommes hors de
combat, dont 200 tus ; ils laissaient entre nos mains 33 prisonniers, 50 fusils,
et 1 canon.
Mais cela ne suffisait pas pour assurer la navigation de nos canonnires
sur le bief suprieur du Mkong. M. le lieutenant de vaisseau Simon, mis depuis
le mois d'avril la disposition du Gouverneur gnral pour commander les
deux canonnires lancer, s'tait rendu Khne pour tudier la question du
transbordement. Ses rapports et tlgrammes signalaient que le rapide de
Keng-Kune, au-dessus de Khne, pourrait peut-tre ne permettre le passage
qu'aux hautes eaux et, pendant la saison des eaux basses, retenir loin de notre
poste les canonnires qui seraient montes plus haut, et qui risqueraient de se
trouver dans une situation critique; M. Simon concluait la ncessit d'occuper
l'le de Kong qui, grande et relativement peuple, serait une base d'oprations
politiques et militaires extrmement sre et prfrable Khne. Du reste,
rien ne consacrerait mieux notre suprmatie que l'occupation de ce territoire
qui a toujours t le centre administratif des Siamois pour ces rgions.
M. de Lanessan, approuvant cette manire de voir, en informait le Dparte-
ment, et faisait procder tous les prparatifs ncessaires en vue de l'occupa-
tion de Kong, qui se trouve une porte de canon de Don-son. Cette opration
devait tre accompagne de l'enlvement de quelques postes Siamois tablis
sur la rive gauche, en face de Kong, et suivie de l'occupation de Siem-pang
et d'Attopeu qui sont en communication directe avec ce point. En attendant
l'arrive de M. le colonel de Beauquesne, qui devait diriger les oprations,
M. Adam de Villiers excutait le 22 juillet une reconnaissance dans le nord de
Don-son, vers le fort de Solovien, situ sur la rive gauche. Il signalait en outre
l'excellente impression produite par la prise de Don-son; dans cette le, plus de
400 Laotiens rentrrent, au lendemain de notre occupation, demandant '
construire des villages sous notre protection. Les oprations ont t interrom-
pues par l'acceptation de l'ultimatum signifi depuis la cour de Bang-kok (1).
(1) Depuis que ces lignes ont t crites, l'occupation de la grande ile de Kong a t dci-
de, avec le consentement de la Cour de Siam, et est effectue l'heure actuelle.


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REVUE INDO-CHINOISE ILLUSTREE
En mme temps le gouvernement s'occupait de faire excuter l'embou-
chure du Me-nam des manifestations navales et dcidait l'envoi Saigon d'un
bataillon de la Lgion 700 hommes environ qui devaient s'embarquer,
partie Toulon le 10 juillet, partie le 23 Marseille. Au cas o des oprations
de guerre eussent t dcides contre le Siam, le commandement pouvait en
outre, sans inconvnient, dtacher des provinces de Cochinchine de 800 1000
hommes, dont 4 ou 500 europens. Nous allons maintenant revenir en arrire
pour rappeler les faits principaux de notre action contre les Siamois l'ouest
des provinces annamites.
III
Les Siamois, depuis sept ans, poursuivaient leur marche vers l'Est,
occupant des territoires tributaires de la cour de Hu, puis la rgion du Tran-
ninh, puis les huynde Gam-mon et'Cam-cat, s'avanant toujours vers la cte,
et ne daignant pas mme nous faire connatre quelle limite ils imposeraient
leur occupation. Le Gouvernement annamite, trs proccup de ces faits,
s'tonnait juste titre de notre excessive indiffrence et de notre inaction.
Ds que M. de Lanessan connut les vues du Dpartement au sujet de
Stung-treng et de Khne, il comprit la ncessit, comme consquence de cette
occupation, de provoquer l'vacuation des postes tablis par les Siamois
dans les montagnes de l'Annam, postes qui, surtout ceux de Gam-lo et Gam-
mon, fermaient les deux meilleures voies d'accs vers le moyen Mkong. Sur
ses ordres et avec Tassentiment du Gouvernement franais, il fut procd
en secret toutes les mesures prparatoires, dans les provinces de Quang-tri,
Ha-tinh et Nghe-n ; ainsi, dans le Quang-tri, les effectifs de milice durent tre
renforcs, et la Gour prit sa charge la moiti des frais de solde et d'entre-
tien. Par lettres officielles en date du 23 et du 26 avril, M. Dufrnil, vice-rsi-
dent Quang-tri, et M. Luce, rsident du Nghe-Tinh, furent placs en situa-
tion dmission et reurent des instructions analogues celles qu'avait reues
M. Bastard, inspires du mme esprit : n'user de la force qu' la dernire extr-
mit, mettre les Siamois de chaque poste dans l'impossibilit de nuire plutt
que. les supprimer, les soumettre aux mesures de prcaution ncessaires
pour qu'en se retirant ils ne pussent prvenir d'autres postes ou s'adjoindre
-leurs garnisons ; s'entourer de tous les renseignements pour n'avancer qu'
coup sr ; rassurer les indignes ; leur apparatre en protecteur bienveillant,
respecter leurs murs et croyances, viter toute vexation. L'objectif principal
du Gouverneur gnral tait de nous assurer immdiatement la libre jouissance
des deux plus importantes voies d'accs entre la cte d'Annam et le Mkong.
L'une part de Quang-tri, au nord de Hu, suit en partie la route mandarine
jusqu' Gam-lo, puis se dirige vers notre poste d'Ai-lao, en utilisant en partie
la valle del rivire de Gam-lo, traverse le plateau del chane annamitique,
passe par Ho-sang en suivant la valle de la Tche-pon, affluent du Se-bang-
Hien, par Muong-pinh et Song-kon, et, par la valle du Se-bang-Hien, atteint


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le Mkong en face de Kemmarat. C'est sur cette route que les Siamois, tenant
par dessus tout sa possession, avaient chelonn le plus grand nombre de
postes et que notre effort devait tre le plus considrable; c'est la voie qui
conduit le plus directement et le plus commodment au grand fleuve ; et,
comme elle est aussi la plus voisine de Hu, en cartant les Siamois nous ne
pouvions manquer de donner une satisfaction immdiate trs grande la Cour
et au peuple annamite. C'est M. Dufrnil, vice-rsident Quang-tri, que
M. le Gouverneur gnral chargea de cette opration. 11 devait, en outre des
instructions rsumes ci-dessus, organiser des postes pour asseoir solidement
notre influence dans la rgion, et tudier le trac de la route tablir entre
Ai-lao et Kemmarat.
M. Luce, rsident du Nghe-tinh, devait agir plus au Nord; chasser les
Siamois de Gam-mon, leur principal centre administratif, et tudier le trac de
la route tablir sur l'autre voie d'accs vers le Mkong. Celle-ci, partant de
Vinh, arrive Ha-trai par la valle du Ngan-sho, Na-p par la valle du
Nam-sao, et atteint Cam-mon et Ken-kiec ; de ce dernier point, on peut aller,
soit, en remontant au Nord, dans le Tran-ninh (cette voie n'est presque pas
suivie), soit, en descendant par la valle du Nam-hin-Boun, vers Hou-ten
et Saniaboury.
Le 20 avril au matin, M. Dufrnil atteignait Ai-Lao, avec M. l'inspecteur
Garnier, commandant un dtachement de miliciens ; le mme jour, ils arrivaient
au poste siamois de Ho-sang o se trouvait un mandarin civil qui vacua le poste
sans difficults et consentit accompagner notre agent jusqu' Na-bon et, de
ce point, regagner le Mkong. Le 2 mai, M. Dufrnil forait le lieutenant
siamois commandant le poste de Na-bon, et ses hommes, se retirer vers
le Mkong, avec le mandarin de Ho-sang qui s'y tait engag par crit.
Le 4 mai, M. Dufrnil, s'cartant provisoirement de la route de Muong-
pinh, arrivait Xuong-thanh, sige du gouverneur siamois (Chau-khun) de la
rgion; l'attitude nergique de nos hommes intimida la garnison de ce poste
important qui n'essaya pas de rsister. Le Chau-khun, mandarin d'un haut
grade, trs redout dans le pays, dut se rsoudre accompagner M. Dufrnil
jusqu' Muong-pinh et prescrire par crit aux garnisons des postes de la
rgion de se replier jusqu' ce point. La joie des Laotiens fut trs vive; la
population s'empressait de renseigner exactement notre agent, de lui t-
moigner sa gratitude pour le dpart des Siamois, et du Chau-khun en parti-
culier que dj ses serviteurs indignes refusaient de suivre.
Le 8 mai, M. Dufrnil arrivait Muong-chanh et, admirablement accueilli
par la population, ne trouvait dans le poste que le fils du Chau-khun et 8 Sia-
mois; les autres soldats, des Laotiens, avaient dsert ; leurs armes, 21 fusils,
qu'ils avaient caches dans le village, furent remises par les habitants notre
agent; et, le soir mme, les dserteurs reparaissaient, enchants de ne plus
tre rquisitionns pour le service militaire. Les Siamois grossirent le convoi
qui suivait M. Dufrnil vers le Mkong. Partout, sur la route de Muong-pinh,
les habitants se plaignaient des impts et des rquisitions dont on les avait
accabls depuis quatre ans, et ne cachaient pas leur joie d'tre dlivrs enfin
de ce cauchemar Siamois .


