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Avesta

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Avesta Zoroastre et le mazdéisme

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SOAS University of London
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LES LITTÉRATURES DE L’ORIENT
Tome IV
L’AVEST A
ZOROASTRE ET LE MAZDÉISME
ABEL HOVELACQUE
PARIS
MAISONNEUVE ET Cic, LIBRAIRES-ÉDITEURS
25, QUAI VOLTAIRE, 25
1 8 8 0
NOUVELLE ADRESSE
198, Bd ^-Germain, PAlilS (VIIe)




LES LITTÉRATURES DE L’ORIENT
IV
L’AVE S TA




L’AVE S TA
ZOBOASTRE El LF MAZDÉISME
PAR
ABEL HOVELACQÃœE
PARIS
MAISONNEUVE ET C.ie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
25, QUAI VOLTAIRE, 25
1880
NOUVELLE ADRESSE
198, Bd «‘-Germain, PARIS (VIIe)




AVANT-PROPOS
Nous nous proposons d’étudier la doctrine religieuse,
liturgique et morale des livres de YAvesta, attribués à Zo-
roastre ou à ses disciples.
On ne trouvera pas ici un ouvrage de mythologie com-
parée; nous ne rapprocherons pas l’Avesta des Védas hin-
dous, non plus que des anciennes traditions grecques,
italiennes, celtiques, germaniques, slaves, lithuaniennes.
Nous ne rechercherons pas, non plus, quelle a été l’in-
fluence du mazdéisme sur la mythologie sémitique, ou,
inversement, quelle a été l’influence du sémitisme sur les
croyances mazdéennes (1). Nous n’aborderons pas la ques-
tion du zoroastrisme moderne; nous ne nous occuperons pas
des faits et des causes historiques qui ont réduit l’ancienne
doctrine de Zoroastre à ne plus compter aujourd’hui qu’un
très-petit nombre de sectateurs.
(1) On peut aussi consulter à ce sujet : Spiegel, Erân^ pp. 274-290, Erânis-
che alterthumskunde, t. I, pp. 446-485. Kohut, Ueber die jüdische angclologic
und dœmonologie in ihrer abhœngigkeit vom parsismus.
1


2
AVANT-PROPOS
Notre sujet est nettement délimité, et nous étudions une
période bien définie de la civilisation de l’antique Ëran :
Vépoque durant laquelle furent composés, enseignés et compris
par les adhérents du mazdéisme les textes zends que nous
possédons. Les précédents et la suite du zoroastrisme ancien
sont en dehors de nos recherches.


INTRODUCTION
DÉCOUVERTE ET INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
PREMIÈRE PARTIE
Opinions des anciens et des modernes sur le zoroastrisme,
avant Anquetil-Duperron.
L'Avesla est le recueil des livres sacrés attribués commu-
nément à Zoroastre et à ses premiers disciples : c’est la
Bible du Mazdéisme. On donne, en général, à la langue dans
laquelle sont rédigés les textes de l’Avesta, le nom tout con-
ventionnel de langue zende.
Nous aurons à nous occuper un peu plus loin du sens de
ces mots : zend, Avesta, et nous rapporterons les différentes
explications qui en ont été données. Nous dirons quelle place
occupe la langue zende dans le groupe des idiomes indo-
européens, et à quelle époque il semble raisonnable de placer


4
PERSE ET ZEND
les anciens textes rédigés en cette langue. Nous aurons aussi
à examiner la composition même de l’Avesta.
Mais, auparavant, nous voulons exposer l’histoire de la dé-
couverte de ce précieux monument, l’un des plus importants
que nous ait laissés l’antiquité, l’un de ceux qui jouèrent un
des plus grands rôles dans l'histoire de la civilisation.
Ce serait trop dire que de donner l’Avesta pour le livre
religieux de la Perse ancienne. Dans cet empire, il régnait
sans doute, à l’ouest comme à l’est, un ensemble de croyances
et de mœurs dont le fond commun se retrouve dans l’Avesta.
Mais l’Avesta, tel que nous le possédons, rédigé tel qu’il
nous est parvenu, n’était point le livre de la Perse propre-
ment dite, c’est-à-dire de la région occidentale de l’empire
éranien. C’est ce que nous prouve d’une façon convaincante
la comparaison de la langue que parlaient les rois perses
achéménides, l’ancien perse, et celle qui a servi à la rédac-
tion du texte qui fait le sujet de notre étude, le zend. Un
exemple ou deux expliqueront la chose. Tandis que la princi-
pale des divinités bienfaisantes reçoit en perse le nom d’Aw-
ramazdâ, elle s’appelle en zend Ahura mazdâ ; tandis que le
perse des inscriptions cunéiformes de Behistân, de Persépolis,
de Naqs i Rustam, dit adam « je », amiy a je suis », daçta-
» main », marliya- « homme », le zend, l’idiome de l’A-
vesta, dit azem, ahmi, zaçla-, masya-, etc. Cependant,
répétons-le, le fond des croyances était le même pour ceux
qui se servaient de la langue perse et ceux qui se servaient
du zend ; aussi pouvons-nous, sans crainte d’erreur, con-
sidérer comme reflétant suffisamment les doctrines et les
préceptes de l’Avesta, les passages que nous ont laissés les
auteurs anciens sur la religion et les coutumes des Perses.
Nous pourrions réunir ici ces différents passages ; ils sont
nombreux, et ne sont pas tous copiés l’un sur l’autre. Si
nous nous abstenons de les reproduire en ce moment, c’est
qu’ils trouveront place (les plus importants au moins) dans le
corps même de notre livre, aux endroits où il y aura le plus


BRISSON
5
d’avantage à les citer. Qu’il nous suffise de dire qu’au pre-
mier livre de ses Histoires, Hérodote a consacré un morceau
très-important à la religion et aux croyances des Perses, ses
contemporains (450 ans avant l’ère chrétienne). Nous avons
reproduit et commenté ailleurs ce passage fort curieux du
vieil et véridique historien (1). A côté des relations d’Héro-
dote nous aurons à citer les rapports plus ou moins étendus,
plus ou moins exacts, de Ctésias, de Théopompe, d'Hermippe,
de Strabon, de Pausanias, de bien d’autres encore.
Les sources mahométanes, purement asiatiques et qui
datent du moyen âge, ont également leur intérêt, et nous les
reproduirons à l’occasion.
Mais arrivons aux études européennes, et voyons comment
la science occidentale a fait la découverte del’Avesta, l’alu,
Ta interprété.
On attribue généralement à l’orientaliste anglais Thomas
Hyde le mérite d’avoir exposé le premier l’ensemble des
croyances religieuses des anciens Perses (2).
Le livre de Hyde fut publié en l’année 1700; mais plus
d’un siècle auparavant avait déjà paru, à Paris, un écrit ana-
logue, et que l’on ne saurait sans injustice passer sous silence.
L’auteur de cet ouvrage est Barnabé Brisson, jurisconsulte
né en 1531, mort en 1591. Brisson, avocat général au Par-
lement, puis président à mortier, fut nommé premier prési-
dent par la Ligue, puis enfin pendu par les Seize.
La première édition de son livre, intitulé De regio Persa-
rum principalu libri très, parut à Paris en 1590. C’est dans
la seconde partie que Brisson traite du sujet qui nous oc-
cupe : Liber II quo cle religione, moribus inslitulisque
Persarum traclaliir. Il commence par dire que les Perses
(1) Observations sur un passage d'Hérodote concernant certaines institutions
perses, Paris, 1875. Cf. Rapp, Die religion und sitte der Perser und übriger.
Iranier nach den griechischen und rœrmschen quellen. ZDMG, xix, 1 ss.
(2) Haug, par exemple, dit dans ses Essags : « The first, who attempted to
give a complété description of the doctrine of the Magi, was the celebrated
Oxford Scholar Hyde. » Bombay, 18G2.


6
LORD
honoraient Jupiter (Jovem) ; nous verrons plus tard que ce
prétendu Jupiter n'est autre que Thwasa, la voûte céleste;
le soleil, sous le nom de Mithrcr, « Oromaz » ou « Oro-
magda », et parmi les divinités malfaisantes « Ariman » ; la
lune et Vénus {sic) ; le feu {ignis in sacri/icando princeps
erat) ; l’eau, la terre ; qu’ils ne possédaient point de temples ;
qu’ils sacrifiaient sur les hauteurs, dans un lieu pur; que les
sacrifices commençaient par des invocations aux dieux. Il
parle enfin de Zoroastre, des jours de fête, de la division des
âges de la vie, des mariages entre consanguins, puis de cer-
taines coutumes funéraires.
Tout le livre de Brisson est aujourd’hui encore fort inté-
ressant à lire, et il est évident que l’auteur avait dépouillé
avec un grand soin les ouvrages de l’antiquité dans lesquels
il espérait trouver des renseignements. Une seconde édition
de son livre parut en 1595 : Cum notis Sylburgii et tripl.
indice ap. Commelin, in-8°; une troisième dans le recueil de
ses œuvres, à Paris, en 1606, in-4° ; une quatrième à Stras-
bourg {Argentorati), en 1710, in-12, publiée par J. H. Le-
derlin.
Du livre de Henri Lord, The religion of the Parsees, publié
à Londres en 1630, et traduit par Briot en 1667, à la suite
de XHistoire de la religion des Banians, sous le titre de :
Histoire de la religion des anciens Persans qui sont à présent
dans les Indes orientales et que Ton appelle communément
Parsis, il y a peu de choses à tirer. Henri Lord avait sé-
journé à Surate durant dix-huit ans ; dans son opuscule, il
rapporte ce qu’il a pu apprendre des prêtres parsis. Après
avoir parlé de la création, de Zertoost, législateur des Per-
sans, né en Chine, de la révélation que ce Zertoost obtint
de la divinité, il énumère certains préceptes de la loi mazdé-
enne et certaines cérémonies ; il relate l’adoration du feu et
termine par un recueil de passages extraits des anciens au-
teurs. Au point de vue historique, ce petit livre peut avoir son
intérêt : mais, en réalité, il est rédigé sans critique aucune.


STANLEY, BURTON, RELAND
7
L’ouvrage de Th. Herbert ne donne qu'une sorte d’abrégé
de Lord : A relation of some yeares Iravels... Londres, 1634,
1638, 166b, 1677. Traduit en français en 1663.
11 n'y a rien d’original dans la partie du livre du théologien
anglais Édouard Pocock (Specimen historiæ Arabum sive
Gregorii Abulfarajii Malatiensis de origine et moribus Ara-
bum suceincta narratio in linguam latinam conversa, etc.),
qui concerne la religion des Perses. La version occupe dans
ce livre une trentaine de pages, les notes trois-cent-soixante
environ. Si nous ne nous trompons, il a eu deux éditions à
Oxford, l’une en 1648, l'autre en 1650. Voyez particulière-
ment à la page 147 de cette dernière.
Dans l’histoire de la philosophie d’un autre écrivain an-
glais, Thomas Stanley (1), nous trouvons une compilation de
certains passages des auteurs anciens sur la réforme organisée
par Zoroastre dans la religion des Perses, sur la doctrine de
ces derniers, leur théologie et leur cosmogonie, sur les rites
de leurs sacrifices et leurs divinités. Pars xiv, De Persarum
philosophia, t. III, p. 300.
L’opuscule de Burton, Veteris linguæ persicæ Xetyava fere
omnia quœ quidem apud priscos scriptores reperiri poterant,
parut à Londres en 1657. Il forme la seconde partie (pp. 61
à 104) du petit volume qui commence par l’histoire de la
langue grecque du même auteur. Le commentaire des mots
éraniens cités par les écrivains de l’antiquité est un sujet qui
a attiré plusieurs autres érudits.
La huitième dissertation de Reland (Hadriani Relandi
dissertationum miscellanearum pars altéra, 1707, p. 97) est
intitulée : Dissertatio de reliquiis veteris linguæ persicæ.
Reland cite tout d’abord les travaux antérieurs aux siens, de
(1) History of philosophy. La première partie de la première édition parut à
Londres en 1655. 11 y a d’autres éditions anglaises de 1687, 1701, 1743. Une
traduction latine incomplète fut publiée à Amsterdam en 1690 ; une autre,
par Olearius, avec des additions, à Leipzig, en 1711 ; une autre à Venise en
1731 : Ilistoria philosophiez. C’est à cette dernière que nous renvoyons. 11 existe
une traduction flamande du meme ouvrage, éditée à Levde en 1702.


TH. HYDE
Gesner, Waser, Brisson, Burton. En 4798, Paulin de Saint-
Éarthélemi traita, dans son ouvrage sur l’antiquité et l’affi-
nité du zend et du sanskrit (voyez ci-dessous), de certains
mots perses cités par les auteurs anciens (p. xxxvi et suiv.).
Thomas Hyde, professeur de langues orientales (particu-
lièrement de langues sémitiques) à Oxford, vécut de 1636 à
1703. Son livre, bien connu, est intitulé : Velerum Persarum
et Parthorum et Medorum religionis historia ; la première
édition parut en 1700, in-4°; la seconde en 1760. La Biblio-
thèque nationale possède l’exemplaire d’Anquetil-Duperron,
signé par lui au titre même, et enrichi çà et là de quelques
notes manuscrites (1). Hyde commence par distinguer les
Perses anciens des modernes ; il cherche à démontrer leur
monothéisme, et dans ce but, s’efforce de prouver que pour
eux Mithra et le feu n’étaient pas de véritables divinités.
« Zoroastre, ajoute-t-il, leur réformateur religieux, connais-
sait la doctrine des Juifs » ; puis il expose l’objet de son
ouvrage : In hoc opéré quod jam prœ manibus est, in unum
congessimus pleraque (sive bona et orthodoxa, sive mata et
hœretica) quæ de Magorum religione sparsim apud autores
leguntur. Il parle ensuite des rapports de la religion perse avec
celle d’Abraham; il revient sur ce que Mithra n’était nulle-
ment une divinité ; il traite du soin de l’eau et du feu ; des
deux principes, celui de la lumière et celui des ténèbres; de
la création, de l’origine du genre humain, de l’année, des
saisons et des mois, des jours de fête, du pont Tchinvat
(dont nous parlerons en traitant du sort de l’homme après la
mort); du mariage, de la lotion au moment de la naissance,
des funérailles ; puis de la langue perse et de ses dialectes.
Le livre contient plusieurs gravures, différentes représenta-
tions de Mithra, des prêtres procédant au sacrifice, des cada-
vres exposés aux oiseaux de proie, etc., etc. Cet écrit de Hyde
est sans doute une tentative très-honorable, mais elle manque
(1) Cet exemplaire est inscrit Z anc. 803, i a.


IIYDE, BAYLE 9
absolument de critique, et nous ne pouvons en tirer que bien
peu de profit. Brisson s’était contenté de rassembler les té-
moignages des anciens ; Hyde avait voulu faire plus et mieux ;
mais tout ce que lui apprenaient l’Orient du moyen âge et
’Orient contemporain, il ne pouvait l’interpréter, ne connais-
sant pas les textes de l’antiquité éranienne elle-même.
Dans les fascicules de février et de mars 1701 des Nou-
velles de la République des Lettres publiées à Amsterdam,
par J. Bernard, il y a un compte rendu de l’ouvrage de Hyde ;
c’est d’ailleurs une simple analyse.
Signalons ici les quelques pages que J.-Fr. Buddeus, vers
la fin du second volume de son histoire ecclésiastique, con-
sacre à Zoroastre : Historia ecclesiastica vetcris testamenti,
ab orbe condito usque ad Christum natum, variis observatio-
nibus illustrata (Halle, 1709, 2 volumes.) Buddeus se fonde
en tout sur l’ouvrage de Hyde.
Bayle, dans l’article « Zoroastre » de son Dictionnaire his-
torique et critique (édition d’Amsterdam, 1734, t. V, p. 623),
Bayle cite le livre de Hyde, et rapporte notamment l’opinion
tout à fait erronée de ce dernier que les deux principes, celui
du bien et celui du mal, n’auraient pas été égaux tous les
deux dans l’origine, et même « qu’ils n’étaient à proprement
parler que des causes secondes et ne méritaient pas en ri-
gueur le nom de principes ». Après avoir relaté la théo-
rie de Hyde (dont le traité, dit-il d’ailleurs, est excellent),
Bayle ajoute : « Nous ne saurions voir goutte dans ce chaos
de pensées, nous autres Occidentaux : il n’y a que des Levan-
tins, accoutumés à un langage mystique et contradictoire,
qui puissent souffrir sans dégoût, et sans horreur un si
énorme galimatias » {Ibid). Mais en parlant ainsi, il jugeait
le mazdéisme d’après les dires de Hyde ; cent ans plus tard,
il eût parlé tout différemment.
Dans ce même article sur Zoroastre, Bayle constate que
Hyde admet l'authenticité des livres attribués par les Orien-
aux à ce personnage, mais il ajoute en même temps que