78
REVUE INDO-CHINOISE ILLUSTREE
Le 13, M. Dufrnil atteignait Muong-pinh o l'attendait le mandarin de
Ho-sang; le lieutenant de Na-bon tait dj parti vers le Mkong. Les
habitants et le chef du Ghau vinrent au-devant de nos hommes, leur promettant
un concours absolu. Trois jours aprs arrivait un renfort, 100 hommes de
garde civile. M. Dufrnil, laissant une garnison de 130 miliciens, commande
par un garde principal, repartit le 17 avec 300 hommes, accompagn par le
chef laotien du Ghau et emmenant vers le fleuve le Chau-khun et son fils, le
mandarin de Ho-sang, et 50 sous-officiers ou soldats du Siam; cent trente-cinq
indignes enrls par les Siamois avaient t rendus leurs villages.
Le 22 mai, notre agent trouvait Muong-phong un mandarin siamois
et 300 hommes, dont 200 Laotiens de la rgion du Song-khone ; il compta
236 fusils pierre, tous chargs. Le mandarin ayant essay de tergiverser,
M. Dufrnil n'eut aucune peine se faire remettre les fusils des Laotiens;
ce fut mme sur la demande de ces hommes et les Siamois vacurent vers
le Mkong. Le chef laotien du Ghau, vieillard trs respect, et son fils,
vinrent affirmer qu'ils relevaient de S. M. le Roi d'Annam et exprimrent
en termes touchants leur gratitude au Gouvernement franais qui les dlivrait
des odieux Siamois.
Le 26 mai, M. Dufrnil atteignait le Mkong, en face de Kemmarat, au
village de Na-pra, dont les Siamois avaient entran les habitants sur la rive
droite, aprs avoir incendi leur cases. Le drapeau franais fut arbor, bien
en vue de Kemmarat. M. Dufrnil signifia aux Siamois que sa mission s'ar-
rtait la rive gauche, sur laquelle la France affirmait sa souverainet, et les
renvoya sur la rive droite. De Gam-lo Kemmarat, il ne restait plus un Siamois.
Depuis ce jour, M. Dufrnil est revenu la cte aprs avoir fait les
premires tudes du trac de la route tablir entre Gam-lo et le M-kong,
et avoir organis un centre administratif Muong-pinh o M. l'inspecteur
Garnier s'est install comme chef de poste.
M. Luce, dans sa mission, sur les routes qui mnent vers le Tran-ninh et
vers Houten, n'a eu affaire qu' un seul poste important, celui de Cam-mon.
Depuis trois ans il n'ignorait pas avec quelle impatience les Laotiens
supportaient le joug siamois, et souvent il avait reu leurs dolances Vinh.
Ils affirmaient mme qu'ils se dlivreraient tout seuls s'ils taient assurs d'tre
ensuite protgs de faon permanente contre un retour offensif.
Notre agent partit le 16 mai, avec une centaine de miliciens, de Na-p,
notre poste extrme ; le surlendemain il arrivait Gam-mon, escort d'un
grand nombre d'habitants depuis Na-p, et reu avec enthousiasme par la
population ; tous les villages des huyns de Gam-mon et Gam-cat envoyaient
des notables pour exprimer leur reconnaissance et leur dvouement au
Protectorat qui les dlivrait des Siamois. M. Luce invita le Chau-khim siamois
vacuer son poste; ce fonctionnaire s'y refusa, allguant qu'il attendait les
ordres de son gouvernement. M. Luce, ayant arbor le drapeau franais et
interdit toute communication des indignes avec le commissaire siamois, crut
devoir patienter quelques jours ; le 22 mai, sur l'ordre du Gouverneur gnral
qui voyait de graves inconvnients toute temporisation, il rclama l'vacua-
tion immdiate. Le Chau-khun consentit partir, le 25au matin, pour Ken-kiec


LA QUESTION SIAMOISE
79
et Houtn, escort par M. Grosgurin, inpecteur de garde civile charg de
l'tude des routes et une vingtaine de gardes civils. Son armement soit
80 fusils de divers modles fut provisoirement confisqu.
On sait de quelle abominable trahison M. Grosgurin fut victime le 5 juin,
assassin avec ses hommes par surprise, quoi qu'en aient dit certains journaux
anglais ou siamois, quand, malade, presque mourant, il causait amicalement
avec le mandarin de Gam-mon qui avait fait venir secrtement de Houtn
200 Laotiens arms de fusils.
Le Chau-khun avait en apparence donn une sincre adhsion aux mesures
dcides par M. Luce pour le faire conduire au Mkong, sous l'escorte de
M. Grosgurin qui devait la fois le surveiller, et le protger au besoin
contre les indignes, trs hostiles ce fonctionnaire siamois. Partis le 26 mai
au matin, ils atteignaient Ken-kiec le 31 au soir. Ds le 29 mai, M. Grosgurin
tait tomb malade, pris de fivre et de vomissements ; quand il arriva
Ken-kiec, il tait trs abattu et ses hommes craignaient de le voir mourir.
Profitant de son abattement, le Chau-khun fit venir secrtement de Hou-ten
200 Siamois ouLaotiens arms defusils et commands par trois officiers siamois;
ils arrivrent Ken-kiec dans la matine du 5 juin. Le Chau-khun, suivi de
ces hommes, se rendit la case occupe par M. Grosgurin qui se leva pour
lui parler. Aprs un instant de conversation, M. Grosgurin rentra chez lui ;
les officiers et le Kha-luong, tous arms, l'accompagnrent, tandis que leurs
hommes entouraient la case et serraient de prs nos gardes civils. Ceux-ci, par
une instinctive dfiance, avaient saisi leurs fusils et se tenaient sur la dfensive.
M. Grosgurin leur dfendit de tirer et leur commanda de dposer leurs armes:
Les Siamois, ajouta-t-il, viennent pour causer et non pour se battre.
Quelques minutes aprs, pendant la conversation, le Chau-khun, ou peut-tre
un des trois autres officiers, le tuait d'un coup de revolver tir bout portant
en pleine figure ; aussitt les soldats siamois se jetrent sur nos hommes pour
les dsarmer. Dans ces conditions, la rsistance tait impossible ; nos gardes
civils furent massacrs ; quatre seulement, et un boy annamite, purent s'vader
pendant que les Siamois incendiaient la maison: ces hommes, sans armes,
furent bien accueillis dans tous les villages et, secourus et protgs par les
indignes, parvinrent gagner nos postes.
N'oublions pas de rappeler ici l'hroque conduite de nos petits gardes civils
qui, presque tous, sont tombs pour notre cause, mais qui du moins, on le sait
aujourd'hui, sont tombs en braves et ont fait payer cher aux tratres leur tra-
hison: Grosgurin tu, quelques gardes civils furent dsarms avant d'tre reve-
nus de leur,surprise premire ; mais d'autres russirent garder leurs armes
et se battirent en vieux soldats et en dsesprs : quand le dernier des survi-
vants fut tu son tour, alors seulementles Siamois purent s'emparer des fusils;
mais 50 de nos adversaires, morts, gisaient sur le sol : nos seize miliciens, avant
de mourir, avaient su se venger par leurs propres mains. Nous sommes
assurs que le Gouvernement n'oubliera pas les familles de ces braves
gens.
M. Luce, gravement prouv par les fivres, dut regagner la cte la fin
de juin, laissant ses pouvoirs M. l'inspecteur Soler qui est install


80
REVUE INDO-CHINOISE ILLUSTREE
Cammon et organise administrativement la rgion. Les pluies torrentielles qui
pendant trois mois rendent ces rgions impraticables n'ont pas encore permis
d'occuper le pays jusqu'au Mkong.
IV
Quelques mots sur les oprations dans le golfe de Siam.
Nous tions installs la pointe Sa-mit, depuis environ deux ans : Le
13 juin, sur l'ordre de M. de Lanessan, l'le Sa-mit fut occupe, et un poste
install sur son territoire; une canonnire siamoise s'en approcha le 15 et,
sans s'arrter, dtacha une embarcation, monte par six hommes, qui se dirigea
vers l'le, probablement pour l'occuper. Notre poste, aprs l'avoir invite inu-
tilement ne pas avancer, tira sur l'embarcation qui aussitt s'loigna. Les
les Kong et Kong-salem furent galement occupes par nous le 17 et le
18 juin. Kong-salem peut avoir quelque importance, parce qu'elle possde
avec la baie de Saracen un port naturel et trs sr. Aucun incident ne s'est
produit depuis ce moment.
Quant aux oprations navales, on sait comment M. le contre-amiral
Humann, appel de Hong-kong pour les diriger, a envoy dans les eaux du
Siam l'aviso Y Inconstant et la Comte, canonnires de haute mer, rejoindre
le Lutin, et par quel brillant fait d'armes ces bateaux ont forc les passes de
Paknam, sous le feu des forts et des navires siamois, et mont jusqu'
Bang-kok.
Le 13 juillet, arrivs devant la barre du Mei-nam, ils la franchirent vers
6 heures du soir; peu aprs, sans avis pralable, ils reurent deux salves suc-
cessives de huit pices de gros calibre armant les forts de rentre. L'In-
constant et la Comte ripostrent vigoureusement en se pavoisant aux cou-
leurs nationales. Un peu plus loin, et rangs des deux cts de la passe
troite mnage dans l'estacade, ils trouvrent 7 navires ennemis. Lancs
toute vitesse, nos btiments reoivent la borde des 7 navires, tandis qu'une
torpille fait explosion en avant de Y Inconstant et qu'un obus brise un canot
et blesse trois hommes ; le feu de mousqueterie tue deux canonniers bord de
la Comte. La passe est franchie.
L'Inconstant, cherchant peronner le navire siamois Coronation,
arrache son mt de pavillon. La nuit est devenue trs noire. Le fort de Pak-
nam ouvre le feu, mais sans effet ; nos btiments, franchissant tous les obs-
tacles, viennent mouiller 9 heures devant la Lgation de France, sans avoir
aucune avarie grave dans la coque. L'ennemi a perdu trente hommes ; le
nombre de ses blesss est indtermin.
Le mme jour, la chaloupe le J.-B.-Say, faisant le service rgulier postal
entre Saigon et Bang-kok, tait pille et coule dans le Me-nam par des
Siamois, et son quipage maltrait.


LA QUESTION SIAMOISE
81
Ces faits et l'attentat de Ken-kiec indiqurent au Gouvernement franais
la ncessit de rsoudre sans retard la question siamoise, en obligeant nos
adversaires renoncer leur politique de duplicit et d'interminables tergi-
versations.
Aussi le gouvernement franais adressa-t-il un ultimatum la cour de
Siam, ultimatum trs modr, puisqu'il exigeait seulement l'acceptation
des conditions suivantes :
1 Reconnaissance de nos droits sur la rive gauche du Mkong;
2 Indemnit aux familles de M. Grosgurin et des miliciens tus en
trahison ;
3 Dpt d'une somme de 3 millions de francs, pour garantir l'excution
des conditions prcites.
La cour de Bangkok n'ayant pas accept l'ultimatum dans les dlais indi-
qus par notre Gouvernement, la division navale du contre-amiral Humann
tablit un blocus l'embouchure du Mei-nam et sur les ctes siamoises; en
mme temps, M. le Gnral Duchemin quittait le Tonkin pour aller prendre
Saigon la direction d'oprations militaires contre Battambang.
La cour de Bangkok dut abandonner ses tergiversations accoutumes, et
cder enfin: elle accepta un nouvel ultimatum dont les conditions, pl^s
dures que celles du premier, lui imposent:
1 L'occupation par la France de Chantaboun jusqu' entire vacuation
par les agents siamois de la rive gauche du Mkong;
2 L'interdiction au Siam d'entretenir des forces militaires Battambang,
Siem-rap, et gnralement'd'tablir des postes fortifis moins de 25
kilomtres de la rive droite du Mkong;
3 L'interdiction ses navires arms de circuler dans le grand Lac et sur
le Mkong.
Ces deux dernires conditions, trs sages, ont pour objet d'viter, sur le
Mkong et dans les eaux du Lac, toute possibilit de conflit entre les agents
des puissances contractantes.


Mekong Fleuve
Route de Sienpang et d'Attopeu
/}. Sain
Ka-Lonif
oies
BoitgLojuj
te Siamois
\ Chutes espaces
(Sur un espaces cm
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Vt.v/e
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//; j^.'y/i/u/Quo' lip/s t Fleure Casse ^
\ort/t*
FLEUVE
l'rtfrtX
Po/\qu Je Cap/terne FJrorret/x a t&pr/s \
| Montagne tomb
' sur le Fleure Formant un Fort R/r/iic
Treng et Khong
Abandonne

Ancien P. Siamois
Poste Abandonne
Papheng
Herbe.
Jmp. F. H. Schneider, Hanoi


HonA/gu
Echelle 1000,000
QUANG BINH
KEMMARAf'^
Imp. F. H. Schneider, Hanoi'
LJEGENOE.
IO 4'




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l a questio n siamois e I L e momen t nou s para t opportu n pou r donne r ic i u n expos sommair e d e l a Questio n siamois e e t de s phase s pa r lesquelle s ell e a pass depui s l e jou r o l e Gouvernemen t franai s cru t devoi r affirmer autremen t qu e pa r d e plato nique s protestations le s droit s d e l'Anna m e t d u Cambodg e su r le s rgion s laotienne s que ce s dernire s annes le s Siamoi s avaien t illgitimemen t occu pes Quell e qu'e t t l a solutio n interveni r (e t heureusemen t nou s savon s qu'ell e a t pacifique) nou s arrivon s l a fin d'un e priod e bie n dtermine cell e a u cour s d e laquelle l e Sian i ayan t viol de s territoire s compri s dan s notr e sphr e d'actio n o u d'influenc e e t refus d e le s vacue r d e bonn e grce l a Franc e s'es t vu e oblig e d'appuye r pa r l a forc e le s revendication s qu e l a seul e diplomati e n'avai t pa s fai t triompher — san s toutefoi s s e considre r comm e e n ta t d e guerre voir e d e reprsailles vis--vi s d u Siam quan d ell e roccupai t l a portio n d u Lao s su r laquell e le s droit s d e no s protg s resten t incontestables et pacifiquemen t o u le s arme s l a main e n cartai t de s enva hisseurs de s intrus Tan t d e fau x bruit s on t cour u c e suje t dan s l'Indo-Chin e franais e e t ailleurs tan t d'absurde s allgation s on t trouv crdit qu'i l n e paratr a pa s inutil e d e publie r u n bre f mmorandum de s fait s accompli e Bie n entendu nou s supposeron s no s lecteur s asse z bie n inform s de s chose s indo-chinoise s pou r qu e nou s n'ayon s pas a u pralable rfute r le s prud' hommesque s affirmation s d e certain s journau x : nou s n'crivon s pa s pou r le s gen s qu i confonden t l e Lao s ave c l e Dahome y ; qui jugean t ncssair e d e s e renseigne r su r l a question interviewen t l e ministr e d e Sia m Paris o u se s attachs — demanden t pou r que l moti f o n n' a pa s utilis le s service s d e l'arm e cambodgienne qu i n'exist e pas — e t reprochen t amremen t a u Gou verneu r gnra l o u a u Sous-secrtair e d'Eta t d e n'avoi r pa s prv u l'effer vescenc e de s tribu s belliqueuse s d u Laos ce s sauvage s long s cheveux comparable s au x plu s terrible s Soudanai s (sic). M l e Sous-secrtair e d'Eta t avai t dcid d'accor d ave c M d e Lanessan l'envo i su r l e bie f suprieu r d u Mkong e n amon t d e l'l e d e Khne d e deu x canonnire s dmontable s qu i devaien t tr e transportes traver s l'le su r un e distanc e d e 1 0 kilomtres L e 1 8 mars i l invitai t M l e Gouverneu r gnra l assure r aussit t qu e possibl e : 1 l e dbarquemen t Khn e de s canon nire s dmonte s ; 2 leu r transpor t traver s 1 1 l e ; 3 leu r remontag e e t leu r lancemen t su r l e bie f suprieur Ce s canonnire s devan t tr e livre s Saigo n