10
BAYLE
< bien des gens croient que tous les ouvrages qui ont couru
sous le nom de Zoroastre, et dont quelques-uns subsisten
encore, sont supposés». Et il ajoute en note : « Suidas as-
sure que Ton avait quatre livres de Zoroastre Tuspi ?ûœ£(dç, De
natura ; un livre zept 7J0cnv Ttp/wv De gemmis, et cinq livres
d'astrologie judiciaire, àrapoŒxoTnxà à7ïOTc7ké<7p.aTa, Prœdicliones
ex inspectione stellarum. Il est fort apparent que ce que
Pline rapporte sous la citation de Zoroastre (Pline, 1. xvnr,
chap. xxiv, p. m. 501 ; et 1. xxxvn, chap. x, p. 407, 410
411) avait été pris de ces livres-là. Eusèbe (Prcepar. evang.
1. i, sub fin., p. 42) cite un passage qui contient une ma-
gnifique description de Dieu, et il le donne pour les propres
termes de Zoroastre, èv tyJ fepa cwzyuyr) twv EUpcnxœv, in
sacro Persicorum rituum commentario. Je ne vois personne
qui ne croie que Clément d'Alexandrie a dit que les secta-
teurs de Prodicus se vantaient d'avoir les livres occultes
de Zoroastre (Clem. Alexandrin. Strom., 1. i, p. 304). Mais
peut-être que ses paroles ont un autre sens, et signifient qu’il
se vantait d’avoir les livres occultes de Pythagoras. On a
imprimé en dernier lieu, avec les vers des Sibylles, à Ams-
terdam, ' 1689, selon l’édition d’Opsopeus, Oracula magica
Zoroastris cum scholiis Plethonis et Pselli. Ces prétendus
oracles magiques ne contiennent pas deux pages. Voici le ju-
gement de M. Huet sur tous les livres en général qui ont
couru sous le nom de Zoroastre. Il les traite tous de sup-
posés : « Ex cujus (Zoroastris) fama et existimatione pro-
o venit eorum fallacia, qui sub ejus nomine oracula quæ-
« dam magica græce scripta incautis obstruserunt. Edita
« ilia sunt cum Pselli et Plethonis scholiis : sed si nares
« admoveris, fraus subolebit. Vetustiora quidem ilia sunt
« nibilo tamen yvYjŒtoTepa (sinceriora) oracula, quæ Cræsi
« temporibus extitisse narrat Nicolaus Damascenus (Hist.,
« 1. vu, in exc. Const. Porphyr.). Insinceros quoque eos
« dixerim libros, quos chaldaice scriptos, et chaldaicis com-
« mentariis illustratos, et effata ac sententias complexos


HUET, PRIDEAUX I1
« Johannem Picum habuisse ferunt ; insincerum et librum
« Zind, mihi de nomine solo cognitum quo ritus magicos
« et ignis colendi disciplinam aiunt contineri... Insinceros
« et quos Hermippus, Plinio teste, ducentis versuum millibus
a sub Zoroastris nomine conditos indicibus quoque positis
« expîanavit. Ex iisdem falsariorum incudibus profectus est
« supra memoratus persicarum legum codex Zundavestaw,
« quem vetustissimum tamen conjicio, et eumdem fortasse,
« qui ab Eusebio (Prœp. ev., 1. i). Collectio sacra persica-
« rum rerum appellatur. Indidem profectus et quem se ar-
« canis habere jactabant, qui Prodici philosophi doctrinam
« sectabantur, ut est apud Clementem Alexandrinum
« (Strom. i); indidem et quos commémorât Suidas (in Zœpoàs-
« -pjç); et qui de Magia, Zoroastris nomine, scripti circum-
« ferebantur, ut habet Auctor Recognitionum (1. iv, chap.
« xxvii); et quem tradit Auctor Astrologiæcujusdam persicæ,
« ebraice redditæ, ab eo lucubratum, et regnum dei fuisse
« inscriptum, et manibus Persarum assidue gestari esse
« solutum. » M. Huet ajoute que Porphyre (in vita Plotini)
a reproché aux Chrétiens la supposition de beaucoup d’ou-
vrages, et qu’il se vante d’avoir prouvé que l’Apocalypse de
Zoroastre était du nombre de ces livres-là. »
Il s’agit ici de Huet, le célèbre évêque d’Àvranches, qui
vécut de 1630 à 1721, et le passage cité est extrait de sa
Demonslratio evangelica, Paris, 1679, in-folio (Autres édi-
tions : ibidem 1687, 1690; une en Allemagne, une autre à
Amsterdam, 2 vol. in-8°, une à Naples en 1731).
Le théologien anglais Prideaux consacre quelques pages à
Zoroastre et aux Perses dans son livre bien connu sur l’his-
toire des Juifs (1). Après avoir constaté le désaccord des
(1) La première édition de cet ouvrage (en anglais) parut en 1715-1718. Il
eut plusieurs traductions françaises, 1722, etc. Celle que nous citons est la
seconde de ces dernières: Histoire des Juifs et des peuples voisins... par M. Pri-
deaux, doyen de Norwich, traduite de l'anglais. Nouvelle édition corrigée et
augmentée. Amsterdam, 1728 ; 6 vol. in-12.


12
BEAUSOBRE
auteurs anciens sur Page de Zoroastre, il admet qu’il n’y
eut qu’un Perse illustre de ce nom. D’ailleurs, ajoute-t-il,
« à Mahomet près, Zoroastre a été le plus grand imposteur
qui ait paru dans le monde » (t. Il, p. 36). « Il était très-
versé dans la religion des Juifs et dans l’Ancien Testament,
ce qui donne lieu de croire qu’il était .Juif d’extraction. »
Zoroastre n'aurait pas fondé une religion nouvelle : il
n’aurait fait que réformer celle des Mages, particulièrement
en établissant l’existence d'un principe unique supérieur
aux principes de la lumière et des ténèbres. Prideaux parle
des soins de l’entretien du feu ; du livre écrit par Zoroastre,
le Zendavesta ou Zendavestow, l’allume-feu, ainsi nomme
« pour insinuer que ceux qui le liraient et le méditeraient
avec soin sentiraient le feu d’un véritable amour pour Dieu
et pour sa sainte religion s’allumer dans leur cœur » (ibid.,
p. 57); il contiendrait,un grand nombre de morceaux em-
pruntés à l'Ancien Testament. En somme, tout ce passage
du livre de Prideaux est sans originalité aucune et sans
critique ; il est surtout rédigé d’après le travail de Hyde.
Dans YHistoire critique de Manichêe et du manichéisme
d’Isaac de.Beausobre (tome I, Amsterdam, 1734; tome II,
ibid., 1739, in-4), il est souvent parlé du zoroastrisme.
Beausobre voit dans Zoroastre un contemporain de Pytha-
gore : il est prouvé, dit-il, que Zoroastre n’admettait qu’un
seul principe suprême, dominant deux principes subalternes,
l’un, auteur du bien, l’autre, auteur du mal (I, p. 31). Plus
loin il fait un exposé de la religion des Perses (p. 101); dit
que réellement ils n’adoraient pas le feu ; que Zoroastre
réforma le « Magisme »; que sa religion « consistait dans
ces trois articles : dans la pureté de la foi, dans la sincérité
et l’honnêteté des paroles, dans la justice et la sainteté des
actions »; que cette religion ne reconnaissait qu’un dieu ;
que les Perses la tenaient d’Abraham. 11 parle ensuite du
« Zendavesta, mot composé et qui signifie un instrument à
allumer le feu, à la lettre T allume-feu » (p. 395). C’est en


BRUCKER
13
somme, en ce qui concerne le zoroastrisme, un travail de
seconde et de troisième main, dont le livre de Hyde a fait
presque tous les frais : l’auteur y puise des erreurs nom-
breuses et considérables.
Nous trouvons, vers la même époque, dans Y Explication
de divers monuments qui ont rapport à la religion des plus
anciens peuples, par le R. P***, religieux bénédictin de la con-
grégation de Saint-Maur, Paris, 1739, in-4° (le nom de Fauteur
est Jacques Martin), un chapitre intitulé « Du dieu Mithras ?»
(p. 231-293) avec un paragraphe particulier sur la « véri-
table religion des anciens Perses. » Martin ne fait d’ailleurs
que résumer les assertions de certains auteurs de l’antiquité.
La partie de l’histoire de la philosophie de Brücker qui
traite particulièrement des Perses présente un certain inté-
rêt, au moins un intérêt historique. Le titre du livre est
celui-ci : Historia critica philosophiez ; il fut publié à Leipzig
en 1742 (cinq volumes in-4°). Dans le troisième chapitre de
son livre premier, Brücker rapporte que Zoroastre est le fon-
dateur de la religion des Perses; que l’on sait peu de choses
sur l’époque à laquelle il a vécu, mais qu’on ne peut certai-
nement pas le placer après Darius, fils d’Hystaspe. Il raconte
la vie de Zoroastre d’après les auteurs anciens et orientaux,
et relate ce que les voyageurs modernes disent des Parses
adorateurs du feu. Il parle ensuite des livres attribués à
Zoroastre, notamment du Zendavesta (« brevius Zend »),
livre révélé à Zoroastre par le ciel, et qui, à côté de la partie
liturgique, contient des‘préceptes religieux. Brücker ajoute
que llyde avait entre les mains le texte même de FAvesta et
que s’il mourut sans l’avoir publié, ce fut qu’il n’avait point
trouvé les fonds nécessaires à cette édition. Il traite ensuite
des Mages, de leurs fonctions, du culte du soleil, A’Oromazdes
et ftArimanius, et du système théologique général de Zo-
roastre. En 1767, un sixième volume fut publié par Brücker
pour servir d’appendice aux cinq volumes précédents. Nous
aurons l’occasion tout à l’heure d’en reparler. Brücker, né


FOUCItlîR
14
à Augsbourg en 1696, mourut en 1770. En somme, son ou-
vrage est un écrit de seconde main, et le principal mérite de
cet écrit, en ce qui concerne les institutions éraniennes, est
peut-être d’avoir fourni à Anquetil-Duperron l’occasion de
démontrer l’authenticité de l’Avesta.
Rien de plus intéressant que les écrits de Foucher publiés
de 1759 à 1772 dans les Mémoires de l’Académie des inscrip-
tions et belles-lettres. Ces différents articles furent inspirés
par le livre de Hyde, dont les vues parurent à Foucher
(comme d’ailleurs à bien d’autres) singulièrement subjec-
tives et par trop dépourvues de critique. Dans la première
partie de son Traité historique de la religion des Perses (op.
cit., XXV, année 1759), Foucher rend d’abord justice au
zèle de Hyde et à ses connaissances d’orientaliste, mais il
laisse voir bientôt que son projet est de critiquer sévère-
ment le « docte anglais. » Et de fait, il démontre immédiate-
ment la fausseté de cette thèse de Hyde, que les anciens
Perses n’adoraient réellement pas le soled et le feu, et qu’ils
n’étaient point sectateurs de deux principes coéternels ; il lui
reproche avec très-juste raison de s’en rapporter exclusive-
ment aux auteurs orientaux du moyen âge, aux écrivains
asiatiques, et de négliger les renseignements fournis par les
Grecs de l’antiquité. Malheureusement Foucher se perd ici
dans des digressions apologétiques absolument hors de pro-
pos, ou qui, du moins, nous paraissent aujourd’hui tout à
fait futiles. Dans son second mémoire, il traite du dualisme;
il établit tout d’abord que cette doctrine a parfaitement existé
chez les anciens Perses ; à vrai dire, il s’indigne contre elle,
en tant que système philosophique et sous prétexte qu’elle
est « destructive des bonnes mœurs » ; mais ce jugement ne
fait rien à l’affaire : le mérite de Foucher est qu'il comprend
la chose telle qu’elle était en réalité. Au tome XXIII, il traite
de la personnalité de Zoroastre. Il rassemble et confronte
les sources anciennes et conclut à ce qu’il a existé deux indi-
vidus de ce nom : l’un ayant vécu au temps de Cyaxare Ier, et


FOUCIIER
15
celui-là prophète; l'autre, le second Zoroastre, un « Juif
apostat », non point prophète, mais philosophe, contempo-
rain de Cyrus et de Darius, fils d’Hystaspe (soit 550 à 500
ans avant notre ère). Par la suite des temps on aurait con-
fondu ensemble prophète et philosophe, et il n’aurait plus
été question, à un moment donné, que d’un seul et unique
Zoroastre. Plusieurs des écrits attribués à Zoroastre, ajoute
Foucher, ont été sans doute composés par des « impos-
teurs », mais les Mages avaient certainement en leur pos-
session des écrits qui provenaient de leur législateur.
Ici vient une analyse, naturellement fort erronée, de tout
ce que l’Avesta était réputé contenir : c’est ainsi qu’il y était
parlé d’Adam et d’Eve, et qu’on y rencontrait des psaumes de
David ! Mais tout cela était dû à Hyde. Foucher aurait pu se
méfier davantage de ce qu’avait écrit Hyde relativement au
contenu des livres mazdéens qu’il avait entre les mains, et
dont il n’avait certainement pas compris le premier mot (1).
Foucher parle ensuite du système du second Zoroastre, le
« Juif apostat ». Ce dernier aurait eu pour but de « concilier
la religion des Hébreux avec celle des Perses ; de réunir ce
que chacune d’elles avait de dogmes essentiels ; de relever
le magisme, afin qu’il fût moins odieux à la nation sainte,
et de proportionner la religion judaïque à la faiblesse des
Mèdes et des Perses, en la dépouillant du caractère exclusif
qui la rendait insupportable aux autres peuples » (Mémoires
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXVII,
p. 339). Il revient d’ailleurs sur ce fait définitivement établi
qu’on trouve dans ce système, à ne pas s’y méprendre, une
(1) Dans l’article Perses (Philosophie des) de l’Encyclopédie, Diderot expose
naturellement les idées qui avaient cours, au temps où il écrivait, sur les
livres attribués à Zoroastre : « 11 faut, dit-il, en rapporter la supposition au
temps d’Eusèbe. On y trouve des psaumes de David ; on y raconte l’origine
du monde d’après Moïse ; il y a les mêmes choses sur le déluge ; il y est parlé
d’Abraham, de Joseph, de Salomon. C’est une de ces productions telles qu’il en
parut une infinité dans ces siècles, où toutes les sectes, qui étaient en grand
nombre, cherchaient à prévaloir les unes sur les autres par le titre d’ancien-
neté. » Œuvres complètes de Diderot, édition Assézat, t. XVI, p. 259.


16 FOUCIIER, BANIER
réelle adoration du soleil, des astres, des divers éléments.
Au tome XXIX, notre auteur examine la doctrine des premiers
sectateurs du mazdéisme ; il rapporte nombre de sources
anciennes et arrive à l’étude du zoroastrisme tel qu’il était
conçu et pratiqué sous la dynastie des Sassanides, c’est-à-dire
du nie au vne siècle de notre ère. Au tome XXXI, il s’occupe
du manichéisme, puis des croyances des Guèbres actuels.
Enfin, dans le XXXIIIe volume, nous trouvons un dernier
mémoire, inséré tardivement dans la publication de l’Aca-
démie, mais lu en 1772. La traduction d’Anquetil a paru:
Foucher l’accepte telle quelle, déclare qu’elle confirme ses
idées sur le dualisme des Perses, mais ajoute qu’il s’est
trompé sur plusieurs points de leurs doctrines, et il se rec-
tifie sans hésiter. Ce dernier mémoire est intitulé : Supplé-
ment au traité historique de la religion des anciens Parses.
Si l’on veut bien négliger les passages où Foucher prononce
de haut, d’après ses propres croyances, sur le plus ou moins
de moralité de vues des anciens Perses, ce long travail est
assurément un de ceux qui font honneur à cette époque de
la seconde partie du xviii0 siècle, si riche en excellents tra-
vaux d’érudition.
La Mythologie et les fables expliquées par l'histoire, ouvrage
de Banier, qui parut à Paris en 1764, s’occupe naturellement
des Perses et de leur religion. C'est au chapitre douzième du
septième livre, t. III, p. 148 et suiv. C’est un écrit de seconde
main ; l’auteur cite particulièrement Hérodote, Strabon,
Plutarque, Hyde, et, à propos du culte de Mithra, Délia
Torre, évêque d’Adria, dont nous signalerons le travail lors-
que nous aurons à parler de cette divinité.


DEUXIÈME PARTIE
Anquetil-Duperron et ses contemporains.
Une ère nouvelle allait s’ouvrir : Anquetil-Duperron
rapportait des Indes la collection des livres sacrés du
mazdéisme, et Eugène Burnouf devait bientôt lire et inter-
préter ces textes précieux.
Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron, frère cadet d’An-
quetil, l’historien, naquit à Paris en 4731. Adonné de
bonne heure à l’étude de l’hébreu, de l’arabe, du persan,
il vit un jour, à Paris, quelques feuillets zends calqués
sur les manuscrits d’Oxford (1) et résolut, sans tarder, de
partir pour l’Inde afin de se mettre en rapport avec les éta-
blissements des Parses, et pour étudier en même temps la
littérature védique. N’ayant aucune espèce de ressources
pour entreprendre ce coûteux voyage, Anquetil n’hésita pas
à s’engager comme simple soldat au service de la Com-
pagnie des Indes. L’on put, heureusement, le faire bientôt
libérer de son engagement. En août 4755, il débarqua à
(1) Des manuscrits zends avaient été apportés en Europe avant ceux d’An-
quetil. En 1718, l’Anglais G. Bourchier reçut des Parses de Surate le Vendi-
dad, le Yaçna et le Vispered, qui furent apportés en Angleterre en 1723.
Hyde ne put les déchiffrer, bien qu’il fût maître de l’alphabet zend. Plus tard
l’Écossais Fraser acheta à Surate le Yaçna et les Yests, mais il ne réussit
point à se faire initier aux doctrines des Parses. Consultez Anquetil-Duperron,
t. I, p. v de son Discours préliminaire. Lors de son retour de l’Inde en France,
Anquetil compara à ses propres manuscrits les manuscrits qui se trouvaient
en Angleterre.
2


18
LES PARSIS
Pondichéry, et peu de temps après gagna Chandernagor,
où toutes ses espérances ne tardèrent pas à être déçues.
Nous le retrouvons de nouveau à Pondichéry ; il y reste
deux mois et se rend par mer à Mahé. De Mahé il gagne
Goa, puis Surate.
Dans cette dernière ville, il se trouve enfin en rapport
avec les communautés de Parsis.
On sait que la conquête islamite avait chassé de leur
pays, au vn° siècle de F ère chrétienne, les sectateurs du
mazdéisme, et que la plus grande partie de ceux-ci allèrent
s’établir dans l’Inde du nord-ouest. Dans son premier
volume, Anquetil rapporte l’histoire de l’exode des Parsis,
p. cccxvni. D’après Dosabhoy Framjee, le nombre total des
Parsis était, en 1854, d’environ cent cinquante mille individus.
La plupart sont établis dans l’Inde septentrionale, à Bombay,
à Surate, à Baroda ; en Perse, à la même époque, on en
comptait six mille six cents à Yezd, à l’est d’Ispahan ; à
Kirman, plus au sud, environ quatre cent cinquante ; enfin
une cinquantaine à Téhéran (Dosabhoy Framjee, The Par-
sees : tlieir history, manners, customs and reliqion, Londres,
1858, in-8) (1).
Les voyageurs des deux derniers siècles ont écrit sur les
Parsis — ou Guèbres — quelques pages qu’on lira peut-être
ici avec intérêt.
Pietro délia Valle : « Parlons maintenant des Gaures, c’est-
à-dire des idolâtres infidèles de Perse, qui restent aujour-
d’huy dans le pays des anciens Persans.
« le fus voir ces iours passez leur nouuelle Ville, ou, si
vous voulez, leur habitation séparée ; laquelle de mesme que
(1) Consultez également : Spiegel, Zur neuesten geschlchte des Parsismus
dans le livre Erân -, Berlin, 1863, p. 371 ss. Du même auteur : Avesta (traduc-
tion allemande), t. II, p. ni de l’introduction; 1.1, p. 40, 46. Nous trouvons
dans le premier volume du Journal of the Bombay branch roy. asiatic society
une relation indigène de l’exode des Parses, traduite en anglais par E.-B. East-
wick : Translation from lhe persian of the Kissah-i-Sanjan : or history of the
arrivai and seulement of the Parsis in India, p. 157 ss.


LES PARSIS
19
la nouvelle Ciolfa, que les Arméniens Chrestiens habitent ;
comme le nouueau Tauris, ou Abbas-Abad, dans lequel les
Mahometans qui ont esté amenez de Tauris, demeurent; est
contiguë à Hisphahan, presque comme vn faux-bourg : et
quoy qu’à présent elle en soit séparée par quelques jar-
dins ; neantmoins auec le temps, parce que le nombre des
habitans s’augmente prodigieusement tous les iours, His-
phahan, et cette habitation des Gaures, avec les deux autres
susdites, ne feront qu’vne mesme chose. C’est pour cela que
ie ne sçay si ie les dois appeler, ou citadelles séparées, ou
faux-bourgs, ou plustost des parties considérables de cette
mesme ville AHisphahan, comme sont la région au de-là du
Tybre, et le Bourg de nostre Rome. Cette habitation des
Gaures n’a point d’autre nom que ie sçache que celui de
Gauristan ; c’est-à-direr selon les Persans, le lieu des infi-
dèles, presque comme nous appelions celuy des Iuifs, la
Iuifverie. Ce lieu là est fort bien bàty, les rués en sont fort
larges, et bien droites, et beaucoup plus belles que celles de
Ciolfa, parce qu’il a esté fait depuis auec plus de dessein :
mais toutes les maisons en sont basses, n’ayant qu’vn plan-
cher, sans aucun ornement, conformement à la pauvreté de
ceux qui les habitent ; en cela fort differentes de celles de
Ciolfa, qui sont fort magnifiques, et tres-ajustées ; parce
que les Gaures .sont pauvres et misérables, au moins ils en
donnent toutes les marques possibles : en effet, ils ne font
aucun trafic, ce sont seulement des gens de campagne
comme des paysans, et des personnes enfin qui gagnent leur
vie avec beaucoup de peine et de fatigue. Ils sont tous vestus
d’vne maniéré, et d’vne mesme couleur, qui tire vn peu sur
celle de ciment fait de briques » (Voyages, trad. franç.,
Paris, 1661, t. II, p. 104):
Et un peu plus loin :
« Les Gaures, à ce que m’a dit vn des leurs, qui estoit
tout simple et ignorant, et auec lequel ie me suis quelques-
fois entretenu, ont entr’eux vne langue particulière et diffe-


20
LES PARSIS
rente de la Persienne d’aujourd’huy ; et des caractères mesme
d’vne autre forme que ceux dont on se sert à présent, des-
quels quelques-vns sont marquez sur les portes de plusieurs
de leurs maisons : mais ie feray mon possible d’en voir vn
iour l’Alphabet, et de sçauoir s’il est vray, comme on me l’a
asseuré, qu’ils écriuent, à la façon des Latins, de la gauche
à la droite. »
Dans la Suite de son Voyage au Levant (deuxième partie,
p. 116; Paris, 1674) Thévenot, écrit ceci : « Il y a encore
dans la Perse et particulièrement dans le Kerman des gens
qui adorent le feu, comme les anciens Perses, et ce sont les
Guebres. On les reconnoist à vne couleur jaune, obscure,
que les hommes affectent d’avoir en leurs habits, et les
femmes à leur voile, n’y ayant personne qu’eux qui portent
de cette couleur; de plus, les femmes Guebres ont le visage
tout découvert et ne le couvrent jamais, et pour l’ordinaire
elles sont fort bien faites. Ces Guebres ont vn langage et des
caractères qui ne sont connus que d’eux seuls, et, du reste,
ils sont fort ignorants. »
Figueroa : « En la partie plus Orientale de la Perse, et en
la province de Kerman, qui luy est frontière vers l’Orient,
il est demeuré plusieurs de ces anciens et véritables Persans,
lesquels, quoy qu’ils se soient meslez auec les autres, et
qu’en s’vnissant avec les vainqueurs, ils n’ayent fait qu’vn
peuple,a n’ont pas laissé de retenir constamment leur pre-
mière façon de viure. leurs habits et leur religion. Ainsi ils
adorent auiourd’huy le soleil, comme faisoient les anciens
Perses, lorsque leur Empire estoit le premier du monde, et
à leur exemple, ils ont tousiours en leur maison du feu
allumé, qu’ils conseruent, afin qu’il ne s’esteigne point, auec
autant de soin que fesoient autrefois les Vestales à Rome »
(£’ambassade de Don Gardas de Silva Figueroa en Perse,
traduct. Wicqfort, Paris 1667, in-4°; p. 177).
« Si vous voulez passer, dit Daulier, à un quart de lieuë de
Julpha en tirant vers la montagne, vous verrez un beau vil-


LES PARSJS
21
lage composé d’une longue rue, il se nomme Cuebrabâd,
c’est la demeure des Guebres ou Gauvres, que l’on dit estre
les anciens Perses qui adoroient le Feu. Le Roy leur a
donné ce lieu pour habiter; les ayant détruits en beaucoup
d’autres endroits. Ils sont vestus d’une étoffe de laine fine de
couleur tannée. Les habits des hommes sont de mesme forme
que ceux des autres Persiens. Mais celuy des femmes est
tout different; elles sortent le visage descouvert, et sur la
teste une écharpe fagotée à la négligence, avec un autre voile
qui leur couvre les épaules, ne ressemblant pas mal à nos
Boëmiennes. Leur Caleçon est comme un haut de chausse
de Suisse qui leur descend sur les talons. La pluspart de
leurs étoffes se fabriquent à Kermân, grande ville du costé
du Midy de la Perse, où il y a plusieurs de cette Secte. Ils
sont si reservez à parler de leur religion, qu’on a de la peine
d’en sçavoir rien d’asseuré. Ils n’enterrent pas leurs morts,
mais les laissent à l’air dans un enclos, l’ay entré dans
quelques-unes de leurs maisons, où je n’ay rien vu de par-
ticulier, si non que les femmes, bien loin de fuir de nous,
comme font les autres, estoient bien-aises de nous voir et de
nous parler » (Les Beautez de la Perse, p. 51).
« Les Guebres, dit Chardin, ont une opinion fort contraire
à celle des autres Gentils ; car ils croient, que non-seule-
ment il est permis de tuer les insectes et tous les autres
animaux inutiles, ce qui est rejetté et condamné parles autres
Gentils, mais que c’est même une action agréable à Dieu et
une œuvre méritoire, parce que ces méchantes créatures ne
pouvant avoir été produites que par un mauvais principe et
par un méchant auteur, c’est témoigner de la complaisance
pour lui, que de souffrir ses productions, de sorte qu’il faut
les étouffer et les détruire pour mieux témoigner l’aversion
qu’on lui porte » (Voyages en Perse et autres lieux de V Orient,
t. III, p. 131). Et dans un autre passage: « Les Gxièbres,
qui sont les restes des Perses ou Ignicoles, qui se perpétuent
de père en fils depuis la destruction de leur monarchie, ont


22
LES PARSIS
un idiome particulier ; mais on le croit plutôt un jargon que
leur ancienne langue. Ils disent que leurs prêtres, qui se
tiennent à Yesd, ville de la C ara manie, qui est leur Pirée et
leur principale Place, se sont transmis cette langue jusqu’ici
par tradition, et de main en main ; mais quelque recherche
que j’en aye faite, je n’ai rien trouvé qui me pût persuader
cela. Ces Guèbres ont à la vérité des livres en caractères et en
mots inconnus, dont les figures tirent assez sur celles des
langues qui nous sont le plus connues, mais je ne saurois
croire que ce soit là l’ancien Persan, d’autant plus que le
caractère dont j’ai parlé, est entièrement différent de celui
des Inscriptions de Persêpolis ». (Op. cit. t. Il, p. 105; édit.
in-4° de 1711).
Mandelslo, dans son Voyage de Perse aux Indes Orientales,
mis en ordre par Olearius, traduct. franç. (Amsterdam, 1727)
dit, p. 180 : « Il y a encore une autre sorte de Payens dans
le royaume de Guzarale, qu’ils appellent Parsis. Ce sont des
Persans des provinces de Fars et de Chorasan, qui se reti-
rèrent en ces quartiers-là, pour éviter la persécution des
Maliometans, des le vin0 siècle... Ils demeurent la plûpart le
long de la côte, et vivent fort paisiblement, s’entretenant du
profit qu’ils tirent du tabac, qu’ils cultivent, et du terry qu’ils
tirent des palmiers de ces quartiers-là, et dont ils font de
Varack, parce qu’il leur est permis de boire du vin. Ils se
mêlent aussi de faire marchandise et la banque, de tenir bou-
tique et d’exercer tous les .autres métiers, à la reserve de
celui de Maréchal, de Forgeron, et de Serrurier; parce que
c’est un péché irrémissible parmi eux d’éteindre le feu ». (1).
(1) « Quoique les Parsis aient conservé fidèlement et sans altération notable
la religion enseignée à leurs maîtres par Zoroastre, cependant ils y ont intro-
duit quelques pratiques et dispositions superstitieuses qui n’existaient certai-
nement pas autrefois. C'est surtout dans celle du feu que ces additions sont
plus nombreuses et plus frappantes. On ne trouverait pas aujourd’hui un
seul forgeron parmi les Parsis et les Guèbres établis dans l’Inde et en
Perse, parce que les gens qui suivent cette profession sont exposés à éteindre
le feu ou à le souiller par l’introduction de divers corps étrangers réputés
impurs. » Dubeux, Perse, p. 268.


LES PARSïS
23
Dans le Voyage de Bengale à Chiraz par Franklin (en
1786), traduit par Langlès dans les Voyages dans l’Inde,
en Perse, etc. etc. (Paris, 1801, p. 19), on lit :
,« Parmi ceux qui habitent cette dernière contrée (le
Gouzerate), on trouve beaucoup de Parsys, reste des anciens
Guèbres ou adorateurs du feu : la plupart des marchands
et des valets du pays professent cette religion, ils sont très-
riches et entreprennent toutes les espèces de négoce. Leur
religion, d’après les renseignements que j’ai pu obtenir, est
très-corrompue : ils reconnaissent avoir adopté différents
rites hindous; probablement par complaisance envers les
naturels et afin de se concilier leur bienveillance. Plu-
sieurs ont cependant observé une certaine analogie entre
la religion des Hindous et celle des Parsys. Il semble que
leur livre sacré, le zend-avesta, qui passe pour avoir été
écrit par leur fameux prophète Zéradocht (que nous nom-
mons Zoroastre), n’est qu’une contre-façon de quelques
siècles ; en outre, ce qui doit en affaiblir considérablement
l’authenticité à nos yeux, c’est que suivant les historiens
persans, ce prophète vivait il y a plus de trois mille ans;
et il est incontestable que tous les livres qui existaient
lorsque les Grecs conquirent cette contrée, furent soigneu-
sement ramassés et brûlés par un ordre exprès d’Alexandre
le Grand. »
Ker Porter dit ceci des Guèbres : « À large proportion
of lhe inhabitants, preferring a new creed and their old
possessions, to their old faith with povertv and oppres-
sion, swore allegiance to the laws, civil and religious, of
the prophet of Hecca. Others, disdaining to barter the
faith of their fathers, for any favour in the eyes of their
enemies, retired, self-exiled, into distant countries. Some
few indeed, poor and sted fast to their creed, not having
it in their power to seek a distant asylum, remained in a
kind of bondage on their native soil : worshipping the
bright luminary of heaven, with eyes ever bent to the


24
LES PARSIS
ground, and pouring tears for lustral water on its disho-
noured slirines. Whilst the richer multitudes fled to the
moutainous frontiers, or to the shores of India, this devoted
remnant found a sort of hopeless security in their poverty
and utter wretchedness ; and wandering away to Yezd and
Kerman, as places least in the notice of their conqueror,
sought and obtained something of a refuge. Yezd still con-
tains about four or five thousand of their descendants ; and
from the comparative respectability of so considérable a
body, they more openly exercise the offices of their religiou
there (and from the same reason, in Kerman) than is ever
attempted by the poorer Guebres in the villages about. The
people are excellent husbandmen, gardeners, and mecha-
nics ; and some few follow the occupation of merchandise,
though on a very limiled scale » {Travels in Georgia,
Persia, etc., Londres, 1821-22; t. II, p. 46).
Nous lisons dans les Voyages en Perse, dans l’Afghanistan,
le Béloutchistaw et le Turkestan par Ferrier (Paris, 1860;
t. II p. 448) : « Kademguiah (1) est un des lieux de pèle-
rinage des Persans. Selon eux l’Iman Réza, auprès duquel
les miracles de Mahomet et de Jésus-Christ ne sont rien, y fit
rôtir un millier de Ghèbres sur quinze cents qui l’habitaient
alors. Il convertit à la vraie foi, par ce moyen efficace et
persuasif, les cinq cents qui restaient. »
Nous aurons à signaler dans la quatrième partie de cette
introduction le court mémoire de Pavie sur les Parsis.
Consulter encore Weslergaard, Zendavesta or the religious
books of the Zoroastrians, p. 21 ; Dubeux, Perse (Univers
illustré, 1841), p. 337.
Une fois établi à Surate, Anquetil parvint à force de stra-
tagèmes à gagner la confiance plus ou moins intéressée du
destour Darab, et le 24 mars 1759 (ainsi qu’il le rapporte
(1) Entre lieched et Nichapour, dans le Khorassan. Moitié chemin de Herat
au sud-est de la Caspienne.


ANQUETIL
25
lui-même, et celte date marque un jour heureux dans
l’histoire des études éraniennes), il commença la version
du Vendidad (1). Successivement il traduisit les autres livres
de l’Àvesta, c’est-à-dire le Yaçna et le Vispered, puis les
invocations connues sous le nom de lests ou de Petit Avesta,
enfin le Boundehèche, livre cosmogonique postérieur aux
écrits zends, et écrit en langue huzvârèche (idiome éranien
parlé au moyen âge), et plusieurs Rivaïets, espèces de con-
sultations données par les destours sur tels ou tels points
de la religion.
C’était en persan que le destour Darab interprétait à An-
quetil ces écrits religieux : « Le persan moderne, dit Anque-
til, me servait de langue intermédiaire, parce que Darab, de
peur d’être entendu par mon domestique, n’aurait pas voulu
me développer en langue vulgaire les mystères de sa religion.
J’écrivais tout ; j’avais même l’attention de marquer la lec-
ture du zend et du pehlvi en caractères européens : je com-
parais ensuite les morceaux qui paraissaient les mêmes, pour
m’assurer de l’exactitude des leçons de Darab » (tome I,
p. cccxxx). Il réussit à se procurer un assez grand nombre
de manuscrits, et fut même assez heureux pour assister au
sacrifice des Parses, et, en partie, à l’une de leurs cérémo-
nies funéraires. Anquetil consacra les derniers temps de son
(1) On peut comprendre quelle peine eut Anquetil à se procurer les textes
sacrés des Parses, et une interprétation de ces Parses, en lisant les passages
suivants de deux plus anciens voyageurs ; « Jamais, dit Chinon, jamais la ca-
bale des Juifs n’a été si réservée à découvrir ses secrets, ni si jalouse de tenir
les mystères de sa science voilés, comme le sont aujourd’hui les Gaures, an-
ciens adorateurs du feu, de cacher leur religion à ceux qui s’en voudraient
informer. Pour apprendre d’eux ce que j’en sais j’ai été obligé de faire bien
des voyages chez eux et de contrefaire bien mon personnage, pour ne leur
faire pas soupçonner le dessein que j’avais. » Relations nouvelles du Levant.
Lyon 1691, p. 429. — Sanson : « Leur croyance est contenue dans des mem-
branes que leurs mages ou prêtres leur lisent dans de certains temps. Ges
membranes ne contiennent que des fables et des traditions superstitieuses,
toute leur habileté consiste à cacher ces membranes, et il semble qu’ils se font
un point de religion de ne les montrer à personne, on ne sçait de leurs mys-
tères et de leur croyance que ce qu’on en peut apprendre de leurs mages, qui
ne sont gueres plus éclairez qu’eux ». (Estât présent du royaume de Perse, Paris
1695, p. 257).