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7 0 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E l e 1 7 aot i l n' y avai t pa s d e temp s perdre e t l e Dpartemen t prescrivai t : 1 d e relie r a u villag e d e Khn e l e post e cambodgie n d e Sambor pa r un e lign e tlgraphiqu e ; 2 d'tabli r dan s l'l e un e quip e d e travailleur s indigne s pou r prpare r l a voi e d e transbordement ; 3 d e protge r cett e quip e pa r l'installatio n d'u n post e militair e Khne Stung-treng s e trouvan t su r l a lign e d'oprations devai t tr e galemen t occup L e Gouvernemen t franai s s e dclarai t dcid donne r satisfactio n u n for t couran t d'opinio n e n met tan t u n term e au x empitement s de s Siamois A l a dat e d u 2 1 mars M d e Lanessa n informai t l e Dpartemen t qu'i l restai t quelque s jour s encor e Saigon avan t d e parti r pou r Hu e t l e Tonkin afi n d e surveille r toute s le s mesure s prendr e e n vu e d e procde r l'occupa tio n d e Stung-tren g e t d e Khne san s employe r l a forc e s'i l tai t possible D s l e 2 6 mars M l e Gouverneu r pouvai t tlgraphie r : Le s troupe s destine s l'occupatio n d e Stung-tren g e t Khn e e t l e personne l d e constructio n d e l a lign e tlgraphiqu e son t parti s hie r a u soi r E t i l ajoutait : J e prend s de s mesure s pou r l'occupatio n de s poste s siamoi s d e l'Anna m aussit t qu e l e momen t m e paratr a favorabl e Gomm e o n l e voit l e Gouvernemen t n'avai t pa perd u d e temps D s l e 2 4 mars M Bastard vice-rsiden t a u Cambodge appel a Saigon avai t t plac dan s l a positio n d e missio n e t charg pa r M d e Lanessa n d e l a directio n de s affaire s dan s l a rgio n entr e Sambo r e t Khn e e t d e l'excu tio n de s mesure s destine s coupe r cour t au x empitement s de s Siamoi s su r l a riv e gauch e d u Mkong I l devai t tr e accompagn d e cen t tirailleur s annamites command s pa r l e capitain e Thoreu x auquel sou s s a propr e res ponsabilit a u poin t d e vu e technique tai t confi l e soi n d e procde r l'oc cupatio n militair e de s deu x point s indiqu s et gnralement de s point s qu e l e reprsentan t d u Gouvernemen t jugerai t ncessair e d e garder Ains i qu e l'avai t tlgraphi M d e Lanessa n a u Dpartement le s troupe s taien t place s sou s l'autorit (e t no n sou s l e commandement ) d'u n administrateur afi n d'vite r autan t qu e possibl e l'emplo i d e l a force Ajouton s qu e l a promptitud e e t l a discrtio n paraissan t indispensable s pou r assure r l e succ s de s opration s san s effusio n d e sang l e dtachemen t d u capitain e Thoreu x avai t t prlev su r l a compagni e d e Sade c e t directemen t embarqu su r l e Mkong M d e Coulgeans commi s principa l de s poste s e t tlgraphes install Stung-tren g depui s troi s an s comm e agen t commercia l e t d e renseignements fu t adjoin t M Bastar d pou r l'aide r d e s a connaissanc e d e ce s rgion s et plu s spcialement pou r dirige r l a constructio n d e l a lign e tlgraphique ; l a scurit de s travailleur s devai t tr e assur e pa r 3 0 milicien s cambodgien s dtach s d e Sambor M Bastar d reu t e n outr e le s instruction s suivante s : Thbon^-khl a (e n ava l d e Stung-treng) rduir e l'impuissanc e l e post e d e douane s siamoise s ; — Stung-treng reprsente r a u Kha-luon g (mandari n siamois ) qu'a u no m d u Gouvernemen t franai s e t pa r ordr e d u Gouverneit r gnra l d e lTndo-Chin c franais e u n post e allai t tr e install pa r leu r envoy su r c e territoir e o seul e doi t s'exerce r l'autorit d e l a Franc e ; — n e fair e emplo i d e l a forc e qu e

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 7 1 s i le s circonstance s l'exigeaien t imprieusement et dan s c e cas prescrir e a u che f d u dtachemen t d e respecte r le s habitant s e t d e cherche r plut t rduir e l e Kha-luon g e t se s gen s l'impuissanc e qu' le s supprime r ; — installe r dan s l e logemen t mm e d u Kha-luong apr s so n dpart un e gard e d e surveil lanc e suffisant e pou r assure r l a scurit gnral e ; monte r ave c l e rest e d u dtachemen t ver s Khn e e t y opre r dan s le s mme s conditions ; —v u l a situatio n d e l'le n'agi r qu'apr s avoi r run i tou s le s renseignement s e t pri s toute s le s mesure s d e prcautio n afi n qu e l a scurit d e l a marche pa r terr e o u pa r eau n e f t pa s compromise ; — aussit t install Khne commence r le s travau x prparatoire s d u transpor t de s chaloupe s ; cre r d e Stung-tren g Sambo r un e rout e qu i plu s tar d s e continuer a su r Krati e t su r Thu-dau-Mot Pendan t qu e M Bastar d s e dirigeai t ver s Stung-treng dan s le s dernier s jour s d e mars l e Lutin recevai t l'ordr e d e reste r Bang-kok e n surveillance Nou s reviendron s su r le s opration s d'ordr e maritime M l e Gouverneu r gnra l tenai t avan t tou t c e qu e notr e occupatio n s e fi t ave c autan t d e modratio n qu e d e dignit san s violence s inutiles c e qu'ell e eut e n u n mot tou s le s caractre s d'u n act e d e proprit accompl i a u gran d jou r pa r un e natio n puissant e qu i us e d e se s droit s l'heur e qu i lu i convient mai s n'abus e pa s d e s a force C'es t pou r cel a que confian t l a directio n de s affaire s u n rsiden t civil i l avai t donn ce t agen t le s ins truction s qu e nou s avon s rsume s plu s haut D e so n ct M l e gnra l Perno t avai t donn de s instruction s conforme s a u capitain e Thoreux I I Stung-tren g e t Khn e furen t occups troi s jour s d e distance san s effusio n d e san g e t dan s le s condition s prvue s pa r l e Gouverneu r gnral : L e 1 e r avril 9 heure s d u matin MM Bastard Thoreu x e t deCoulgeans e t l e dtachement apr s avoi r remont l e Mkon g su r de s pirogues dbar quaien t Stung-tren g e t s e rendaient san s arme s n i escorte che z l e Kha luong qu i venai t le s recevoi r a u seui l d e so n domicile M Bastar d lu i parl a conformmen t au x instruction s reue s e t invit a c e fonctionnair e quitte r l a plac e ave c se s gens A 4 heure s aprs-midi apr s avoi r tent san s succ s plu sieur s essai s d e tergiversations l e Kha-luon g s e dcidai t passe r su r l a riv e droit e ave c so n escorte don t l'armemen t comptai t un e centain e d e fusils Le s Siamoi s auraien t don c p u rsister a u moin s quelque s heures ; mai s l a rapidit d e notr e actio n le s avai t surpri s e t l'attitud e nergiqu e e t habil e de s agent s franai s leu r e n avai t impos Aussit t apr s leu r dpart l e drapea u franai s fu t arbor su r l'ancienn e demeur e d u Kha-luong ; o n travaill a organise r u n cam p e t l e mettr e e n ta t d e dfense ; — cependan t M Bastar d convoquai t le s mandarin s e t notable s d e Stung-tren g qui u n momen t disparu s ave c le s habitants s'taien t empress s d e reveni r d s qu e le s Siamoi s euren t quitt l a place ; i l leu r fit par t d e notr e rsolutio n d'occupe r l e pays leu r expos a le s 6

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7 2 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E intention s bienveillante s e t protectrice s d e l a Franc e leu r gard e t le s char ge a de-rassure r l a population Un e heur e aprs tou s le s habitant s avaien t regagn leu r domicil e e t fraternisaien t ave c le s tirailleur s annamites L e 2 avri l a u matin M Bastar d e t l e dtachemen t d u capitain e Thoreu x s e portaien t rapidemen t dan s l a directio n d e Khne laissan t Stung-tren g 5 0 homme s sou s le s ordre s d u lieutenan t Moreau L e 5 avril 5 heure s d u matin o n dbarquai t san s inciden t l a point e su d d e l'le Apr s avoi r suiv i pendan t si x kilomtre s u n sentie r tr s pe u praticabl e e n plein e tort no s gen s rencontraien t ver s 7 heure s de s guide s soi-disan t envoy s pa r l e Kha-luon g d e l'l e d e Kong descend u Khn e pou r fair e au x Franai s le s honneur s d e cett e dpendanc e d e s a provinc e Cependan t o n atteignai t un e clairir e o ving t Siamois l a garniso n d u villag e d e Khne surpri s a u momen t o il s ten taien t d e construir e un e barricade e t n e pouvan t lutte r contr e no s troupes s e contentaien t d e leu r porte r le s arme s e t d e le s accompagne r a u village D s 9 heures l e Kha-luon g tai t parti cdan t l a premir e injonctio n d e M Bas tard e t l e drapea u franai s flottait su r s a demeure O n s'occup a aussit t d e fortifie r l e post e e t d e rassure r l a populatio n indign e qui tou t d'abord s e montr a gagn e notr e cause L e mm e jour M d e Coulgean s descendai t ver s Sambo r pou r commence r l a pos e d e l a lign e tlgraphique ; l e 2 mai c'est- dir e e n vingt-troi s jour s d e travail l a communicatio n tai t tablie su r u n parcour s d e 10 0 kilomtres d e Sambo r Stung-treng L e 6 avril l e Pra-pit-Gh a d e Kong deuxim e commissair e de s province s d e l'Ouest s e rendai t Khn e pou r remettr e M Bastar d un e protestatio n crite e n so n no m personnel e t s e retirai t aussit t apr s cett e formalit ac complie Le s travau x d'installatio n d u post e furen t rapidemen t pousss ave c l e dvou concour s de s habitant s ; e t quelque s jour s aprs MM Bastar d e t Thoreux laissan t l e commandemen t d e l'l e a u lieutenan t Pourchaut arriv su r ce s entrefaite s ave c u n renfor t d e 5 0 tirailleurs redescendaien t Stung-treng L e reprsentan t d e l a Franc e s e mi t aussit t e n relation s suivie s ave c le s mandarin s indignes notammen t ave c l e Chu-muong gouverneu r laotie n delaprovince agen t don t l e dvouemen t lu i paru t assur Ce t agen t abolit su r le s instruction s d e M Bastard le s droit s d e douan e induemen t tabli s pa r le s Siamoi s ; u n peti t post e d e Laotien s fu t plac su r l a riv e gauche Thbong-khla qu e le s douanier s Siamoi s avaien t vacu san s attendr e le s injonction s d e notr e reprsentan t ; c e post e tai t destin surveille r l e fleuve e t facilite r le s ravi taillements E n mm e temps un e proclamation rpandu e dan s l e pay s pa r le s soin s d u Chu-muong rassurai t su r no s intention s l a populatio n indigne Malgr le s bruit s alarmant s qu e de s agent s siamoi s essayren t d e r pandre aucu n inciden t n e fu t signale r dan s le s dbuts Dan s u n rappor t d u 5 mai M Bastar d constatai t l a tranquillit d u pays ; d e so n ct M Pour chau t signalai t qu e l a situatio n dan s l'l e restai t excellente ; l a populatio n travaillai t ave c ardeu r largi r l a voi e d e transbordement pou r l e passag e de s canonnires ; mai s so n insuffisanc e numriqu e rendai t ncessair e l'envo i d e coolie s cambodgien s o u annamites M Bastar d descendai t Saigo n pou r e n assure r l e recrutemen t e t traite r certaine s question s ave c l e Lieutenant Gouverneur