26
ANQUETIL
séjour dans l’Inde à la recherche de documents purement
hindous. En 1761, le 28 avril, il quittait le continent asia-
tique, et débarquait en Europe au milieu du mois de no-
vembre delà même année. Enfin, au mois de mars suivant,
il déposait à Paris, à la Bibliothèque du roi, les « ouvrages
de Zoroastre » et d’autres manuscrits.
Le premier volume de l’ouvrage d’Anquetil (1) est le récit
de ce voyage véritablement extraordinaire, récit plein de bonne
foi et de sincérité. Il apprend ce qu’un homme de ferme
volonté peut surmonter de misères et de souffrances, lorsqu’il
a devant les yeux un grand et noble but. Quiconque n’a point
lu ce Discoïvrs préliminaire y trouvera un intérêt extrême ;
quiconque l’a déjà lu voudra le relire encore. Il se termine
par un petit mémoire fort bien fait, dans lequel Anquetil
démontre très-évidemment que fauteur anglais Hyde ne savait
un mot ni de zend, ni de pehlvi (huzvârèche). Ce n’était point
l’opinion courante. Ainsi nous lisons à l’article Zoroastre du
Dictionnaire philosophique de Voltaire : « Les voyageurs fran-
çais Chardin et Tavernier nous ont appris quelque chose de
ce grand prophète, par le moyen des Guèbres ou Parsis, qui
sont encore répandus dans l’Inde et dans la Perse, et qui sont
excessivement ignorants. Le docteur Hyde, professeur en
arabe dans Oxford, nous en a appris cent fois davantage
sans sortir de chez lui. Il a fallu que dans l’ouest de l’Angle-
terre il ait deviné la langue que parlaient les Perses du temps
de Cyrus, et qu’il l’ait confrontée avec la langue moderne des
adorateurs du feu. » Non, certes, Hyde n’avait point deviné la
langue que parlaient les Perses à l’époque des Achéménides.
Voici d’ailleurs un des passages de Chardin, auquel Voltaire
faisait peut-être allusion : « L’on dit communément qu’ils
(les Guèbres) ont un livre célèbre qui contient leur religion et
leur histoire, et qui est intitulé Zend pasend vosta; mais je
(1) Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, contenant les idées théologiques, phy-
siques et morales de ce législateur, Paris, 1771. 3 vol. in-i.


ANQUETÏL
27
n'en ai jamais pu avoir de nouvelles. Le Grand Abas, excité
par des curieux, qui mouroient d’envie d’avoir ce livre in-
connu, dont on disoit pourtant des merveilles; qu’Abraham,
par exemple, en étoit Fauteur, et qu’il contenoit les prophé-
ties des plus grandes révolutions qui dévoient arriver jusqu’à
la fin du monde; ce prince, dis-je, tâcha par toutes sortes
de moiens de le recouvrer, jusques là qu’il fit mourir le
Grand Prêtre et quelques uns des principaux de la nation à
cette occasion là, mais il ne pût jamais en venir à bout.
Ils persistèrent toujours à dire qu’ils ne l’avoient point, qu'il
falloit qu’il fût perdu et qu’ils avoient délivré tous leurs livres
au Roi même. Ces livres qu’ils lui donnèrent sont dans la
Bibliothèque du Château A'Ispahan, au nombre de vingt-six.
Je ne sais si c’est tout, mais on le dit ainsi... J’ai eu en mon
pouvoir plus de trois mois le livre qu’ils ont à présent, où
toute leur Religion est écrite avec beaucoup d’autres choses
qui y sont mêlées. Un Gùèbre, qui passoit pour le plus docte
d’entr’eux à Ispahan, venoit m’en lire tous les jours quelque
chose, mais il étoit si long à me l’expliquer, et il me disoit des
choses si peu curieuses, que comme il demandoit quinze
cens francs pour le livre seul, sans compter ce qu’il préten-
doit pour l’explication, je le laissai là. Ce livre est fait du
temps de Yesdegird quatrième, le dernier des Rois idolâtres
de la Perse, avec des commentaires que l’on y avoit ajoûtez il
y a huit cents ans, lorsqu’on abolit le Culte public de leur
Religion. Il parle beaucoup du règne de ce dernier roi et de
bien d’autres matières que de celles de la Religion. L’on y
trouve des prières qu’il faut faire : un Rituel pour garder
le feu sacré : les éloges des Dieux Inférieurs : des traitez
d’astrologie et de divination : je n’en puis dire autre chose
parce que je ne voulus point l’achetter; cependant le Guèbre
ne vouloit point me l’expliquer que je ne l’achetasse aupara-
vant ; en me disant qu’il falloit absolument qu'il le rendit en
cas qu’on ne l’achetât point, et qu’il étoit à leur Grand Prêtre
d’Yezd » (Op. cit., t. III, p. 128; édit. in-4°).


28
ANQUETIL
Mais revenons à Anquclil. Son second volume contient des
notices sur les manuscrits qu’il avait précédemment déposés
à la Bibliothèque, puis une vie de Zoroastre (p. 1 à 70) sur
laquelle nous aurons à revenir en parlant du même sujet.
Arrive ensuite sa fameuse version del’Avesta, dans l’ordre
suivant : d’abord le Yaçna et le Vispered mélangés, puis le
Vendidad. Dans le troisième volume nous trouvons les Ycsts,
le Boundehèche, un vocabulaire de mots zends et huzvârè-
ches souvent bien défigurés ; une « exposition des usages civils
et religieux des Parses » (p. 527 à 591); le « système céré-
monial et moral des livres zends et pehlvis » (p. 592 à 619) ;
enfin les tables de l’ouvrage (1).
Si nous nous demandons maintenant ce que vaut en réa-
lité la version d’Anquetil, nous devons reconnaître qu’elle ne
donne de l’Avesta qu’une idée très-imparfaite ; et certes il ne
pouvait en être autrement. Ànqueth connaissait le persan ;
mais du zend, mais du huzvârèche que savait-il? Uniquement
ce que ses maîtres de l’Inde lui en avaient appris. Et eux-
mêmes qu’en savaient-ils?
Ce que le destour Darab communiquait à son élève, c’était
le sens que lui-même attribuait en persan moderne aux mots
de la langue ancienne ; et, de fait, il ne pouvait en être au-
trement, car Darab lui-même avait à peu près tout à appren-
dre sur le sens primitif des anciens écrits mazdéens. Anque-
til avait ainsi, non pas une véritable version, mais une suite
de mots plus ou moins exactement traduits, une suite de
phrases plus ou moins suivies, et sa tâche était de tirer un
(1) Il parut au XVIIIe siècle un certain nombre d’ouvrages où il est plus ou
moins directement question de Zoroastre, mais qui n’ont absolument rien de
scientifique et que par conséquent nous passons sous silence. Citons seule-
ment, entre autres, l’opuscule (anonyme) de G.-A. de Méhégan : Zoroastre,
histoire traduite du chaldéen, à Berlin(?), à l’enseigne du Roi philosophe, 1751
Cet écrit, qui fit envoyer son auteur à la Bastille, est un simple et pur éloge
de la religion naturelle et du déisme de l’époque. 11 s’attira une réponse non
moins dénuée de tout intérêt : Lettre à un gentilhomme de province, ou réfuta-
tion d'un libelle intitulé : Zoroastre, histoire traduite du chaldéen, 1751. Bar-
bier, dans son ouvrage sur les anonymes, ne signale point le nom de l’auteur
de ce dernier écrit.


ANQUETIL
29
sens de tout cela en s’en rapportant, pour point de compa-
raison, aux coutumes et institutions des Parses modernes.
En tous cas, si la version d’Anquetil ne représente pas fidè-
lement le texte ancien lui-même, elle n’est certainement pas,
non plus, un pur et simple tableau des pratiques du par-
sisme contemporain. Ces dernières ne servirent à Anquetil
que d’une sorte de commentaire et d’interprétation ; il
n’avait point le dessein de les exposer méthodiquement, doc-
trinalement, comme il y aurait eu lieu de le faire dans un
ouvrage spécial. Mais cette tradition mazdéenne que Darab
pouvait mettre, sans aucune critique d’ailleurs, à la disposi-
tion d’Anquetil, cette tradition était tellement obscurcie
qu’elle avait le plus grand besoin d’être elle-même interprétée.
Or, Anquetil n’avait à sa disposition aucun de ces moyens
d’interprétation, qui permirent plus tard à Eugène Burnouf
de fonder la véritable méthode d’explication de l’Avesta.
Quoi qu’il en soit, et comme l’a fort bien remarqué
M. Spiegel (1), nous n’avons aucune assurance de ce fait que
la version d’Anquetil ait exactement représenté l’idée que le
destour Darab, sonmaître, se faisait des livres de sa religion ;
répétons-le, Anquetil cherchait à rendre mot à mot le texte
zend, non point à reproduire la tradition contemporaine,
que cette dernière fût plus ou moins bien conservée.
Avant de publier sa version de l’Avesta, Anquetil avait fait
paraître dans les fascicules du Journal des Savants de mai
et de juin 1769 un Mémoire dans lequel onétablit que les livres
zends déposés à la Bibliothèque du Roi, le 15 mars 1762, sont
les propres propres ouvrages de Zoroastre, ou que du moins ils
sont aussi anciens que ce législateur. La question de l’authen-
ticité de l’Avesta avait déjà été abordée avant que le livre lui-
même n’ait été publié. Nous verrons tout à l’heure qu’après
la publication du texte l’hostilité allait redoubler. Dans la
première partie de son mémoire, Anquetil démontre la faus-
(t) Comtnenlar über das Avesta, t. I, p. vm. Vienne, 1864.


ANQUETIL
30
seté de cette opinion de Hyde que la religion mazdéenne au-
rait eu sa source dans celle d’Israël. Il ajoute que plusieurs
siècles avant et après l’ère chrétienne les livres sacrés des
Perses ont des témoins respectables de leur existence, et
qu’ils ne peuvent être l’œuvre des gnostiques ou des Juifs
hellénistes. Il montre combien les Parses sont attachés à leurs
livres religieux, comment ces livres sont transmis depuis un
nombre immémorial de générations, et comment, d’autre
part, ils concordent pleinement avec les rapports qu’ont
laissés les auteurs de l’antiquité sur les institutions perses.
Enfin, dans le second mémoire, Anquetil commence par
répondre aux objections qu’avait présentées Brücker-, en
1767, dans XAppendice à son ouvrage cité plus haut : His-
toria critica philosopliiœ. Ces objections contre l’authenticité
de l’Avesta, les principales du moins, sont que les Perses ont
emprunté leurs doctrines aux Juifs et aux Mahométans ; que
les Grecs, au temps d’Alexandre, ignoraient l’existence des
livres en question ; que si ces livres eussent existé, les gnos-
tiques, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, en eussent
appelé à eux. Les réponses d’Anquetil sont concluantes, et on
peut les lire aujourd'hui encore avec fruit; op. cil., p. 336
et suiv. Il réfute ensuite, avec non moins de raison, une
demi-douzaine d’autres objections qu’il se pose à lui-même
par une sorte d’acquit de conscience : par exemple, qu’A-
lexandre, dans son expédition en Asie, aurait détruit tous les
écrits mazdéens; que, par ce qu’il présente de détails minu-
tieux et de recommandations sans aucun intérêt, l’Avesta ne
peut guère être attribué à Zoroastre ; etc. etc.
Anquetil avait à peine publié sa traduction que de vio-
lentes attaques se produisirent contre l’authenticité de l’Avesta.
Il ne pouvait pas en être différemment, alors que les attaques
contre les prétendus livres de Zoroastre s’étaient déjà forte-
ment élevées au temps même où ces livres étaient encore
inconnus. En 1771, le célèbre orientaliste anglais, William
Jones, publiait en français une brochure anonyme d’une


AUTHENTICITÉ DE l’AVESTA
31
quarantaine de pages, intitulée : Lettre à M. A*** du P***,
dans laquelle est compris l’examen de sa traduction des livres
attribués à Zoroastre, Londres chez P. Elmsly, dans le
Slrand (1). Cette brochure n'est certainement pas un litre
bien précieux pour William Jones; elle est dénuée de tout
sentiment critique et en même temps tout à fait grossière. La
première plainte de William Jones est d’avoir été endormi
par le livre d’Anquetil ; la seconde est celle d’y avoir trouvé
« un style dur, bas, inélégant, souvent ampoulé » ; la troi-
sième a trait aux « notices assommantes » qu’Anquetil a don-
nées sur ses manuscrits ; la quatrième est que le livre renfer-
me « cent pages de sommaires de tout l’ouvrage, que personne
ne lira.» Voici d’ailleurs un spécimen de la discussion qui suit
ce préambule : « Tout le collège des Guèbres, dit William
Jones, aurait beau nous l’assurer, nous ne croirions jamais
que le charlatan le moins habile ait pu écrire les fadaises
dont vos deux derniers volumes sont remplis.... Ou Zoroastre
n’avait pas le sens commun, ou il n’écrivit pas le livre que
vous lui attribuez; s’il n’avait pas le sens commun, il fallait
le laisser dans la foule et dans l’obscurité ; s’il n’écrivit pas
ce livre, il était impudent de le publier sous son nom. Ainsi,
ou vous avez insulté le goût du public en lui présentant des
sottises, ou vous l’avez trompé en lui débitant des faussetés,
et de chaque côté vous méritez son mépris. » Un peu plus
loin : « Votre ouvrage a l’air d’un grimoire, mais on y voit
bien que vous n’êtes pas sorcier. On ne dira rien des obscé-
nités qui sont prodiguées dans quelques passages de vos pré-
tendues lois, lesquelles vous rendez plus dégoûtantes, s’il est
possible, par vos notes... Vous faites dire au bon principe des
Guèbres des saletés qu’une sage-femme rougirait de répéter
parmi ses commères. » Plus loin encore : « 11 résulte,
Monsieur, de tout ceci : ou que vous n’avez pas les connais-
(1) Elle est réimprimée à la fin du tome X des œuvres complètes de l’au-
teur : The ivorks of Sir William Joncs] Londres, 1807.


32
AUTHENTICITÉ DE l’AVESTA
sances que vous vous vantez d’avoir, ou que ces connaissances
sont vaines, frivoles et indignes d’occuper l’esprit d’un homme
de quarante ans. Croyez-moi, Monsieur, employez mieux
votre temps : cessez de médire et de calomnier des hommes
qui vous ont rendu service ; cessez de vous infatuer des ex-
travagances d’une misérable secte d’enthousiastes; mettez
dans la Bibliothèque de votre Roi'tout ce qu’il vous plaira, mais
ne présentez au public que l’extrait le plus pur de vos écrits.
Vous nous pardonnerez de n’avoir pas lu les mémoires que
vous avez insérés dans le Journal des Savants et ailleurs. En
vérité, nous n’en avons pas eu le courage. Au reste, Monsieur,
ne croyez pas que celui qui vous écrit cette lettre ait l’inten-
tion de vous nuire en la publiant. Il s’est cru obligé de ré-
pondre à vos satires, comme on chasse un frelon qu’on voit
bourdonnant autour d’un ami, sans pourtant aimer ni haïr
le pauvre insecte, qui est hors d’état d’être réellement nui-
sible à personne (1). »
En 1777, John Richardson publiait son vocabulaire orien-
tal bien connu: A dictionary, Persian, Arabie and English,
à Oxford, in-4°. Comme le titre même du livre l’indique au
lecteur, ce dictionnaire est précédé d’une introduction d’en-
viron cinqùante pages, intitulée : A dissertation on the lan-
guages, literature, and manners of eastern nations (2). A la
page in de ce mémoire, Richardson parle de l’ancienne
langue des Perses et prétend qu’il n’en existe plus aucun do-
cument original. Voici d’ailleurs ses propres parole’s; on va
voir si elles sont assez formelles : « We are told, indeed, that
(1) En février 1789, William Jones, alors président de la Société du Bengale,
poursuivait encore Anquetil et l'authenticité de l’Avesta. Dans son discours
On the Persians, il déclare que la langue sacrée des Guèbres n'est qu’une pure
invention de leurs prêtres: « The dialects of the Gabrs,which they prétend to
be that of Zeratusht... is a late invention of their priest, or subséquent at least
to the muselmau invasion ». (Asiatic researches ; or transactions ofthe society,
instiluted in Bengai, for inquiring into the history... of Asia. T. Il, p. 43 ss. Cal-
cutta, 1790).
(2) Cette dissertation fut publiée à part en format in-8, puis traduite en alle-
mand : Abhandlung der sprachen, literatur und gebrœuche morgenlœndischer
vœlker, aus dem engl. überselzt von Federau. Lemgo, 1779.


AUTHENTICITÉ DE L’AVESTA
33
it was the language in which Zoroaster promulgated his reli-
gion andlaws; but thisadvances not our enquiry : for where
or when did Zoroaster live ? and where do the works which
hâve been attributed to him exist? The writers both of the
East and West speak so vaguely, and disser so pointedly, with
regard to this personage, that it is compleally impossible to
fix either the country or the period which gave him birth :
whilst the Zeratusht of the Persians bears so little resem-
blance to the Zoroaster of the Greeks, that unless Dr. Hyde,
and other Orientalists had resolved, atall events, to reconcile
the identity of their persons, we should hâve much difficulty
to discover a single similar feature. Those fragments of his
supposed works which the learned doctor lias given us, under
the title of the Sadder, are the wretched rhymes of a modem
Parsi Destour (priest), who lived about three centuries ago :
from that work we cannot then hâve even the glimpse of an
original tongue, nor any thing authentic of the genius of the
law-giver : whilst the publications of M. Anquetil du Perron
carry su ch palpable marks of the total or partial fabrication
of modem times; as give great weight to the opinion ofSir
John Chardin, that the old dialect of Persia fexcepting what
remains in the présent language) is entirely lost ; that no
books now exist in it; and that the jargon and character of
the Parsis of Carmania and Guzeratare barbarous corruptions
or inventions of the Guebre priests; wilhout the least simili-
tude to the inscriptions still discernible on the ancient ruins
of Persepolis. » On sait quel démenti l’avenir réservait aux
assertions de Richardson. Quoi qu’il en soit, dans les pages
suivantes de son livre, il cherche à démontrer l’inauthenticité
de la langue de l’Avesta par son lexique même, par la nature
de son système phonétique, par la différence de ses mots
d’avec les mots persans modernes. Enfin, il argue de la
« stupidité inouïe » de l’ensemble de l’ouvrage : « The least
reason I shall offer; on this ground, is the uncommon slupi-
dity of the work ilself.» William Jones n’aurait pas mieux dit.
3


34
AUTHENTICITÉ DE L’AVESTA
L’authenticité de l’Avesta fut également attaquée en Alle-
magne. Nous citerons, par exemple, les trois mémoires de
Meiners publiés à Gœltingen dans les Novi commentarii socie-
tatis regiæ, sous le titre de De Zoroastris vita, instilulis, doc-
trina et libris. Le premier de ces articles est inséré dans le
tome VIII de la publication en question (année 1778), lu en
juin 1777. Meiners commence par exposer les opinions con-
tradictoires qu’ont professées les auteurs grecs sur Zoroastre,
sur sa patrie, sur l’époque à laquelle il a vécu ; il parle en-
suite de ses institutions, puis des auteurs qui ont admis l’au-
thenticité de ses prétendus écrits: Hermippe, Nicolas Damas-
cène et autres; enfin de ceux qui ne les ont pas acceptés :
Clément d’Alexandrie, Porphyre, Jean Chrysostôme (In ora-
tionedeS. Babyla, op., t. II, p. 359, Ed. Par. 1719). Dans le
second mémoire, lu au mois de juin 1778, Meiners passe à la
critique proprement dite et nie d’une façon formelle que
Zoroastre soit l’auteur des écrits que lui attribue l’antiquité :
« Perseverandum igitur est in ea sententia, Zoroastrem virum
supra vulgus sapientem fuisse, qui Magorum disciplinam
plurimis quidem inventis auxerit, publicas vero religiones
intactas ac illibatas reliquerit » (p. 87). Au volume de 1779,
nous trouvons le troisième mémoire. Ici Meiners expose ce
que les auteurs orientaux anciens et modernes ont dit de
Zoroastre, et il cite Hyde, d’Herbelot, Chardin, Tavernier,
Lord, Anquetil, William Jones. Voici ses propres paroles en
ce qui concerne la version d’Anquetil : « Postquam Anquetilii
laboribus ea volumina nobis communicata sunt, quæ Persa-
rum, uti ipse quidem testatur, opinione et suo ipsius judicio,
vel ipsum Zoroastrem auctorem habent, vel ætatem saltem
hujus viri attingunt, fidentius sane pronunciare, et sine ulla
dubitatione affirmare possumus, hæc saltem volumina neque
ad Zoroastrem aliumve ipsi æqualem scriptorem referri posse,
neque etiam illas opiniones et cærimonias continere, quæ
sub antiquiorum gentis hujus regum imperio in Perside
obtinuerunt » (p. 37). Tout cela est sans doute fort affirmatif,


AUTHENTICITÉ DE l'AVESTA
35
mais les raisonnements qui précèdent cette conclusion sont
d’une faiblesse extrême, et il est évident que Meiners, lors-
que parut la version d’Anquetil, avait son opinion toute faite.
11 était bon toutefois de ne point passer son écrit sous silence.
L’Avesta ne rencontra pas en Allemagne que des adversai-
res. Le théologien J.-Fr. Kleuker publiait dès 1776 une tra-
duction de l’ouvrage d’Anquetil, sous ce titre : Zend-Avesta.
Zoroasters lebendiges wort... nach dem franzœsischen des
herrn Anquetil du Perron, 3 vol. in-4 (deuxième édition en
1786). Après la préface, le premier volume commence par
un exposé sommaire de la doctrine et de la liturgie des Perses
(Kurze darstellung des lehrbegrifs der allen Perser und ihres
heiligen dienstes nach den Zendbüchern'). En tête du second
volume se trouve un examen de l’authenticité des livres de
l’Avesta (Untersuchung über die antike œchtheit der bûcher
Zend-Avesta" s), où il est démontré qu’il y a eu un Zoroastre
et que certains écrits doivent lui être attribués ; le troisième
volume, enfin, renferme la traduction de la vie deZoroastre
d’après Anquetil.
En 1781 et 1783, Kleuker publiait sous le titre de « Sup-
plément » (Anliang zum Zend-Avesta, Leipzig et Riga 2 vol.
in-4°) un ouvrage non moins important, et qui contribua
pour une bonne part à mettre en évidence l’authenticité de
l’Avesta. Le premier volume contient différents traités d’An-
quetil sur divers points de la religion, de la philosophie et de
l’histoire des Perses ; de plus, le traité historique de Fou-
cher sur leur religion. Dans le second volume, nous trouvons
des travaux originaux : un traité critique où sont jugées les
principales relations sur les écrits de Zoroastre, dues aux
auteurs anciens, aux orientaux et aux modernes, entre
autres Lord, Herbert, Chinon, Tavernier, Chardin, Kæmpfer;
puis un mémoire sur la disposition même, lage et la valeur
des livres zends. Ce dernier volume de Kleuker a certaine-
ment son intérêt et mérite une place dans l’historique de la
question qui nous occupe.


36
AUTHENTICITÉ DE i/AVESTA
Le volume de Pasloret Zoroaslre, Confucius et Mahomet
comparés comme sectaires, législateurs et moralistes (Pa-
ris, 1786 (?), seconde édition, 1788), contient dans sa
première partie une revue de ce qui avait été écrit de
plus important jusqu'alors (Ilyde, Anquetil, etc.) sur Phis-
toire de Zoroastre, sur les dogmes, les préceptes et les
pratiques du parsisme. C’est un ouvrage de seconde main
rédigé avec soin. Quant à la deuxième partie du livre, celle
qui a trait à la comparaison des trois prophètes, elle est peu
scientifique.
Après Kleuker, Th.-Chr. Tychsen défendit à son tour l’au-
thenticité de PAvesta. Il publia son travail De religionum zo-
roastricarum apud exteras gentes vestigiis dans le recueil
même où avaient paru les attaques de Meiners, les Novi
commentarii de la Société royale de Gœttingen. En jan-
vier 1791 il lisait sa première communication : Commentalio
prior observaliones historico crilicas de Zoroastre cjusque scrip-
tis et placitis exliibens. Après avoir cherché à établir que Zo-
roastre était Mède et avait été l’auteur des nouvelles croyances
des Mèdes avant l’époque de Cyrus, il ajoute que le prophète
éranien vivait longtemps avant Pâge de Cyrus et de Cambyse
auquel le plaçait Anquetil. Quant aux écrits rapportés de
l’Inde par ce dernier, il proclame leur antiquité : « fateor
me... non potuisse non eorurn antiquitatem agnoscere »
(page 123), et il ajoute : « Sunt enim in his libris, qui zendico
sermone scripti sunt, manifesta remotæ ætatis vestigia nihil
quod non isti hominum ætati conveniat, aut quod ab homine
in ista mundi infantia philosophante sit alienum. Nam quæ
sibi reperisse visi sunt viri docti, recentioris ævi indicia, aut
e locis et verbis male intellectis ducta erant, aute particulis
serioribus, quod egregie demonstravit doctis. Kleukerus
(Append. ad Z. Av.. t. II). Porro in summa rerum mirus
consensus cum iis, quæ veteres de disciplina institutis Mago-
rum tradiderunt. Sunt hymni in Deos, quales ad sacrificia
cantatos fuisse Xenophon et Strabo memorant, et ipse Ilero-


AUTHENTICITÉ DE L AVESTA
37
dotus, qui Osoycvia? dicit ; est locus simillimus illi,
quem laudat Eusebius {Prœp. I, 10, cf. Jescht Ormuzd, t.
II, Z. Av., p. 145-148); quæ de Zoroastris placitis apud
Plutarchum leguntur, in loco celebri {De Is. et Osir., t. II,
369) cum librorum zendicorum argumenlo ita conveniunt,
ut vix putem, fore qui neget, simillima hæc esse et ex eodem
fonte manasse. Accedit ad hæc omnia inviclum argumentum,
linguæ et scriptura ratio, quam esse anliquissimam ex hoc
manifestum est, quod in linguam pehlevicam, quæ jam sub
Sassanidis in usu esse desiit, necesse fuit convertere particu-
las zendicas ; scriptura autem sive pehlevica sit sive zendica
quæ figuris non multum differunt in numis Sassanidarum
constanter occurrit, certissimo indicio hanc non esse recens
excogitatam, sed ex patrio more conservatam. Jam cum ne-
gari non possit, Zoroastrem libros reliquisse, qui per omnes
ætates religionis magicæ fundamentum fuerunt, quos in
Magorum ordine servatos esse ab Ilermippo inde pluribus
testimoniis constat ; sane non video, quidni fides habenda sit
nostræ ætatis Magis, cum libros sacros sibi et a majoribus
traditos ad Zoroastrem referunt, in quibus nihil est, quod
fraudem spiret aut seriorem ætatem ». Dans la seconde par-
tie de ce premier article, intitulée De placitis Zoroastris, Ty-
chsen insiste avec beaucoup de sens sur la coéternité des
deux principes dans le mazdéisme. C’est là un point impor-
tant et qui nous occupera particulièrement un peu plus loin.
Le second article, lu en mars 1794, se divise également en
deux parties : I. Vestigia placilorum zoroastricorum apudJu-
décos ; II.... apud Græcos et alios populos.
Peu de temps après paraissait dans le même recueil un tra-
vail de A.-II.-L. Heeren, intitulé: Commentatio de linguarum
asiaticarum in anliquo Persarum imperio varietate et cogni-
lionect lu en février 1795.Heeren y défend l’authenticité de la
langue zende : « quæ quum ita sint (dit-il en forme de con-
clusion), zendicam linguam, quam in scriptis Zoroastris su-
perstitem habemus, vel ante vel adhuc sub Persarum imperio


38 AUTHENTICITÉ DE L’AVESTA
in Media septentrionali régnasse, satis constare arbitror ».
Nous trouvons encore cette même opinion formulée d’une
façon très-expresse dans le livre du même auteur, intitulé :
Ideen über die polilik, den verkehr und den handel der vor-
nehmsten vœlker der alten welt; Gœttingen, trois volumes
in-8°. La première édition est de 1793. Il y en eut plu-
sieurs autres. Dans celle de 1805 (très-augmentée), nous
lisons : « Die æchtheit der hauptschriften, vorzüglich des
Vendidat und des Izeschne ist gegenwærtig erwiesen » (t. 1,
p. 493). Heeren ne travaillait d’ailleurs que de seconde et
de troisième main, particulièrement d’après Hyde, Kleuker
et Tychsen (1).
Les travaux de Silvestre de Sacy sur le pehlvi doivent être
signalés ici. Ils ont paru dans les Mémoires de VAcadémie
des inscriptions et belles-lettres de 1787 à 1791, et furent
réédités en 1818 sous le titre de Mémoires d'histoire et de lit-
térature orientales (2).
Avant la fin du dix-huitième siècle nous avons encore à
signaler l’opuscule de Paulin de Saint-Barthélemy : De anti-
quitate et affinitate linguœ zendicœ, samscredamicœ etgerma-
nicœ (Rome, 1798) ; l’auteur fait preuve d’un esprit assez in-
génieux, mais ses comparaisons linguistiques pèchent par un
défaut de méthode. A ses yeux le zend dérive du sanskrit en
ligne directe.
L’authenticité des anciens livres éraniens pouvait passer
pour n’être plus combattue lorsque J.-G. Rhode, professeur
à Breslau, entreprit ses différentes publications : Ueber aller
und wcrlh einigcr morgenlœndischen urkunden, Breslau,
1817 ; Beilræge zur alterlhumskunde mit besonderer rücksicht
auf das morgenland, Berlin, 1819 et 1820 ; enfin, et surtout,
(1) Nous citons ici, chronologiquement, la thèse académique de Skaarman :
Doctrinœ duallsmi a Zoroastre medo-bactrico instaurai delineatîo Greitswald,
1811,16 p. in-4. Nous n’avons pu mettre la main sur cet opuscule.
(2) Voyez, au sujet des inscriptions pehlvies du Kirmanchâh, traduites par
Silvestre de Sacy, les articles de Bcc'é, Journal asiatique de juin 1841, et de
Dubeux, Journal asiatique de janvier 1843.


RHODE
39
Die heilige sage und das gesammte religionssystem der alten
Baktrer, Meder und Perser, oder des Zendvolks, Francfort,
4820, un volume in-8° de 550 pages. Il y a, pour nous, peu
de choses à tirer des deux premiers ouvrages ; le second
contient un chapitre sur le récit qu’a laissé Hérodote con-
cernant la religion des Perses.
Le titre du troisième ouvrage : le peuple zend, ou si l’on
veut, le peuple du zend, est tout à fait malheureux. Jamais
le nom de zend n’aurait dû être appliqué à un peuple ; ce
n’est rien moins qu’une dénomination ethnique. Nous ver-
rons un peu plus loin, à temps voulu, quel est le véritable
sens de ce mot. Quoi qu’il en soit, après avoir donné au mot
dont il s’agit cette malencontreuse signification, Rhode
déclare dès sa préface que son écrit repose uniquement et
absolument sur la version d’Anquetil-Duperron, et que les
témoignages des auteurs anciens, ainsi que ceux des Orien-
taux, ne doivent lui servir que lorsqu’il sera besoin de
commenter quelque passage obscur ou trop incomplet. Il
tient, d’ailleurs, pour parfaitement démontrée l’authenticité
des livres zends : non pas le fait que ces livres ont été écrits
par Zoroastre lui-même, mais bien celui-ci : que les livres en
question sont ceux que possédaient les anciens et qu’ils attri-
buaient à Zoroastre. Cette distinction est des plus judicieuses,
et, grâce à elle, la discussion est placée sur le vrai terrain.
Après un exposé géographique et historique qui ne manque
certainement pas d’intérêt, si l’on veut bien penser, surtout,
à quelle époque il a été écrit, Rhode trace le tableau général
et particulier du système religieux des anciens Mazdéens. Il
est évident qu’il a tiré de la version d’Anquelil tout ce qu’on
en pouvait prendre. Pour faire un pas de plus dans la con-
naissance du zoroastrisme, il était besoin d’une réelle et
profonde connaissance de la langue zende, et les temps
n’étaient pas encore venus.
L’étude du sanskrit et celte de la grammaire comparée des
langues indo-européennes avaient fait à l’époque où nous


RASK
40
sommes arrivés (fin du premier quart de notre siècle) des
progrès considérables. La connaissance de l’Avesta devait y
gagner d’une façon toute particulière, et nous avons à parler
ici des très-ingénieux et très-solides travaux du Danois Rask.
Placé entre Anquetil-Duperron et Eugène Burnouf, Rask
confirma d’une façon absolument scientifique les découvertes
du premier, et prépara les voies au second.
En démontrant l’étroite parenté de la langue de l’Avesta
avec celle de l’ancienne littérature hindoue, Rask mettait
scientifiquement et définitivement hors de doute l’authen-
ticité de la langue zende et les écrits qui la faisaient con-
naître. Son ouvrage sur l’âge et l’authenticité de la langue
zende parut en 1826, à Copenhague, sous le titre de : Om
Zendsprogets og Zendavestos œlde og œgthet. La même année
il fut traduit en allemand sous ce titre : Leber das aller
und die echtheit der Zend-sprache und des Zend-Avesta,
und herstellung des Z end-alphabets ; nebst einer übersicht
des gesammten sprachslammes, übersebzt von Fr.-IL von
der Hagen, Berlin, 1826, in-12. Dans ce court écrit,
Rask démontre sans peine que le zend n’est pas, comme
quelques auteurs l’avaient prétendu, un simple dialecte du
sanskrit, mais qu’il constitue, au contraire, une langue bien
caractérisée, encore que les deux idiomes soient proches
parents l’un de l’autre (1). Les preuves qu’il avance de ce
fait pourraient sans doute être fort augmentées aujourd’hui,
mais, en définitive, l’époque étant donnée où cet opuscule
était rédigé, il faut reconnaître franchement la grande pers-
(1) C'est là un point qu’il était utile de bien établir. Ainsi le moine Paulinus
a S. Bartholomæo avait écrit dans son Voyage aux Indes orientales : « Tutto
questo mi persuade che la lingua zendica persiana fu un antico dialetto sams-
credamico, che dal India passo in Persia, e che ritorno nell’India con i Gauri
o Gabri Indiani » (p. 268, t. II) ; et un peu plus loin : «. La maggior parte dei
libri zendici è una pura e continua corruzione délia lingua samscredana e délia
dottnna indiana » (Vlaggio aile Indie orienlali, Rome, 1796). Cet ouvrage a été
traduit en français par Marchena. en 1808, sous le titre de : Voyage aux Indes
orientales. Le passage plus haut cité se trouve, dans cetle traduction, à la page
219 du tome IL II y a également une traduction allemande.