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 7 3 Su r ce s entrefaites de s rumeur s alarmante s furen t rpandues Saigo n d'un e part e n Franc e d e l'autre A Saigon o n annonai t qu e le s poste s d e Stung tren g e t d e Khon e taien t menac s e t risquaien t d'tr e enlev s pa r le s Sia mois ; o n ajoutai t mm e qu'un e frgat e siamois e tai t parti e d e Bang-ko k ave c l a missio n d e bombarde r l a capital e d e l a Cochinchine ; et bie n qu'o n ignor t l'origin e d e ce s bruits bie n qu e d'ailleur s o n n' y ajout t gur e crance le s autorit s franaises dsireuse s d e rassure r l'opinio n publiqu e parfoi s tro p facil e s'mouvoir s e prcautionnaien t contr e toute s ventualit s e t met taien t l a rivir e e t l a vill e e n ta t d e dfense De s bruit s plu s alarmiste s encor e s e rpandaien t Paris mi s e n circulatio n pa r de s dpche s d'origin e siamois e : troi s officier s franai s auraien t t tu s pa r le s belliqueuse s peu plade s d u Laos ; M Bastar d lui-mm e aurai t t massacr Cett e dernir e nouvell e tai t mm e donn e dan s de s terme s s i prci s que quelque s jour s apr s qu e M Bastar d f t remont Stung-treng M m Bastard mr e d e c e fonctionnaire tlgraphiai t a u Rsiden t suprieu r d u Cambodg e pou r de mande r s i rellemen t so n fil s avai t pri — E n Indochine cependant o n n e recevai t aucu n ch o de s fausse s nouvelle s rpandue s dan s l a Mtropole : o n n e le s connu t mm e qu e pa r le s dpche s d e Franc e qu i sollicitaien t de s renseignements E n ralit toute s ce s rumeur s taien t controuve s : i l e t t bie n difficil e qu e troi s officier s eussen t rencontr l a mor t a u Laos puisqu e deu x seulemen t s' y trouvaient MM Thoreu x e t Pourchaut — l e lieutenan t Morea u ayan t d redescendre fortemen t prouv pa r le s fivres ; pou r M Bastard depui s qu'i l avai t rejoin t so n poste dan s le s condition s qu e nou s indiqueron s ci-aprs i l communiquai t journellemen t ave c l e Gouvernemen t gnral Deu x fait s seulemen t finiren t pa r s e dgage r : l a captur e d u capitain e Thoreux qu i tai t mont ver s Khn e ave c u n convo i d e vivre s e t troi s tirail leur s d'escorte tan t l e pay s lu i semblai t s r ; e t l'investissemen t d e l'le Nou s n e reviendron s pa s su r l a captivit d u capitaine : rappelon s toutefoi s qu e l e Gouverneu r gnral pou r y mettr e u n terme n e nglige a aucun e dmarche e t qu e M Thoreu x a t enfi n remi s e n libert l e moi s dernier Pendan t qu e de s tlgramme s alarmiste s taien t lanc s d e Bang-kok san s dout e e n vu e d e dcourage r l e Gouvernemen t d e l a Rpubliqu e e t d e l'amene r renonce r l a revendicatio n d e no s droit s su r le s territoire s d e l a riv e gauch e d u Mkong le s reprsentant s d u Sia m Pari s inondaien t le s jour nau x franai s d e fau x renseignement s su r l'ta t d'espri t de s habitant s de s rgion s occupe s pa r nous e t faisaien t dir e qu e leu r gouvernemen t n'tai t pou r rie n dan s l e blocu s e t l'attaqu e d e Khne no n plu s qu e dan s l'enl vemen t d u capitain e Thoreux ; tou s ce s incident s taien t l e fai t de s Laotiens ; e t de s journaux insuffisammen t cuirass s d e mfiance reproduisaien t l'env i le s plu s fantastique s information s imagine s pa r no s adversaires su r le s terrible s Laotiens qu'o n reprsentai t comm e no s ennemi s acharns ; tandi s qu'e n ralit — e t cel a ressortir a nettemen t a u cour s d e c e rci t — nou s n'avon s trouv a u Lao s qu e de s population s extrmemen t timides impatiente s d e s e dgage r d u jou g siamois mai s incapable s d e prendr e un e initiativ e e t d e repousse r san s notr e appu i le s petit s mandarin s qui loi n d e Bang-ko k e t d u contrl e d e leur s chefs s e faisaien t ha r pa r leu r rapacit 0,

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7 4 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E e t pa r de s vexation s continuelle s exerce s contr e le s indigne s ; ce s derniers o n l e verra nou s on t accueilli s partou t ave c l a plu s viv e e t sincr e satisfaction I l convien t e n outr e d e bie n insiste r su r c e fai t significati f : aucun e de s ridicule s nouvelle s rpandue s Pari s n e fu t lanc e dan s l'Indo-Chin e fran aise o tou t l e mond e e n aurai t r i ; o n voulai t provoque r e n Franc e u n mou vemen t d'opinion e t o n craignai t qu e de s dmenti s catgorique s e t probant s n e partissen t d'ic i asse z t t pou r claire r utilemen t l'opinio n publiqu e su r l e je u d e no s adversaires D s qu e furen t connu s l'enlvemen t d e M Thoreu x e t l e blocu s d e Khn e l e Gouverneu r gnral d'accor d ave c l e Gnra l e n chef fit parti r d e Saigon sou s l e commandemen t d u capitain e Ada m d e Villiers le s troupe s ncessaire s pou r parer a tout e ventualit M Bastard bie n qu e tr s fatigu parle s fivres, s e joignai t l a colonn e pou r regagne r so n poste Pa r suit e de s difficult s d e l a navigatio n e t d u peti t nombr e de s pirogue s disponibles l a colonn e n'arriv a Khn e qu e l e 2 2 mai E n ava l d e l a point e su d d e Kasdam l e accol e cell e d e Khne no s troupe s avaien t d,causede s courants dbarque r momentanmen t su r l a rivedroit e pou r vite r l e fe u de s Siamoi s e t pou r battr e deu x fort s situ s l'u n a u milie u d e Kasdam l'autr e su r l a point e su d d e Khone L'opration com menc e 4 heure s d u soir tai t termin e 5 heure s ; le s Siamoi s s'enfuyaien t de s fortin s e t regagnaien t leur s embarcation s choue s entr e le s deu x les L e 2 3 a u matin l a colonn e entrai t dan s notr e for t d e Khn e qui grc e a u sang-froi d deM Pourchaut avai t rsist plusieur s attaque s a u cour s desquelle s nou s avion s e u troi s blesss mai s le s Siamoi s avaien t t fortemen t prouvs Dan s l a soire un e reconnaissanc e dlogeai t le s Siamoi s d'u n post e plac l a point e nor d d e l'le e t Khn e tai t entiremen t nous Nou s y occupion s troi s forts : u n a u centr e ave c 5 0 europen s e t 10 0 tirailleurs u n a u nor d e t u n a u su d ave c chacu n 5 0 tirailleur s ; 10 0 homme s gardaien t Stung-treng e t l e commandemen t massai t de s troupe s d e rserv e Pnom-pen h e t Krati Nanmoins l e Gouverneu r gnra l s e proccupai t d e l a possibilit d e dimi nuer l e plu s t t possible le s effectif s europen s e t annamites srieusemen t maltrait s pa r l a fivre dan s ce s rgion s malsaines ; i l prescrivai t l a forma tio n d e milice s cambodgiennes e t surtou t laotiennes e t prvoyai t d u rest e qu e l a prsenc e d e no s chaloupe s su r l e bie f suprieu r permettrai t d e rappele r un e bonn e parti e de s troupes Malheureusemen t l a rfectio n d e l a voi e d e trans bordemen t n'avanai t pa s vite l a populatio n d e Khn e tan t pe u nombreuse ; d'autr e part le s coolie s cambodgien s refusan t d'alle r travaille r a u Laos i l tai t indispensabl e d e recrute r de s Annamites e t cel a prenai t u n temp s prcieux Cependan t o n signalai t d e Pnom-pen h que su r diver s points le s autorit s siamoise s d e l a frontir e organisaien t d e petite s bande s pou r le s lance r su r le s province s cambodgienne s ; l a provinc e d e Thpon g tai t inquit e pa r de s ma raudeurs ; notr e ministr e Bang-ko k fu t avis d e ce s mene s pa r M d e Lanessan Su r l e Mkon g nou s faision s vacuer a u mm e moment le s le s situe s entr e Khn e e t l a riv e gauche afi n d'assure r l a pos e d u fil tlgraphiqu e relian t Khn e Stung-treng L e plu s souven t i l suffisai t d e quelque s coup s d e cano n