BASK
41
picacilé du savant danois et la saine critique qu’il employa.
Après un court exposé grammatical de la langue zende, Rask
établit que malgré le peu de développement où en était
encore l’étude du perse ancien, ce dernier, l’idiome des
Achéménides, était en connexion étroite avec le zend. Rien
de plus exact, nous le savons aujourd’hui d’une façon
certaine.
L’authenticité de la langue zende étant démontrée, il
s’ensuit que l’authenticité des écrits rédigés en cette langue
l’est, également ; toutefois Rask ne se contente pas de cette
preuve sommaire. Le pehlvi (huzvârèche) et le parsi suppo-
sent, dit-il, la haute antiquité du zend, et il est clair que la
religion de Zoroastre existait longtemps avant la traduction
des livres sacrés en huzvârèche; nombre des divinités de
l’Avesta ont en huzvârèche et en parsi des noms empruntés
au zend, et tandis que les formes de ces noms sont gâtées en
huzvârèche et en parsi, elles sont, au contraire fort bien
conservées en langue zende, et dans ce dernier idiome leur
signification se saisit facilement. Ces dernières formes sont
évidemment les plus anciennes. Ici Rask compare les noms
d’Ormuzd, d’Ahriman, de Mithra, d’autres encore, en zend
et en huzvârèche, et établit clairement la priorité des formes
zendes sur les autres. Cela peut paraître aujourd’hui bien
superflu ; mais à l’époque où Rask écrivait, cette démons-
tration très-méthodique avait une valeur considérable. En
somme, on peut dire de Rask qu’il a scientifiquement placé
sur son vrai terrain la question de l’âge et de l’authenticité
de la langue zende et de l’Avesta (1).
(1) Nous avons rapporté, en note, l’opinion de Paulin de Saint-Barthélemi
sur l’origine de la langue zende. Ajoutons que dans son volume De Persidis
lingua et genio Nuremberg, 1809, Othm. Frank fait provenir le sanskrit du
perse, comme le plus compliqué du plus simple (p. 121-152) : « In utriusque
linguæ radicum ac llexionum comparatione jam manifesto apparet, voces
formasque persicas simplices per litterarum appositionem variamque muta-
tionem progressivam in samscredamicas esse versas » (p. 123). Link, dans la
première édition de son ouvrage Die unvelt und das allerthum erlœutert durch
die naturkunde, regardait le zend comme la langue mère du sanskrit et des


42
VULLERS
Nous ne citerons que pour mémoire les écrits de Hœlty,
qui sont dépourvus de valeur scientifique. L’auteur chercha
vainement à faire coïncider la légende éranienne avec les re-
lations des écrivains de l’antiquité. Voici d’ailleurs ce que dit
Lassen de la tentative de HÅ“lty, dans le premier volume de son
Indische alterthumskunde : « Es wære zeit, nachdem uns die
æchten namen des Kai Kosru, Kâus u. s. w. durch Burnouf
wieder hergestellt sind, die unnütze mühe sich zu ersparen,
diese überlieferungen mit den historischen nachrichten der
Griechen in einklang bringen zu wollen. Ein sehr erheilern-
des beispiel von der sicherheit, welche man diesen jeder
grundlage entbehrenden vergleichungen zuschreibt, kann
man in der kleinen schrift von Arnold HÅ“lty, Zoroaster und
sein zeitalter (Lüneburg, 1836) fmden», première édition,
p. 517, note, 1847. Un autre écrit du même auteur a été
publié à Hanovre en 1829 ; voir la Bibliothèque orientale
de Zenker.
La seconde période des études sur le mazdéisme allait
prendre fin avec l’écrit de J.-A. Vullers : Fragmente über die
religion des Zoroaster. Aus dem persischen übersetzt und mit
autres idiomes indo-européens. Dans sa seconde édition (Berlin, 1834, p. 321),
il abandonna cette hypothèse. Par contre, Leyden supposa que le prakrit, le
pâli et le zend dérivaient tous trois du sanskrit. Voici d’ailleurs ses propres
paroles : « These thre dialects, the prakrit, the pâli and the zend, are probably
the most ancient dérivations from the sanskrit. The great mass of vocables in
ail the three, and even the forms of flection, both in verbs and nouns, are
derived from the sanskrit, according to regular laws of élision, contraction
and permutation of letters ». Voyez son article On the languages and literature
of the indo-chinese nations, dans le tome X des Asiatic researches, p. 282.
En 1830, fut imprimée à Kœnigsberg une thèse universitaire dont l’auteur
acceptait franchement la supposition de Leyden : Commentatio de origine
linguæ zendicœ e sanscrica repetenda quam... publiée examinândam exhibet
Petrus a Bohlen. L'auteur s’exprime ainsi : « Jain devenimus ad acutissimi et
de linguis indicis, speciatim insularum dialectis meritissimi, Lëydenii senten-
tiam, quam etnostram libenter facimus : très dialectos affirmantis, pracritam
nimirum, palicam et zendicam, vetustissimas videri linguæ sanscritæ propa-
gines, quum in omnibus hisce linguis magna non modo vocabulorurn copia,
sed flexionis etiam tam in verbis quam in nominibus, formæ, juxta elisionis,
contractionis et litterarum permutationis régulas ex sanscrito sermone ema-
narint ». L’erreur qui consistait à voir dans la langue zende un rejeton du
sanskrit pouvait être pardonnée à Paulinus a S. Bartholomæo, à Leyden, à
Erskine ; mais en 1831, après l’écrit de Rask, elle s’explique difficilement:


VULLERS
43
einem ausführlichen commentar versehen, Bonn, 1831. L’au-
teur rappelle dans l’avant-propos de son livre les publications
alors toutes récentes du texte, ou du moins d’une partie du
texte de l’Avesta par Eugène Burnouf (1) et par Justus
Olshausen (2). Il rappelle encore que ce dernier et J. Mohl
avaient conçu le plan de réunir tous les écrits persans sur la
religion de Zoroastre, mais qu’ils se contentèrent d’éditer
une première livraison, en 1829, sous ce titre : Fragments
relatifs à la religion de Zoroastre, extraits des manuscrits
persans de la bibliothèque du roi, sans traduction ni com-
mentaire, et signée de Mohl seul. On trouve dans ce cahier
le traité théologique « Ulemâi Islâm », qui comprend une
série de questions faites par des docteurs musulmans et de
réponses données par les Parsis ; une notice sur les vingt-un
« nosks » ou parties de l’Avesta et des extraits du célèbre
poème de Firdosi : « Le livre des rois » (3). Par sa traduc-
tion et ses explications, Vullers fit connaître ces différents
morceaux aux personnes qui n’étaient pas à même de lire
le texte. Le travail de Vullers est précédé d’une instructive
préface de Windischmann, auquel nous aurons souvent à
emprunter dans le cours de notre ouvrage.
Si nous jetons à présent un coup d’œil en arrière, nous
voyons que les études sur le zoroastrisme ont parcouru, jus-
qu’à la fin du xviii0 siècle, deux périodes distinctes. Dans la
première, après les rapports des historiens de l’antiquité et
des auteurs mahométans du moyen âge, nous classerons les
écrits européens, fondés sur ces anciens documents, princi-
palement les travaux de Brisson (1590), Lord (1630), Pocock
(1648), Stanley (1655), Burton (1657), Reland, Hyde(1700),
(1) Vendidad sadé, l’un des livres de Zoroastre, lithographié d'après le manus-
crit zend de la Bibliothèque royale. Paris, 1829-1843.
(2) Vendidad, Zend-Avestœ pars XX adhuc super si es, Hambourg, 1829. Dans
ce premier fascicule de 48 pages, le seul que l’auteur ait publié, nous trouvons
les trois premiers chapitres du Vendidad et une partie du quatrième.
(3) On trouve dans le Journal des Savants de 1832, p. 82 ss., une notice de
Silvestre de Sacy sur la publication de Mohl et celle de Vullers.


44
RHODE, RASK
Prideaux (1715), Bayle, Beausobre (1734), Briicker (1742),
Foucher (1759). Dans la seconde, on possède enfin les textes
de l’Avesta ; Anquetil-Duperron les traduit et les commente
d’après les Parses qui les lui ont communiqués, et la critique
va s’exercer directement sur ces précieux monuments. Vive-
ment attaqué par William Jones, par Richardson, par Mei-
ners, PAvesta est défendu victorieusement par Anquetil, Kleu-
ker, Tvchsen, Heeren. Les travaux de Rbode (1817) et de
Rask (1826) terminent cette seconde période.


TROISIÈME PARTIE
Eugène Burnouf et son œuvre. — Exposé des différents
systèmes d’interprétation de l’Avesta.
Une troisième période — et celle-ci, la période de Pinter-
prétalion méthodique de l’Avesta — s'ouvre avec Eugène
Burnouf, né en 1801, et mort si prématurément en 1852.
Eugène Burnouf s’était adonné tout d’abord à l’étude du
sanskrit et du pâli, et sa grande connaissance des anciennes
langues de l’Inde Pavait merveilleusement préparé aux éludes
sur l’Avesta. Anquetil avait écrit dans son discours prélimi-
naire : « Dans deux cents ans, quand les langues zende et
pehlvie seront devenues en Europe familières aux savants, on
pourra, en rectifiant les endroits où je me serai trompé,
donner une traduction plus exacte du Zend-Avesta » (t. I,
p. xvn). Ces paroles doivent être recueillies avec soin. Elles
montrent, en effet, qu’Anquetil voyait très-judicieusement
où était le nœud de la question: il ignorait la langue zende,
ou, du moins, n’en avait qu’une connaissance très-vague ;
celui-là devait corriger et refaire sa traduction, qui, grâce
à quelque circonstance heureuse, aurait trouvé la clé de cet
idiome. Nous allons voir comment Burnouf réussit dans sa
tentative et fonda sur des bases inébranlables la science de
la grammaire zende et de l’interprétation des vieux textes
mazdéens.
Anquetil avait parlé d’un intervalle de deux siècles entre


LA TRADITION DU MOYEN AGE
46
la publication de sa traduction et les ouvrages qui devaient
la rectifier : le génie de Burnouf abrégea de près d’un siècle
et demi ce délai (1).
Nous allons parler, avec quelques détails, de sa méthode
et de son Å“uvre; mais, avant tout, nous devons dire quels
sont — à côté des ressources de la linguistique et de la
comparaison des mots zends avec les mots sanskrits — les
secours qui s’offrent à la critique moderne pour interpréter
les livres de l’Avesta.
Ces ressources précieuses résident dans la tradition, et
cette tradition est constituée par les versions de l’Avesta
faites en d’autres langues éraniennes, au moyen âge et à une
époque encore plus rapprochée de nous.
Les plus anciennes traductions de l’Avesta — ou, du moins,
d’une grande partie de l’Avesta — sont en langue huzvârèche.
Le mot huzvârèche voudrait dire, d’après Anquetil (t. II,
pp. 427, 429), langue des forts, langue des héros, ce qui est
assez vraisemblable, sinon parfaitement démontré (2). On
(1) La troisième période de Fœuvre d’Eugène Burnouf fut la détermination
définitive de l’idiome de la première colonne des inscriptions cunéiformes, le
perse ancien, la langue de Darius et des autres rois achéménides.Cette grande
découverte se place en 1836. Le célèbre orientaliste Christian Lassen arrivait
de son côté, la même année et à quelques jours près, à un résultat presque
identique. Cette concordance montre combien était rigoureuse et exacte la
méthode qu’ils employaient l’un et l’autre, et tout-à-fait indépendamment
l’un de l'autre. La quatrième et dernière période de la vie d’Eugène Burnouf
fut consacrée en général à des études sur le bouddhisme.
(2) Consultez Spiegel, Commentar über das Avesla, t. Il, p. xxxvi. Erânische
alterthumskunde, t. III. D’après le destour Hoshengji Jamaspji, le mot véri-
table serait huzvânache, et signifierait « langue de l’Assyrie » ; An old %and-
pahlavi glossary, p. m. note. Bombay, 1867. Cette dernière opinion rencon-
trera peu de créance. Voici l’explication de M. E. V. West : « Can any of
your readers who may be well read in Persian literature, or well acquainted
with colloquial Persian, quote any phrases which would prove the existence
and define the meaning of the verb ^uvârîdan? This verb seems to hâve found
its way into Richardson’s Dtctionary fro'm Castell’s Lexicon Heptaglotton,
where it is explained, on the authority of Golius, as « veterascere, in filamenta
dissolvt. » lf the verb really exists, the question is whether it means « to
become old » merely in the sense of decrepitude and decay, or also with the
signification of antiquity and obsoleteness ?
The existence of this verb 4s of some interest to Pahlavi scholars, as it
seems to suggest a reasonable etymology for the enigmatical term Huzvâ-
rish, which is applied to the mode of writing Pahlavi with a remnant of
foreign and obsolète words. The term Huzvârish, like the Word Pahlavi, is


LA TRADITION DU MOYEN AGE
47
donne parfois au huzvârèche le nom de pehlvi, mais il sem-
ble que ce dernier terme est un peu trop général. Quoi qu’il
en soit, le huzvârèche paraît avoir été l’idiome de la partie
occidentale de l’Eran, ainsi que le pense M. Spiegel, qui a
appuyé cet avis de raisons très-acceptables (1). Ce même
auteur a traité, dans un des appendices au premier volume
de sa version de l’Avesta, de l’âge du huzvârèche ; et, sui-
vant en cela Eugène Burnouf (2), il place cette langue à
l’époque des Sassanides, qui régnèrent de l’an 226 jusqu’au
milieu du vne siècle. Nous ne pouvons rapporter ici les
motifs que fait valoir M. Spiegel à l’appui de son opinion ;
nous renvoyons à son texte même (3), mais nous devons
ajouter que si le huzvârèche n’a pas survécu longtemps au
viig siècle, il est fort possible qu’il ait été formé avant le
troisième. Cela est même très-vraisemblable. Nous nous
garderons toutefois de croire avec le destour Hoshengji Jamas-
pji (4) qu’il ait été parlé du xme au vin6 siècle avant l’ère
chrétienne (5).
Le motif de la version des livres zends en langue huzvâ-
rèche est facile à saisir. Le zend de l’Avesta et le perse de la
première colonne des inscriptions cunéiformes trilingues
hardly to be found in old Pahlavi texts, and is, therefore, very probably a
modem Persian W-»rd. Its usual form in Persian writings is zuvarish, which
is evidenlly an abstract noun derived from the root of a verb zuvârîdan, and
if this verb exists, and means « to become old » in any sense, wc seem to
hâve a fair explanation of zuvârish, which is often altered by transposition
into uzvârish, wrilten aûzvârish in Pahlavi characters, and then misread
hûzvdrish » (The Academy, 24 août 1878).
(1 ) Grammatik der huzvâreschsprache, t. I, p. 23.
(2) Commentaire sur le Yaçna. p. ix.
(3) Op cil., p. 277 (et p. 19). Voyez aussi Grammatik der parsisprache nebst
sprachproben, p. 117.
(4) Op. cit.j p. il et suiv.
(5) Haug, dans son Introduction à cet ouvrage, ne regarde pas cette date
comme invraisemblable : ait is (dit-il en concluant) it is, according to this
investigation, not at ail improbable, that the huzvânash language originated
atsuch an early period as that one assigned to it by destur Hoshengji ». Voici
l’opinion de M. Benfey : « Sie hersschte etwa vom dritten jahrhundert unsrer
zeitrechnung bis zum untergang des Sasaniden-reiches als literatur und
cultur-sprache desselben undwurde aucli nachher in den schriften gebraucht,
welche sich auf die heimische religion beziehen ». Geschichte der sprachwis-
senschaft, p. 623.


48 LA TRADITION DU MOYEN AGE
appartenaient à la première période des idiomes éraniens. Le
fait linguistique qui caractérise cette première période est la
grande conservation des désinences dans la déclinaison et la
conjugaison. Peu à peu le synthétisme fit place à une sorte
d’analytisme plus ou moins complet; on se trouvait en pré-
sence des langues éraniennes de la seconde période, par
exemple le huzvârèche (dans lequel s’étaient introduits, d’ail-
leurs, de nombreux éléments sémitiques), et le parsi qui sur-
vécut de plusieurs siècles au huzvârèche. A cette seconde
période devait succéder une troisième, celle de l’analytisme
presque parfait, dont le persan moderne est l’exemple le plus
connu. Toutes les langues éraniennes, si l’on ne consulte
que le linguiste, sont fort proches parentes les unes des
autres : le persan, l’ossète et le Lourde actuels, du zend et
du perse de l’antiquité. Toutefois, si l’on considère, non plus
la pure et simple parenté des racines et des différentes formes
de tous ces idiomes, mais bien les diversités qu’ils présentent
dans le langage courant, on comprend sans peine qu’à un
moment donné les plus anciens textes aient dû être traduits
en langue moderne pour la très-grande masse de la popula-
tion. C’est ainsi que la foule qui se servait, en France, aux
xïie, xiiig et xive siècles, de la langue d’oïl, ne comprenait
plus le latin populaire parlé douze ou quatorze cents ans
auparavant, et que la langue d’oïl est devenue, à son tour,
lettre close pour les Français de nos jours qui n’en ont pas
fait une étude particulière. Nous pensons donc que le désir
de faire entendre à la masse des sectateurs du mazdéisme les
paroles du texte saint fut la cause principale de leur version
en huzvârèche. Cette version avait d’ailleurs un autre et
très-sérieux avantage : elle devait déterminer le sens même
des vieux livres et prévenir les interprétations erronées qui
auraient pu se faire jour par la suite. 11 était évident que les
nombreux changements survenus dans la civilisation éranienne
depuis la rédaction du texte en langue zende, que les progrès
opérés dans toutes les conditions de la vie, dans les relations


LA TRADITION DU MOYEN AGE
49
intérieures et extérieures, constituaient autant’d’éléments bien
capables de mettre en danger les traditions les plus fidèlement
conservées. Nous ne plaçons pas ce motif de la traduction
huzvârèche tout à fait en première ligne, ainsi que le veut
M. Spiegel (1), mais nous ne lui en accordons pas moins
une valeur fort réelle.
L’origine môme de cette traduction de la langue ancienne
en langue moderne déterminait le procédé que devaient
employer ceux qui l’opéraient : c'était le mot à mot le plus
rigoureux. Il ne s’agissait pas de donner le sens plus ou
moins général d’un chapitre, d’un fragment, d’une phrase :
il fallait prendre à tour de rôle chaque membre de phrase,
et rendre servilement chaque mot zend par son équivalent
en huzvârèche. C'est ce qui eut lieu. Le décalque fut si
rigoureux que dans plus d’une circonstance, ne trouvant pas
un mot huzvârèche bien exact pour rendre un mot zend, on
reproduisit simplement ce dernier par une transcription plus
ou moins heureuse.
Quoi qu’il en soit, la tradition avait déjà un peu souffert,
et il est évident que les traducteurs ont dû plus d’une fois
se trouver dans un embarras réel. Cela n’est point une
hypothèse. Il suffit d’avoir traduit seulement trois ou quatre
chapitres de l’un quelconque des livres de l’Avesta, pour
reconnaître qu’en plus d’un cas la version huzvârèche,
malgré son grand désir d’être fidèle, n’exprime pas l’idée
parfaite du texte zend. Parfois les auteurs de cette version
ont dû intercaler dans leur travail quelques mots de com-
mentaire. Ces petites notes sont précieuses, mais elles sont
loin de suffire à lever toutes les difficultés. C’est à la critique
(1) Die traditionelle literatur der Parsen, in ihrem zusammenhange mit den
angrœnzenden literaturen. Vienne, 1860, p. 29. Erân. Das land zwischen dem
Indus und. Tigris. Berlin, 1863, p. 364. Eugène Burnouf dit très-formellement
en parlant de la version huzvârèche : « On ne peut expliquer un travail de ce
genre que par deux motifs : ou le besoin de communiquer à un peuple qui
parle une autre langue que celle des livres originaux la connaissance de ces
livres mômes, ou l’intention d’en sauver le sens de l’oubli, en les traduisant
dans un dialecte plus populaire. » {Commentaire sur le Yaçna, p. VIII).
4