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 7 5 pou r dloger san s qu e no s homme s courussen t l e moindr e risque le s Siamois qu i s e retiraien t e n amon t pou r s e masse r e t s e fortifie r dan s le s le s au-dessu s d e Khn e : cel a n'empchai t pa s l a cou r d e Bang-ko k d'assure r notr e ministr e de s affaire s trangre s qu'ell e tai t rest e trangr e l a rsistanc e d e Khn e comm e l'enlvemen t d e M Thoreux Rappelon s brivemen t le s opration s : L e 1 4 juillet l e capitain e Ada m d e Villier s enlevai t le s fort s Siamoi s de s le s d e Don-tha n e t Ta-phum situe s entr e Khn e e t l a riv e gauche ains i qu'u n for t install su r l a riv e gauche U n tirailleu r annamit e tai t tu dan s l'affaire ; mai s le s Siamoi s perdaien t beaucou p d e monde L e 1 7 juillet l a lign e tlgraphiqu e atteignai t Khne L e 19 le s le s Don-du a e t Don-ng o tombaien t e n notr e pouvoir ; le20 no s troupe s s'emparaien t encor e d e l a grand e l e d e Don-son o le s Siamoi s s'taien t concentrs A c e momen t toute s le s le s taien t e n notr e possessio n ; depui s l e dbu t de s opration s le s Siamoi s avaien t e u 50 0 homme s hor s d e combat don t 20 0 tu s ; il s laissaien t entr e no s main s 3 3 prisonniers 5 0 fusils e t 1 canon Mai s cel a n e suffisai t pa s pou r assure r l a navigatio n d e no s canonnire s su r l e bie f suprieu r d u Mkong M l e lieutenan t d e vaissea u Simon mi s depui s l e moi s d'avri l l a dispositio n d u Gouverneu r gnra l pou r commande r le s deu x canonnire s lancer s'tai t rend u Khn e pou r tudie r l a questio n d u transbordement Se s rapport s e t tlgramme s signalaien t qu e l e rapid e d e Keng-Kune au-dessu s d e Khne pourrai t peut-tr e n e permettr e l e passag e qu'au x haute s eau x et pendan t l a saiso n de s eau x basses reteni r loi n d e notr e post e le s canonnire s qu i seraien t monte s plu s haut e t qu i risqueraien t d e s e trouve r dan s un e situatio n critique ; M Simo n concluai t l a ncessit d'occupe r l'l e d e Kon g qui grand e e t relativemen t peuple serai t un e bas e d'opration s politique s e t militaire s extrmemen t sr e e t prfrabl e Khne D u reste rie n n e consacrerai t mieu x notr e suprmati e qu e l'occupatio n d e c e territoir e qu i a toujour s t l e centr e administrati f de s Siamoi s pou r ce s rgions M d e Lanessan approuvan t cett e manir e d e voir e n informai t l e Dparte ment e t faisai t procde r tou s le s prparatif s ncessaire s e n vu e d e l'occupa tio n d e Kong qu i s e trouv e un e port e d e cano n d e Don-son Cett e opratio n devai t tr e accompagn e d e l'enlvemen t d e quelque s poste s Siamoi s tabli s su r l a riv e gauche e n fac e d e Kong e t suivi e d e l'occupatio n d e Siem-pan g e t d'Attope u qu i son t e n communicatio n direct e ave c c e point E n attendan t l'arriv e d e M l e colone l d e Beauquesne qu i devai t dirige r le s oprations M Ada m d e Villier s excutai t l e 2 2 juille t un e reconnaissanc e dan s l e nor d d e Don-son ver s l e for t d e Solovien situ su r l a riv e gauche I l signalai t e n outr e l'excellent e impressio n produit e pa r l a pris e d e Don-son ; dan s cett e le plu s d e 40 0 Laotien s rentrrent a u lendemai n d e notr e occupation demandan t construir e de s village s sou s notr e protection Le s opration s on t t interrom pue s pa r l'acceptatio n d e l'ultimatu m signifi depui s l a cou r d e Bang-ko k (1) (1 ) Depui s qu e ce s ligne s on t t crites l'occupatio n d e l a grand e il e d e Kon g a t dci de ave c l e consentemen t d e l a Cou r d e Siam e t es t effectu e l'heur e actuelle

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7 6 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E E n mm e temp s l e gouvernemen t s'occupai t d e fair e excute r l'embou chur e d u Me-na m de s manifestation s navale s e t dcidai t l'envo i Saigo n d'u n bataillo n d e l a Lgio n — 70 0 homme s enviro n — qu i devaien t s'embarquer parti e Toulo n l e 1 0 juillet parti e l e 2 3 Marseille A u ca s o de s opration s d e guerr e eussen t t dcide s contr e l e Siam l e commandemen t pouvai t e n outre san s inconvnient dtache r de s province s d e Cochinchin e d e 80 0 100 0 hommes don t 4 o u 50 0 europens Nou s allon s maintenan t reveni r e n arrir e pou r rappele r le s fait s principau x d e notr e actio n contr e le s Siamoi s l'oues t de s province s annamites II I Le s Siamois depui s sep t ans poursuivaien t leu r march e ver s l'Est occupan t de s territoire s tributaire s d e l a cou r d e Hu pui s l a rgio n d u Tran ninh pui s le s huynd e Gam-mo n et'Cam-cat s'avanan t toujour s ver s l a cte e t n e daignan t pa s mm e nou s fair e connatr e quell e limit e il s imposeraien t leu r occupation L e Gouvernemen t annamite tr s proccup d e ce s faits s'tonnai t just e titr e d e notr e excessiv e indiffrenc e e t d e notr e inaction D s qu e M d e Lanessa n connu t le s vue s d u Dpartemen t a u suje t d e Stung-tren g e t d e Khne i l compri t l a ncessit comm e consquenc e d e cett e occupation d e provoque r l'vacuatio n de s poste s tabli s pa r le s Siamoi s dan s le s montagne s d e l'Annam poste s qui surtou t ceu x d e Gam-l o e t Gam mon fermaien t le s deu x meilleure s voie s d'acc s ver s l e moye n Mkong Su r se s ordre s e t ave c Tassentimen t d u Gouvernemen t franais i l fu t procd e n secre t toute s le s mesure s prparatoires dan s le s province s d e Quang-tri Ha-tin h e t Nghe- n ; ainsi dan s l e Quang-tri le s effectif s d e milic e duren t tr e renforcs e t l a Gou r pri t s a charg e l a moiti de s frai s d e sold e e t d'entre tien Pa r lettre s officielle s e n dat e d u 2 3 e t d u 2 6 avril M Dufrnil vice-rsi den t Quang-tri e t M Luce rsiden t d u Nghe-Tinh furen t plac s e n situa tio n dmissio n e t reuren t de s instruction s analogue s celle s qu'avai t reue s M Bastard inspire s d u mm e espri t : n'use r d e l a forc e qu' l a dernir e extr mit mettr e le s Siamoi s d e chaqu e post e dan s l'impossibilit d e nuir e plut t que le s supprimer le s soumettr e au x mesure s d e prcautio n ncessaire s pou r qu'e n s e retiran t il s n e pussen t prveni r d'autre s poste s o u s'adjoindr e -leur s garnison s ; s'entoure r d e tou s le s renseignement s pou r n'avance r qu' cou p s r ; rassure r le s indigne s ; leu r apparatr e e n protecteu r bienveillant respecte r leur s mœur s e t croyances vite r tout e vexation L'objecti f principa l d u Gouverneu r gnra l tai t d e nou s assure r immdiatemen t l a libr e jouissanc e de s deu x plu s importante s voie s d'acc s entr e l a ct e d'Anna m e t l e Mkong L'un e par t d e Quang-tri a u nor d d e Hu sui t e n parti e l a rout e mandarin e jusqu' Gam-lo pui s s e dirig e ver s notr e post e d'Ai-lao e n utilisan t e n parti e l a vall e del rivir e d e Gam-lo travers e l e platea u del chan e annamitique pass e pa r Ho-san g e n suivan t l a vall e d e l a Tche-pon affluen t d u Se-bang Hien pa r Muong-pin h e t Song-kon et pa r l a vall e d u Se-bang-Hien attein t