LA TRADITION DU MOYEN AGE
50
moderne qu’il appartient de jeter le jour sur les nombreux
passages que la traduction buzvârèche n’a laissés que trop
obscurs.
Il est à peu près certain que tous les textes zends, qui
n’avaient pas été précédemment anéantis, furent traduits en
huzvârèche. Les manuscrits zends du Vendidad sont ordi-
nairement accompagnés de leur version ; quant aux traduc-
tions du Vispered et du Yaçna, elles sont plus rares. En ce
qui concerne le reste de l’Avesta, « le petit Avesta », les ma-
nuscrits de la traduction ne sont ni nombreux, ni complets;
et, comme le fait observer M. Spiegel, ils n’ont point l’auto-
rité que possède la version des trois livres principaux (I).
Après la traduction huzvârèche, nous rencontrons une
autre version dont l’importance est considérable. C’est la tra-
duction du Yaçna (ou, pour parler plus exactement, d’une
partie du Yaçna), faite, en sanskrit, par les Parses Nério-
sengh, fils de Daval, Ormuzdiar, fils de Ramiar. Anquetil
parle de cette traduction et dit qu’elle fut faite « il y a envi-
ron trois cents ans, sur le pehlvi ». Ces trois cents ans avant
Anquetil reportent à la fin du quinzième siècle; quelques
auteurs penchent pour le quatorzième siècle. Quoi qu’il en
(4) Nous rappellerons ici en note — pour éviter un arrêt déplacé dans le
texte même — que la littérature du moyen âge fournit à ceux qui étudient la
religion de l’Avesta d’autres écrits, moins anciens sans doute que les traduc-
tions, mais où il y a beaucoup à puiser si l’on veut tenir un compte légitime
de la tradition. Après les livres de la traduction de l’Avesta, qui forment la
première période de cette littérature, nous trouvons dans une seconde pé-
riode, le livre du Boundehèche, ouvrage cosmogonique très-important (consul-
tez Joseph Müller, Untersiichungen überden anfang des Bundehesch, 1843; Wes-
tergaard, Bundehesfi liber pehlvicus, 1851, et particulièrement l’édition de
M. Ferdinand Justi, comprenant, avec le texte, une transcription, une traduc-
tion, un glossaire, Leipzig, 1868); puis le Minokhired qui raconte une révéla-
tion spirituelle; VArdâ-Vîrâf-nâmé, récit d'une vision céleste (voir Haug et
"West : The book of Arda Viraf with an english translation) ; le Gôst i friânô', le
Bahman yest, Vaogemadaêcâ (en parsi), ainsi nommé du mot zend par lequel
il débute et que nous signalerons plus loin en parlant des ouvrages de
M. Geiger.
Ce n’est pas ici, le lieu de dresser un catalogue des écrits publiés sur le
pehlvi. Toutefois, après les noms cités déjà plus haut, de Silvestre de Sacy et
de Joseph Müller, il faut rappeler, avec un juste tribut d’éloges, ceux de
J. Olshausen (Copenhague), Dorn (Pétersbourg), Mordtmann, Spiegel (voyez
ci-dessous), E.-W. West.


LA TRADITION DU MOYEN AGE
51
soit, et ainsi que Nériosengh le dit lui-même (1),, sa version
a été faite sur le texte huzvârèche. Ce n’est donc que la repro-
duction d’une traduction, un travail de seconde main; mais
cet écrit est précieux, à son tour, et nous pouvons dire fort
précieux, pour l’intelligence du texte huzvârèche. Nous ver-
rons tout à l’heure combien il a été utile à Burnouf.
M. Spiegel l’a publié sous ce titre : Neriosengh9 s sanskrit-
übersetzung des Yaçna, Leipzig, 1861. Nous renvoyons le
lecteur à l’intéressante Introduction de cet ouvrage. Ajou-
tons toutefois que d’autres livres huzvârèches ont été aussi
traduits en sanskrit vers la même époque, par exemple cer-
tains Yests et le Minokhired, dont nous avons parlé ci-
dessus. Nous savons par Anquetil que la version des six
premiers chapitres du Vendidad a été également traduite en
sanskrit ; ce texte, malheureusement, ne nous est pas par-
venu.
Ajoutons enfin qu’il existe des traductions de l’Avesta
(c’est-à-dire, pour parler plus exactement, des traductions
de la version huzvârèche) en goudjerati, la langue du pays
de Goudjerate, un des idiomes néo-hindous.
Enfin, à côté de ces différentes traductions, et outre les
secours que peut offrir la connaissance sérieus^ de la lan-
gue zende, nous avons à mentionner certains écrits en lan-
gue plus moderne : les Rivaïets, sortes de dissertations, de
consultations des prêtres parses sur tels ou tels points de la
religion; le Sadder (les « cent portes », livre divisé en
cent parties, traduit en latin par Hyde), où sont exposés cer-
tains éléments de la croyance mazdéenne et qui paraît dater
du seizième siècle; d’autres écrits, enfin, plus ou moins im-
portants et que nous n’avons pas, d’ailleurs, à énumérer
ici (2).
(1) Consultez Burnouf, Commentaire sur le Yaçna, Avant-propos, p. xv, xix
et suiv. Burnouf démontre l’authenticité de la version de Nériosengh, la carac-
térise et relève son importance considérable.
(2) On peut consulter à ce sujet Spiegel, Die traditionelle literatur der
Parsen. p. 151 et suiv., et traduction allemande de l’Avesta, 1.1, p. 48.


52
LA TRADITION MODERNE
Quant à la tradition même des Parsis actuels, il ne faut
sans doute pas la négliger ; mais la suivre aveuglément serait
une erreur complète. Malgré les rapports qui ont eu lieu
entre les sectateurs du zoroastrisme qui sont demëurés
dans la Perse méridionnale et les descendants de ceux qui
avaient émigré dans l’Inde du nord-ouest, rapports dont
Anquetil-Duperron parle d’une façon très-expresse (1),
l’intelligence du texte sacré s'est oblitérée de jour en jour:
la tradition orale est aux versions de seconde main ce
que celles-ci sont à la traduction huzvârèche, et cette
dernière (nous l’avons dit plus haut) ne reproduit certai-
nement pas d’une façon parfaitement exacte le vieux texte
zcnd. Les études exégétiques de l’Avesta sont assez avan-
cées pour avoir fourni depuis longtemps la preuve de ce
fait. C’est, d’ailleurs, .ce qu’Anquetil avait fort bien re-
marqué. Après avoir énuméré les écrits mazdéens, il dit
en effet au tome Ier de son ouvrage, page ccclxxx: « Tels
sont les livres sacrés et liturgiques des Parses. Il n’est
pas rare de rencontrer des prêtres qui sachent par cœur
ceux qui sont écrits en zend; mais en général, ils s’in-
quiètent peu de les entendre. Les ouvrages purement cé-
(I) Il dit, par exemple, dans le premier volume de sa traduction de l’Avesta,
p. cccxxvi : « Les divisions dont je viens de parler n’étaient que le prélude de
celles qui agitent maintenant les Parses de l’Inde. Lors de mon arrivée à
Surate, je les trouvai partagés en deux sectes, plus animées l’une contre
l’autre que ne le sont chez les Mahométans celles d’Omar et d’Aali. Voici en
peu de mots l’origine de ce schisme.
« Il y a quarante-six ans, plus ou moins, qu'il vint du Kirman un destour
fort habile nommé Djamasp. Il avait été envoyé pour réunifies Parses divisés
à l’occasion du Penom, linge double dont les Parses, dans certaines circons-
tances, se couvrent une partie du visage. Les uns voulaient qu’on le mit aux
mourants; d’autres ne le voulaient pas. Djamasp décida en faveur des
derniers, selon l’usage du Kirman. Si ce destour n’avait pas fait le voyage de
l’Inde, cette frivole contestation aurait fait couler des ruisseàux de sang.
« Djamasp crut encore devoir examiner le Vendidad, qui avait cours dans
le Guzarate. Il en trouva la traduction pehlvie trop longue et peu exacte en
plusieurs endroits. L ignorance était le vice dominant des Parses de l’Inde.
Pour y remédier, le destour du Kirman forma quelques disciples, Darab à
Surate, Djamasp à Naucari, un troisième à Barotch, auxquels il apprit le
zend et le pehlvi. Quelque temps après, las des contradictions qu’il avait à
essuyer, il retourna dans le Kirman. »


LA TRADITION MODERNE 53
rémoniaux fixent toute leur attention, et la plus petite
pratique religieuse fera naître de longs commentaires. »
Rien de plus exact. Au tome XXXI des Mémoires de l'A-
cadémie des inscriptions et belles-lettres, p. 347, il avait
déjà écrit ceci : « Réciter le Zend-Avesla, pratiquer scru-
puleusement des cérémonies dont ils ignorent le sens,
communiquer à quelques disciples une. connaissance du
pehlvi, reçue le plus souvent par tradition ; telles étaient
et telles sont encore les fonctions du grand nombre des
prêtres parses. » Chinon avait déjà rapporté qu’après la
mort d'Alexandre « qui fut une juste punition de sa té-
mérité et de sa malice, les docteurs qui s’étaient sauvés
du carnage, et avaient fui sur les montagnes pour conser-
ver leur vie et leur religion, se rassemblèrent, et voyant
qu’ils n’avaient plus de livres, en écrivirent un de ce qui
leur était resté en mémoire de ceux qu’ils avaient tant lus
de fois. Celui-là leur est resté, je l’ai vu; il est assez gros,
et écrit en caractères fort différents du persan, de l’ara-
be et des autres langues du pays, et qui leur sont particu-
liers ; ils le savent lire, mais ils disent qu’ils ne l’entendent
pas. Pour cela ils Vont en plus grande vénération, disant
qu’il suffit que les paroles que nous adressons à Dieu dans
nos prières soient entendues de lui seul; ils ont pourtant
d’autres livres qui leur expliquent ce qui est contenu eh
celui-là. » (Relat. noue, du Lev., p. 438). Le récit de
Tavernier est presque mot pour mot celui de Chinon.
« Quelques preslres et docteurs qui s'estoient retirez aux
montagnes pour sauver leur vie du carnage, se rassem-
blèrent après la mort d’Alexandre, et voyant qu'il ne
leur estoit resté aucun de ces livres, ils en composèrent
un sur ce que leur mémoire leur pût fournir de la lec-
ture qu’ils avoient faite des autres. J'ai vu ce livre qui est
assez gros, et écrit d'un caractère tout particulier et
fort different des caractères persiens, arabes et indiens.
Leurs prestres mesme qui lisent dans ce livre n’enten-


INTERPRÉTATION DE l’AVESTA
54
dent pas ce qu’ils lisent; mais ils ont d’autres livres qui
leur expliquent ce qui est contenu en celuy-là. Quand ils
lisent dans ce livre, comme quand ils prient Dieu, ils se
bandent la bouche d’un mouchoir, comme ayant peur
que les paroles ne se mêlent avec l’air et n’en reçoi-
vent quelque impureté. » (Six voyages en Turquie, en Perse,
etc. Paris, 1676, t. p. 435.).
Nous pouvons nous rendre compte maintenant du carac-
tère et de la portée de l’œuvre d’Eugène Burnouf; nous
pouvons dire comment il usa des ressources qu’il avait entre
les mains, quels furent son plan et sa méthode. Tout d’a-
bord, voyons ce qu’il dit lui-même dans l’Avant-propos de
son livre (1).
Burnouf commence par rappeler que c’est à Anquetil-
Duperron que sont dus les anciens manuscrits de la Biblio-
thèque : « Les soins, dit-il, qu’il se donna pour rassembler
des copies de ces précieux livres, pour obtenir des prêtres
tous les renseignements qui pouvaient les éclaircir, pour en
pénétrer le sens, enfin pour les traduire d’une manière
qu’il pût croire exacte, sont sans contredit un exemple du
plus noble et du plus difficile usage qu’on puisse faire de
la patience et du savoir; et le .récit pourrait en paraître peu
vraisemblable, si ses peines n’avaient été récompensées par
les succès ». Tout cependant était loin d’être fait pour l’in-
telligence et l’interprétation de ces anciens textes, et c’était
à peu près en vain que la critique historique s’exerçait de-
puis trente ans et plus sur la traduction d’Anquetil pour en
tirer le dernier mot relatif aux institutions des Perses, à
leurs croyances religieuses, à leurs coutumes. La langue du
texte zend lui-même était encore tout à fait inconnue : on
ne possédait que le très-court dictionnaire zend et huzvârèche
(1) Commentaire sur le Yaçna, l'un des livres religieux des Parses. Ouvrage
contenant le texte zend expliqué pour la première fois, les variantes des quatre
manuscrits de la Bibliothèque royale et la version sanscrite inédite de Nérîo-
sengh, t. I, Paris, 1853-1835.


INTERPRÉTATION DE L'AVESTÀ 55
joint par Anquetil à son dernier volume. Cela était sans
doute quelque chose, mais fort peu assurément: « Il ne res-
tait (nous reprenons les paroles mêmes de Burnouf), il ne
restait à celui qui aurait voulu apprendre la langue zende,
lire le texte original des livres de Zoroastre, et le faire con-
naître à l’Europe d’une manière critique, d’autre secours
que la traduction d’Anquetil, et d’autre méthode à suivre
que la comparaison attentive de cette traduction avec le
texte. On pouvait croire ce travail facile, et il ne faut rien
moins qu’une supposition de ce genre pour expliquer pour-
quoi on n’a pas songé à s’en occuper plus tôt. Les personnes
qui voulaient s’ouvrir une route nouvelle dans le vaste
champ de la littérature orientale devaient être plus empres-
sées d’entreprendre l’étude d’idiomes encore peu connus
que l’interprétation d’un texte qu’il était permis de regarder
comme traduit, et le déchiffrement d’une langue dont tous
les monuments- existant en Europe étaient publiés en fran-
çais. Il faut convenir d’ailleurs que tout devait confirmer les
savants dans l’opinion qu’il ne restait presque rien à faire
après Anquetil : son dévoûment à des études qu’il aimait, et
dont il avait dû atteindre le terme ; tant de soins bien faits
pour porter leurs fruits; une confiance qui ne pouvait naître
que de la certitude du succès, et qui devait être partagée par
le lecteur ; enfin cette bonne foi dont l’expression est aussi
naturelle au vrai savoir que l’imitation en est difficile au
charlatanisme. Aussi éprouvai-je une surprise que les per-
sonnes accoutumées aux recherches philologiques conce-
vront sans peine, lorsque, comparant pour la première fois
la traduction d’Anquetil au texte original, je m’aperçus que
l’une était d’un faible secours pour l’intelligence de l’autre.
Un examen suivi me persuada qu’avec le seul appui de son
interprétation, ce ne serait pas une entreprise aussi aisée
que je l’avais supposé d’abord, que d’acquérir la connais-
sance delà langue dans laquelle était écrit le Zend Avesta ;
et je reconnus bientôt que la traduction d’Anquetil était loin


56
INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
d’être aussi rigoureusement exacte qu’on l’avait cru ; et
cela d’autant plus facilement que l’auteur, en déposant à la
Bibliothèque du Roi les textes originaux, avait lui-même
livré à la critique les moyens de la juger. Mais si cette
épreuve fut peu favorable à la traduction du Zend-Avesta,
je dois me hâter d’affirmer qu’elle ne diminua en aucune
façon ma confiance dans la probité littéraire de l’auteur. En
donnant au public une version que tout l’autorisait à croire
fidèle, Anquetil a pu se tromper, mais il n’a certainement
voulu tromper personne ; il croyait à l’exactitude de sa tra-
duction, parce qu’il avait foi dans la science des Parses, qui
la lui avaient dictée. Au moment où il la publiait, les moyens
de vérifier les assertions des Mobeds, ses maîtres, étaient
aussi rares que difficiles à rassembler. L’étude du sanskrit
commençait à peine, celle de la philologie comparative
n’existait pas encore, de sorte que, quand même Anquetil, à
la vue des obscurités et des incohérences qui restaient dans
l’interprétation des Parses, eût éprouvé un sentiment de dé-
fiance que, nous osons le dire, rien ne devait éveiller en lui,
il n’eût pu aisément discuter leur témoignage avec quelque
espoir d’en découvrir la fausseté. Il n’est donc pas respon-
sable des imperfections de son ouvrage ; la faute en est à ses
maîtres, qui lui enseignaient ce qu’ils ne savaient pas assez,
circonstance d’autant plus fâcheuse qui lui était impossible
de s’adresser à d’autres qu’à eux. Ses erreurs sont du genre
de celles qui sont inévitables dans un premier travail sur une
matière aussi difficile; et, lors même qu’elles seraient
plus nombreuses, lors même qu’il devrait subsister peu
de chose de sa traduction, et que ce qui devrait en sub-
sister aurait besoin d’être vérifié de nouveau, il resterait'
encore à Anquetil-Duperron le mérite d’avoir osé commencer
une aussi grande entreprise, et d’avoir donné à ses succes-
seurs le moyen de relever quelques-unes de ses fautes. C’est
d’ordinaire la seule gloire que conserve celui qui explore le
premier une science nouvelle; mais cette gloire est immense,