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 7 7 l e Mkon g e n fac e d e Kemmarat C'es t su r cett e rout e qu e le s Siamois tenan t pa r dessu s tou t s a possession avaien t chelonn l e plu s gran d nombr e d e poste s e t qu e notr e effor t devai t tr e l e plu s considrable ; c'es t l a voi e qu i condui t l e plu s directemen t e t l e plu s commodmen t a u gran d fleuve ; et comm e ell e es t auss i l a plu s voisin e d e Hu e n cartan t le s Siamoi s nou s n e pouvion s manque r d e donne r un e satisfactio n immdiat e tr s grand e l a Cou r e t a u peupl e annamite C'es t M Dufrnil vice-rsiden t Quang-tri qu e M l e Gouverneu r gnra l charge a d e cett e opration 1 1 devait e n outr e de s instruction s rsume s ci-dessus organise r de s poste s pou r asseoi r solidemen t notr e influenc e dan s l a rgion e t tudie r l e trac d e l a rout e tabli r entr e Ai-la o e t Kemmarat M Luce rsiden t d u Nghe-tinh devai t agi r plu s a u Nord ; chasse r le s Siamoi s d e Gam-mon leu r principa l centr e administratif e t tudie r l e trac d e l a rout e tabli r su r l'autr e voi e d'acc s ver s l e Mkong Celle-ci partan t d e Vinh arriv e Ha-tra i pa r l a vall e d u Ngan-sho Na-p pa r l a vall e d u Nam-sao e t attein t Cam-mo n e t Ken-kie c ; d e c e dernie r point o n peu t aller soit e n remontan t a u Nord dan s l e Tran-nin h (cett e voi e n'es t presqu e pa s suivie) soit e n descendan t pa r l a vall e d u Nam-hin-Boun ver s Hou-te n e t Saniaboury L e 2 0 avri l a u matin M Dufrni l atteignai t Ai-Lao ave c M l'inspecteu r Garnier commandan t u n dtachemen t d e milicien s ; l e mm e jour il s arrivaien t a u post e siamoi s d e Ho-san g o s e trouvai t u n mandari n civi l qu i vacu a l e post e san s difficult s e t consenti t accompagne r notr e agen t jusqu' Na-bo n et d e c e point regagne r l e Mkong L e 2 mai M Dufrni l forai t l e lieutenan t siamoi s commandan t l e post e d e Na-bon e t se s hommes s e retire r ver s l e Mkong ave c l e mandari n d e Ho-san g qu i s' y tai t engag pa r crit L e 4 mai M Dufrnil s'cartan t provisoiremen t d e l a rout e d e Muong pinh arrivai t Xuong-thanh sig e d u gouverneu r siamoi s (Chau-khun ) d e l a rgion ; l'attitud e nergiqu e d e no s homme s intimid a l a garniso n d e c e post e importan t qu i n'essay a pa s d e rsister L e Chau-khun mandari n d'u n hau t grade tr s redout dan s l e pays du t s e rsoudr e accompagne r M Dufrni l jusqu' Muong-pin h e t prescrir e pa r cri t au x garnison s de s poste s d e l a rgio n d e s e replie r jusqu' c e point L a joi e de s Laotien s fu t tr s vive ; l a populatio n s'empressai t d e renseigne r exactemen t notr e agent d e lu i t moigne r s a gratitud e pou r l e dpar t de s Siamois e t d u Chau-khu n e n parti culie r qu e dj se s serviteur s indigne s refusaien t d e suivre L e 8 mai M Dufrni l arrivai t Muong-chan h et admirablemen t accueill i pa r l a population n e trouvai t dan s l e post e qu e l e fils d u Chau-khu n e t 8 Sia mois ; le s autre s soldats de s Laotiens avaien t dsert ; leur s armes 2 1 fusils qu'il s avaien t cache s dan s l e village furen t remise s pa r le s habitant s notr e agent ; et l e soi r mme le s dserteur s reparaissaient enchant s d e n e plu s tr e rquisitionn s pou r l e servic e militaire Le s Siamoi s grossiren t l e convo i qu i suivai t M Dufrni l ver s l e Mkong Partout su r l a rout e d e Muong-pinh le s habitant s s e plaignaien t de s impt s e t de s rquisition s don t o n le s avai t accabl s depui s quatr e ans e t n e cachaien t pa s leu r joi e d'tr e dlivr s enfi n d e c e cauchema r Siamoi s

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7 8 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E L e 13 M Dufrni l atteignai t Muong-pin h o l'attendai t l e mandari n d e Ho-sang ; l e lieutenan t d e Na-bo n tai t dj part i ver s l e Mkong Le s habitant s e t l e che f d u Gha u vinren t au-devan t d e no s hommes leu r promettan t u n concour s absolu Troi s jour s apr s arrivai t u n renfort 10 0 homme s d e gard e civile M Dufrnil laissan t un e garniso n d e 13 0 miliciens command e pa r u n gard e principal reparti t l e 1 7 ave c 30 0 hommes accompagn pa r l e che f laotie n d u Gha u e t emmenan t ver s l e fleuve l e Chau-khu n e t so n fils l e mandari n d e Ho-sang e t 5 0 sous-officier s o u soldat s d u Siam ; cen t trente-cin q indigne s enrl s pa r le s Siamoi s avaien t t rendu s leur s villages L e 2 2 mai notr e agen t trouvai t Muong-phon g u n mandari n siamoi s e t 30 0 hommes don t 20 0 Laotien s d e l a rgio n d u Song-khon e ; i l compt a 23 6 fusil s pierre tou s chargs L e mandari n ayan t essay d e tergiverser M Dufrni l n'eu t aucun e pein e s e fair e remettr e le s fusil s de s Laotiens ; c e fu t mm e su r l a demand e d e ce s homme s — e t le s Siamoi s vacuren t ver s l e Mkong L e che f laotie n d u Ghau vieillar d tr s respect e t so n fils, vinren t affirme r qu'il s relevaien t d e S M l e Ro i d'Anna m e t exprimren t e n terme s touchant s leu r gratitud e a u Gouvernemen t franai s qu i le s dlivrai t de s odieu x Siamois L e 2 6 mai M Dufrni l atteignai t l e Mkong e n fac e d e Kemmarat a u villag e d e Na-pra don t le s Siamoi s avaien t entran le s habitant s su r l a riv e droite apr s avoi r incendi leu r cases L e drapea u franai s fu t arbor bie n e n vu e d e Kemmarat M Dufrni l signifi a au x Siamoi s qu e s a missio n s'ar rtai t l a riv e gauche su r laquell e l a Franc e affirmai t s a souverainet e t le s renvoy a su r l a riv e droite D e Gam-l o Kemmarat i l n e restai t plu s u n Siamois Depui s c e jour M Dufrni l es t reven u l a ct e apr s avoi r fai t le s premire s tude s d u trac d e l a rout e tabli r entr e Gam-l o e t l e M-kong e t avoi r organis u n centr e administrati f Muong-pin h o M l'inspecteu r Garnie r s'es t install comm e che f d e poste M Luce dan s s a mission su r le s route s qu i mnen t ver s l e Tran-nin h e t ver s Houten n' a e u affair e qu' u n seu l post e important celu i d e Cam-mon Depui s troi s an s i l n'ignorai t pa s ave c quell e impatienc e le s Laotien s supportaien t l e jou g siamois e t souven t i l avai t re u leur s dolance s Vinh Il s affirmaien t mm e qu'il s s e dlivreraien t tou t seul s s'il s taien t assur s d'tr e ensuit e protg s d e fao n permanent e contr e u n retou r offensif Notr e agen t parti t l e 1 6 mai ave c un e centain e d e miliciens d e Na-p notr e post e extrm e ; l e surlendemai n i l arrivai t Gam-mon escort d'u n gran d nombr e d'habitant s depui s Na-p e t re u ave c enthousiasm e pa r l a populatio n ; tou s le s village s de s huyn s d e Gam-mo n e t Gam-ca t envoyaien t de s notable s pou r exprime r leu r reconnaissanc e e t leu r dvouemen t a u Protectora t qu i le s dlivrai t de s Siamois M Luc e invit a l e Chau-khi m siamoi s vacue r so n poste ; c e fonctionnair e s' y refusa allguan t qu'i l attendai t le s ordre s d e so n gouvernement M Luce ayan t arbor l e drapea u franai s e t interdi t tout e communicatio n de s indigne s ave c l e commissair e siamois cru t devoi r patiente r quelque s jour s ; l e 2 2 mai su r l'ordr e d u Gouverneu r gnra l qu i voyai t d e grave s inconvnient s tout e temporisation i l rclam a l'vacua tio n immdiate L e Chau-khu n consenti t partir l e 25a u matin pou r Ken-kie c

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 7 9 e t Houtn escort pa r M Grosgurin inpecteu r d e gard e civil e charg d e l'tud e de s route s e t un e vingtain e d e garde s civils So n armemen t — soi t 8 0 fusil s d e diver s modle s — fu t provisoiremen t confisqu O n sai t d e quell e abominabl e trahiso n M Grosguri n fu t victim e l e 5 juin assassin ave c se s homme s pa r surprise quo i qu'e n aien t di t certain s journau x anglai s o u siamois quand malade presqu e mourant i l causai t amicalemen t ave c l e mandari n d e Gam-mo n qu i avai t fai t veni r secrtemen t d e Hout n 20 0 Laotien s arm s d e fusils L e Chau-khu n avai t e n apparenc e donn un e sincr e adhsio n au x mesure s dcide s pa r M Luc e pou r l e fair e conduir e a u Mkong sou s l'escort e d e M Grosguri n qu i devai t l a foi s l e surveiller e t l e protge r a u besoi n contr e le s indignes tr s hostile s c e fonctionnair e siamois Parti s l e 2 6 ma i a u matin il s atteignaien t Ken-kie c l e 31 a u soir D s l e 2 9 mai M Grosguri n tai t tomb malade pri s d e fivre e t d e vomissement s ; quan d i l arriv a Ken-kiec i l tai t tr s abatt u e t se s homme s craignaien t d e l e voi r mourir Profitan t d e so n abattement l e Chau-khu n fit veni r secrtemen t d e Hou-te n 20 0 Siamoi s ouLaotien s arm s defusil s e t command s pa r troi s officier s siamois ; il s arrivren t Ken-kie c dan s l a matin e d u 5 juin L e Chau-khun suiv i d e ce s hommes s e rendi t l a cas e occup e pa r M Grosguri n qu i s e lev a pou r lu i parler Apr s u n instan t d e conversation M Grosguri n rentr a che z lu i ; le s officier s e t l e Kha-luong tou s arms l'accompagnrent tandi s qu e leur s homme s entouraien t l a cas e e t serraien t d e pr s no s garde s civils Ceux-ci pa r un e instinctiv e dfiance avaien t sais i leur s fusil s e t s e tenaien t su r l a dfensive M Grosguri n leu r dfendi t d e tire r e t leu r command a d e dpose r leur s armes : Le s Siamois ajouta-t-il viennen t pou r cause r e t no n pou r s e battre Quelque s minute s aprs pendan t l a conversation l e Chau-khun o u peut-tr e u n de s troi s autre s officiers l e tuai t d'u n cou p d e revolve r tir bou t portan t e n plein e figure ; aussit t le s soldat s siamoi s s e jetren t su r no s homme s pou r le s dsarmer Dan s ce s conditions l a rsistanc e tai t impossibl e ; no s garde s civil s furen t massacr s ; quatr e seulement e t u n bo y annamite puren t s'vade r pendan t qu e le s Siamoi s incendiaien t l a maison : ce s hommes san s armes furen t bie n accueilli s dan s tou s le s village s et secouru s e t protg s pa r le s indignes parvinren t gagne r no s postes N'oublion s pa s d e rappele r ic i l'hroqu e conduit e d e no s petit s garde s civil s qui presqu e tous son t tomb s pou r notr e cause mai s qu i d u moins o n l e sai t aujourd'hui son t tomb s e n brave s e t on t fai t paye r che r au x tratre s leu r tra hison : Grosguri n tu quelque s garde s civil s furen t dsarm s avan t d'tr e reve nu s d e leur,surpris e premir e ; mai s d'autre s russiren t garde r leur s arme s e t s e battiren t e n vieu x soldat s e t e n dsespr s : quan d l e dernie r de s survi vant s fu t tu so n tour alor s seulementle s Siamoi s puren t s'empare r de s fusils ; mai s 5 0 d e no s adversaires morts gisaien t su r l e so l : no s seiz e miliciens avan t d e mourir avaien t s u s e venge r pa r leur s propre s mains Nou s somme s assur s qu e l e Gouvernemen t n'oublier a pa s le s famille s d e ce s brave s gens M Luce gravemen t prouv pa r le s fivres, du t regagne r l a ct e l a fin d e juin laissan t se s pouvoir s M l'inspecteu r Sole r qu i es t install

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8 0 REVU E INDO-CHINOIS E ILLUSTRE E Cammo n e t organis e administrativemen t l a rgion Le s pluie s torrentielle s qu i pendan t troi s moi s renden t ce s rgion s impraticable s n'on t pa s encor e permi s d'occupe r l e pay s jusqu'a u Mkong I V Quelque s mot s su r le s opration s dan s l e golf e d e Siam Nou s tion s install s l a point e Sa-mit depui s enviro n deu x an s : L e 1 3 juin su r l'ordr e d e M d e Lanessan l'l e Sa-mi t fu t occupe e t u n post e install su r so n territoire ; un e canonnir e siamois e s'e n approch a l e 1 5 et san s s'arrter dtach a un e embarcation mont e pa r si x hommes qu i s e dirige a ver s l'le probablemen t pou r l'occuper Notr e poste apr s l'avoi r invit e inu tilemen t n e pa s avancer tir a su r l'embarcatio n qu i aussit t s'loigna Le s le s Kon g e t Kong-sale m furen t galemen t occupe s pa r nou s l e 1 7 e t l e 1 8 juin Kong-sale m peu t avoi r quelqu e importance parc e qu'ell e possd e ave c l a bai e d e Sarace n u n por t nature l e t tr s sr Aucu n inciden t n e s'es t produi t depui s c e moment Quan t au x opration s navales o n sai t commen t M l e contre-amira l Humann appel d e Hong-kon g pou r le s diriger a envoy dan s le s eau x d u Sia m l'avis o Y Inconstant e t l a Comte, canonnire s d e haut e mer rejoindr e l e Lutin, e t pa r que l brillan t fai t d'arme s ce s bateau x on t forc le s passe s d e Paknam sou s l e fe u de s fort s e t de s navire s siamois e t mont jusqu' Bang-kok L e 1 3 juillet arriv s devan t l a barr e d u Mei-nam il s l a franchiren t ver s 6 heure s d u soir ; pe u aprs san s avi s pralable il s reuren t deu x salve s suc cessive s d e hui t pice s d e gro s calibr e arman t le s fort s d e rentre L'Inconstant e t l a Comte ripostren t vigoureusemen t e n s e pavoisan t au x cou leur s nationales U n pe u plu s loin e t rang s de s deu x ct s d e l a pass e troit e mnag e dan s l'estacade il s trouvren t 7 navire s ennemis Lanc s tout e vitesse no s btiment s reoiven t l a bord e de s 7 navires tandi s qu'un e torpill e fai t explosio n e n avan t d e Y Inconstant e t qu'u n obu s bris e u n cano t e t bless e troi s homme s ; l e fe u d e mousqueteri e tu e deu x canonnier s bor d d e l a Comte. L a pass e es t franchie L'Inconstant cherchan t peronne r l e navir e siamoi s Coronation, arrach e so n m t d e pavillon L a nui t es t devenu e tr s noire L e for t d e Pak na m ouvr e l e feu mai s san s effe t ; no s btiments franchissan t tou s le s obs tacles viennen t mouille r 9 heure s devan t l a Lgatio n d e France san s avoi r aucun e avari e grav e dan s l a coque L'ennem i a perd u trent e homme s ; l e nombr e d e se s bless s es t indtermin L e mm e jour l a chaloup e l e J.-B.-Say faisan t l e servic e rgulie r posta l entr e Saigo n e t Bang-kok tai t pill e e t coul e dan s l e Me-na m pa r de s Siamois e t so n quipag e maltrait

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L A QUESTIO N SIAMOIS E 8 1 Ce s fait s e t l'attenta t d e Ken-kie c indiquren t a u Gouvernemen t franai s l a ncessit d e rsoudr e san s retar d l a questio n siamoise e n obligean t no s adversaire s renonce r leu r politiqu e d e duplicit e t d'interminable s tergi versations Auss i l e gouvernemen t franai s adressa-t-i l u n ultimatu m l a cou r d e Siam — ultimatu m tr s modr puisqu'i l exigeai t seulemen t l'acceptatio n de s condition s suivante s : 1 Reconnaissanc e d e no s droit s su r l a riv e gauch e d u Mkong ; 2 Indemnit au x famille s d e M Grosguri n e t de s milicien s tu s e n trahiso n ; 3 Dp t d'un e somm e d e 3 million s d e francs pou r garanti r l'excutio n de s condition s prcites L a cou r d e Bangko k n'ayan t pa s accept l'ultimatu m dan s le s dlai s indi qu s pa r notr e Gouvernement l a divisio n naval e d u contre-amira l Human n tabli t u n blocu s l'embouchur e d u Mei-na m e t su r le s cte s siamoises ; e n mm e temps M l e Gnra l Duchemi n quittai t l e Tonki n pou r alle r prendr e Saigo n l a directio n d'opration s militaire s contr e Battambang L a cou r d e Bangko k du t abandonne r se s tergiversation s accoutumes e t cde r enfin : ell e accept a u n nouve l ultimatu m don t le s conditions pl^ s dure s qu e celle s d u premier lu i imposent : 1 L'occupatio n pa r l a Franc e d e Chantabou n jusqu' entir e vacuatio n pa r le s agent s siamoi s d e l a riv e gauch e d u Mkong ; 2 L'interdictio n a u Sia m d'entreteni r de s force s militaire s Battambang Siem-rap e t gnralement'd'tabli r de s poste s fortifi s moin s d e 2 5 kilomtre s d e l a riv e droit e d u Mkong ; 3 L'interdictio n se s navire s arm s d e circule r dan s l e gran d La c e t su r l e Mkong Ce s deu x dernire s conditions tr s sages on t pou r obje t d'viter su r l e Mkon g e t dan s le s eau x d u Lac tout e possibilit d e confli t entr e le s agent s de s puissance s contractantes