INTERPRÉTATION DE l'aVESTA 57
et elle doit être d’autant moins contestée par celui qui vient
le second, que lui-même n’aura vraisemblablement, aux yeux
de ceux qui plus tard s’occuperont du même sujet, que le
seul mérite de les avoir précédés.
Ici Burnouf fait remarquer que rien ne s’explique aussi
facilement que les erreurs d’Anquetil, si l’on songe au mau-
vais état dans lequel les livres zends nous sont parvenus, et
à ce fait qu’ils ne forment que la plus petite partie d’un en-
semble considérable; il est clair que la comparaison d'un
plus grand nombre de textes pourrait être d’un énorme
secours. Il faut ajouter, d’autre part, que la version d’An-
quetil n’était faite que sur une traduction, qui parfois n’avait
pu reproduire le texte d’une façon parfaitement littérale,
qui avait dû recourir à des circonlocutions et même à des
gloses, à un court commentaire. Burnouf montre sans peine
comment la connaissance du pehlvi (le huzvarèche) disparut
rapidement de chez les Parses du Goudjerate, et comment
la traduction elle-même subit de grandes modifications, ainsi
que le constatèrent les prêtres parses du Kirman, qui visi-
tèrent au commencement du xvme siècle leurs coreligion-
naires émigrés dans l’Inde : « Non seulement, dit l’auteur
du Commentaire sur le Yaçna, non seulement la tradition ne
se conserva pas dans toute sa pureté parmi les Parses du
Guzarate, mais encore elle y fut quelque temps interrompue;
non seulement la connaissance de la langue pehlvie rie s’y
perpétua pas d’une manière régulière, mais le souvenir s’en
effaça complètement ; et, sans les communications qui s’éta-
blirent dans des temps très-modernes entre les Parses du
Guzarate et ceux du Kirman, il est vraisemblable qu’Ariquefil,
à son arrivée dans l’Inde, n’aurait plus même trouvé de
traces des livres qu’il poursuivait avec tant de persévérance.
Or, si les Parses du Guzarate purent oublier une fois le
pehlvi, quelle garantie la critique possède-t-elle qu’ils aient
pu l’apprendre de nouveau d’une manière assez complète et
assez sûre pour être en état de donner de la version pehlvie


58 INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
une traduction exacte ? » Heureusement pour la critique,
ajoute-t-il, il existe deux sortes de moyens pour rectifier l’in-
terprétation d’Anquetil, c’est-à-dire l’interprétation que les
Parses avaient donnée à Anquetil. Le premier de ces
moyens, — citons encore ici les paroles mêmes de Burnouf,
car cela est d’une grande importance en ce qui concerne
l’historique de la question de l’Avesta, — le premier de ces
moyens, c’est « la tradition des Parses eux-mêmes, puisée à
une source plus ancienne que l’explication des maîtres d’An-
quetil » ; le second, c’est l’analyse approfondie du texte zend
« appuyée sur la comparaison de cet ancien idiome avec les
langues auxquelles il est plus intimement uni ». En fait,
Burnouf employa toujours, et simultanément, ces deux
moyens. Son point de départ fut la version sanskrite du
Yaçna faite par Nériosengh, dont nous avons parlé ci-dessus
et qui se trouvait en double exemplaire dans les manuscrits
déposés par Anquetil à la Bibliothèque. Ainsi, avant tout, il
s’adressait à la tradition ancienne, représentée par une ver-
sion sanskrite de la vieille traduction huzvârèche. Puis il
passe au second moyen d’interprétation. La traduction d’An-
quetil et celle de Nériosengh n’éclaircissant pas suffisamment
le sens du texte zend, le problème à résoudre, dit Burnouf,
était celui-ci : « Étant donné un mot zend, auquel les Parses
attribuent une signification que la comparaison des textes
et l’étude des langues qui appartiennent à la même famille
ne confirment ni n’expliquent, justifier le sens donné par
les Parses ou en trouver un autre. J’ai commencé par déta-
cher du mot à traduire les désinences, formatives et suffixes,
que l’analyse grammaticale m’avait fait reconnaître dans
d’autres mots sur lesquels le concours de Nériosengh, d’An-
quetil, et de la comparaison des langues ne laissait aucune
incertitude. J’ai réduit ainsi à ses éléments les plus simples,
ou à ce qu’on appelle le radical, le mot sur lequel portait la
difficulté, et, une fois maître de ce radical, j’ai cherché si
les langues avec lesquelles le zend a le plus de rapport,


INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
59
comme le sanskrit, le grec, le latin, les dialectes germani-
ques, etc., n’en offraient pas quelques traces ». Burnouf re-
connut ainsi des radicaux zends appartenant à peu près
exclusivement au sanskrit le plus ancien; les radicaux ap-
partenant à tous les âges du sanskrit et communs aux
autres langues indo-européennes; enfin des radicaux qu’il
était difficile de ramener à quelque radical des autres lan-
gues de la même famille (sanskrit, grec, latin, etc.), mais
qui se retrouvent presque toujours en persan. De là, il fut
amené à comparer des mots à peu près identiques en zend
et en sanskrit, à reconnaître les lois de permutations des
consonnes et des voyelles ; en un mot, à établir la gram-
maire scientifique du zend. Tout ce qui a été publié sur ce
sujet part sans exception (on peut le dire sans hésiter) du
Commentaire sur le Yaçna, de Burnouf: il est le véritable
et seul fondateur de la grammaire zende. Entre l’avant-
propos de son livre et le Commentaire proprement dit, nous
trouvons une dissertation de cent dix à cent vingt pages, in-
titulée Observations préliminaires sur V alphabet zend, qui
est certainement un des morceaux les plus méthodiques, les
plus remarquables qui aient été écrits sur cette question.
Quant au Commentaire lui-même, il est loin d’embrasser
tout le Yaçna; il ne traite que du premier chapitre, qui ne
forme guère que la vingtième partie de tout le livre, mais
c’en était assez pour fixer la méthode au moyen de la-
quelle on devait expliquer et interpréter tous les anciens
écrits mazdéens.
Cette méthode, nous l’avons vu, reposait avant tout sur la
tradition, non point la tradition cherchée uniquement parmi
les Parses actuels, mais bien la tradition suivie aussi loin
que possible, c’est-à-dire jusqu’à l’ancienne version en langue
huzvârèche, ou du moins jusqu’à la version sanskrite de
l’ancienne traduction huzvârèche. Dans un long et fort inté-
ressant article intitulé : Burnou fs altbaktrisehe forschungen
und ilir verhœltniss zur tradition (inséré dans les Beitrœge
<


60 INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
zur vergleichenden sprachforschung, de M. Kuhn, t. VIï,
p. 257, Berlin, 1872), M. Spiegel a surabondamment démon-
tré que l’interprétation de l’Avesta par Burnouf reposait
avant tout sur la tradition ancienne. Sur plus d’un millier de
mots par lui expliqués, Burnouf ne s’éloigne pas plus de
vingt-huit fois du sens que donne la vieille tradition, c’est-à-
dire qu’il l’admet pour quatre-vingt-dix-sept mots environ sur
cent. Il y a là un point fort important à prendre en considé-
ration, et le relevé fait par M. Spiegel ne peut laisser place à
aucune incertitude.
Ce même auteur entrait, dès ses premiers écrits sur l’Avesta,
dans la voie féconde qu’avait ouverte Eugène Burnouf. En
1848, dans son mémoire : Ueber die handschriften des Ven-
didad und das verhæltniss der pehlviübersetzung zum zend-
text (1), nous le voyons affirmer et mettre en évidence ce
lait qui, à nos yeux également, ne saurait scientifiquement
être révoqué en doute, que la version huzvârèche est le prin-
cipal moyen d’interprétation du vieux texte mazdéen, moyen
que rend.d’autant plus efficace l’annexion d’un certain nombre
de gloses à la traduction dont il s’agit. Mais évidemment cette
traduction huzvârèche n’est point infaillible ; on peut admettre
qu’elle ne rend pas toujours d’une façon parfaite le texte pri-
mitif, et c’est l’œuvre de la critique que de la soumettre à un
perpétuel et sévère examen ; nous en savons assez aujourd’hui
pour assurer qu’elle s’en tire très-souvent à son honneur, et
qu’elle est fréquemment d’une grande exactitude.
La méthode dont Burnouf avait jeté les fondements, et qui
produisit entre ses mains des résultats si excellents, — et
l’on peut dire si inattendus, — ne s’imposa pas à tous les
auteurs qui étudièrent les textes et la religion de l’Avesta.
Nous ne devons pas le regretter. Les contradictions qu’elle
rencontra n’ont abouti qu’à faire éclater, d’une façon plus
(1). Bulletin der kœniyl. akademie der wissenschaften, Munich, 4 et
8 août 1848.


INTERPRÉTATION DE L’AVESTA 61
évidente encore, tout ce qu’elle possédait de valeur et de puis-
sance. Parmi ceux qui prétendirent arriver par d’autres
moyens que Burnouf à des résultats plus exacts, les uns
sacrifièrent les secours de la tradition à la pure et simple
étymologie ; d’autres cherchèrent l’interprétation des textes
mazdéens dans leur comparaison avec les hymnes védiques;
d’autres enfin donnèrent le pas, non plus à la tradition ancienne
mais bien à la tradition contemporaine, à la tradition des
Parsis modernes.
Nous allons dire quelques mots de chacun de ces différents
systèmes.
Le représentant le plus connu de la première théorie,
celui qui a lutté le plus vivement pour le mode de l’interpré-
tation étymologique, fut Martin Haug, professeur à Munich et
indianiste distingué. Haug, dans la préface de ses deux écrits
principaux sur le zoroastrisme et la langue zende, expose
très-nettement lui-même les procédés qu’il employa pour arri-
ver à saisir le sens des textes mazdéens, et dans tout ce qu’il
dit, nous ne trouvons pas la moindre allusion au bénéfice
qu’il était possible de retirer des anciennes traductions (1).
C’est avec l’aide du dictionnaire sanskrit que Ilaug opérait
tout d’abord son travail : à ses yeux, le mot zend avait, en
principe, le sens que possédait le mot sanskrit correspondant.
Aucune voie n’était plus dangereuse que celle-là, et Haug
eut plus d’une fois l’occasion de se repentir d’y être entré
avec une ardeur extrême. Il était doué, malheureusement,
d’une telle présomption et d’un tel dédain pour les décou-
vertes de ses confrères, qu’il maintint de parti pris nombre
d’assertions auxquelles il lui eût été possible de renoncer bien
facilement, en présence de la preuve éclatante de leur peu
d’exactitude. Dans l’opuscule de M. Justi, Abferligung des
(1) Die fünf Galbas oder sammlungen von liedern und sprüchen Zarathustra's,
seiner jürnjer und nachfolger, Leipzig, 1858-1860. Voyez principalement
page IX. Essays on the sacred language, writings and religion of the Parsees,
Bombay, 1862. Voyez principalement page 36.


62 INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
Dr Martin Haug (Leipzig, 4868), —qui n’est d’ailleurs qu’une
réponse, le plus souvent très-péremptoire, à un grossier libelle
du savant bavarois (1), — nous trouvons une excellente cri-
tique de ce premier procédé de Haug (nous disons a le pre-
mier », car Haug eut une seconde manière), et la démonstra-
tion de la faiblesse d’une partie des étymologies qui servaient
de base à son interprétation et à ses commentaires. Nous
reviendrons tout à l’heure, sur le plus ou moins de valeur du
premier procédé de Haug. Constatons, pour l’instant, qu’il n’a
absolument rien de commun avec la méthode de Burnouf,
qu’il en diffère même essentiellement. En fait, il n’y a point
lieu de s’étonner qu'il n’ait pas produit les mêmes résultats :
le point de départ était tout à fait autre. Quelques auteurs
sont venus après Haug, qui ont donné comme lui le pas à
l’interprétation étymologique ; en tous cas, nous ne devons
pas ranger absolument parmi eux le célèbre indianiste
M. Weber. Ce dernier, sans doute, ne fait pas toujours pro-
fession d’une grande estime pour la tradition huzvârèche (2),
mais il est loin de vouloir la sacrifier continuellement à l’expli-
cation par l’étymologie (3).
11 est à peine besoin de réfuter l’opinion des auteurs
pour lesquels les Éraniens auraient vécu en une sorte de
communauté avec les Hindous, durant l’ancienne période
védique. De deux choses l’une : ou bien les Éraniens par-
laient déjà un ou bien plusieurs idiomes réellement éra-
niens, et alors cette prétendue communauté est impossible ;
ou bien ils parlaient la même langue que les Hindous, et
alors ce n’étaient pas à proprement parler des Éraniens.
Il nous semble impossible de sortir de ce dilemme. Que le
t(l) Ueberden gegenwœrtigen stand der zendphilologie,mit besonderer rücksicht
auf Ferdinand Justi’s sogenanntes altbaktrisches wœrterbuch, Stuttgart, 1868.
(2) Literarisches centralblatt, Leipzig, 1858, n° 52. Réimprimé dans es
Indische streifen. Berlin, 1869, t. II, p. 440; ibid., p. 439.
(3) « |Er (Spiegel) perhorrescirt nur — und mit recht — die méthode,
welche die sprachvergleiehung, resp. das sanskrit, allein als die suprema
ratio fur die erklærung des textes hinzustellen versuchen wollte » (Op. cit.
t. II, p, 481).


INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
63
sanskrit et le prakrit, d’une part, que, d’autre part, le
perse et le zend proviennent d’une seule et même langue
mère (l’idiome commun indo-européen), cela n’est pas dou-
teux ; mais c’est à ce fait que se bornent les rapproche-
ments anciens des Éraniens et des Hindous. La religion
mazdéenne est éranienne ; la religion védique est hindoue.
Toutes deux, sans doute, elles ont un fond commun dans
les croyances de la population ou, pour mieux dire, des
populations qui parlaient la langue indo-européenne com-
mune ; mais, tels qu’ils se présentent à nous, les Védas et
l’Avesta possèdent chacun leur individualité propre : ils ont
eu chacun leur développement tout à fait personnel. C’est
ce qu’a démontré surabondamment M. Spiegel dans l’intro-
duction au premier volume de sa version de l’Avesta (p.
ex) : le lexique, les costumes, les institutions de toutes sortes
le démontrent de la façon la plus irrécusable. Il y a long-
temps déjà que l’illustre indianiste Lassen l’a prouvé : les
Hindous et les Éraniens étaient séparés les uns des autres
depuis longtemps, lorsque furent rédigés, tout à fait indé-
pendamment l’un de l’autre, les Védas et l’Avesta (1).
Le principal défenseur de l’interprétation de l’Avesta par
(1) Consultez l’importante dissertation deM. Spiegel, Avesta und Veda oder
die. beziehungen der Erânier zu den Indiern, publiée en 1858 dans la revue
Ausland fn° 47), et rééditée dans le volume Erân. Das Jand zwischen dem Indus
und Tigris, Berlin, 1863. L’auteur fait valoir, entre autres, les considérations
que voici : Dans la religion védique, point d’ensemble systématique ; chaque
dieu est invoqué lorsqu’on juge bon de le faire, et on lui attribue alors la
suprématie sur les autres. La religion mazdéenne est, au contraire, une des
plus rigoureusement systématiques de toutes celles qui aient existé, et
chaque divinité, ici, est classée avec le plus grand soin. L’anthropomorphisme
de la religion védique est d’une naïveté frappante; dans le mazdéisme, il est
loin d’en être ainsi : les dieux sont dénués de presque toute réalité, et ne sont
représentés le plus souvent que par des idées abstraites. Des catégories
entières de dieux védiques manquent à l’Avesta : les dieux de la tempête,
Varuna, les déesses de l'aurore, de la nuit, bien d’autres encore ; le dieu du
feu est différent à tous les points de vue. Ajoutez que nombre de divinités
mazdéennes ne se retrouvent pas dans l’Avesta. « Ce qu’il y a de plus simple
à admettre ici, dit l’auteur, c’est que les formes religieuses communes de
l’Inde et de l’Erân remontent à une époque où il n’y avait encore ni Hindous
ni Eraniens, ni Véda ni Avesta ». C’est là précisément ce que nous disions
tout à l’heure, et nous pensons que l’opinion très-formelle de Lassen, de
Windischmann et de M. Spiegel sur ce sujet est on ne peut plus justifiée.


64 INTERPRÉTATION DE L’AVESTA
le sanskrit et les Védas est M. Roth, l’un des auteurs du
grand dictionnaire sanskrit de Pétersbourg. Dans la Revue de
la société orientale allemande (1), M. Roth n’a pas hésité à
dire que ceux-là fermaient les yeux à la lumière, qui n’ad-
mettaient point que le sanskrit fut, est et sera la clé de
l’Avesta : « Es hiesse die augen dem licht verschliessen, wenu
jemand læugnen wollte, dass das sanskrit der schüssel des
Avesta war, ist und bleibt ; und jetzt vollends das sanskrit
der Veden ! ». L’auteur, sur cette assertion, se met à tra-
duire en sanskrit un morceau de l’Avesta, et la traduction
de la version sanskrite donne, à ses yeux, le sens même du
texte mazdéen. Certes, il serait possible de rendre par tous
mots français, étymologiquement équivalents, une ou deux
phrases italiennes ou espagnoles. Mais qui oserait affirmer
que les mots français, italiens, espagnols, aient conservé,
chacun de leur côté, la signification qu’avait en latin le
mot dont ils sont tous issus ? Personne ne pourra le garantir
a priori. Il est certain — l’expérience nous l’enseigne —
que souvent cette signification a varié. En tous cas, l’opinion
des auteurs qui veulent chercher dans l’étymologie sanskrite
le sens des mots zends pèche essentiellement par la base ;
elle aurait encore quelque raison d’être si le zend dérivait
du sanskrit... mais il n’en est pas ainsi. Ces deux idiomes
sont frères ; ils dérivent de la langue commune indo-euro-
péenne, et c’est alors dans cette dernière langue qu’il faudrait
rechercher le sens des mots zends, si l’on voulait s’adresser
avant tout à l’étymologie. Quant à demander cette signi-
fication aux mots sanskrits, c’est une erreur évidente, puis-
que les mots sanskrits peuvent ne plus reproduire exactement
le sens des formes organiques qu’ils représentent. Ainsi, de
quelque côté que l’on veuille envisager la question, il
demeure acquis que le procédé de l’interprétation de l’Avesta
par le sanskrit et les Védas est du domaine de la fantaisie.
(1) Zeitschrift der deulscheh morgcnlœndischen gesellschaft’, t. XV, p. 1. Leip-
zig, 1871.


INTERPRÉTATION DE LAVESTA
65
Ne craignons donc pas de le répéter, la scientifique et logi-
que méthode d’interprétation de l’Avesta réside, avant tout,
dans Fusage critique de la tradition ancienne. Il est clair
que Burnouf doit tous les résultats de son travail sur les
textes mazdéens au secours que lui fournit la traduction
sanskrite de Nériosengh. C’est ce qu’il a lui-même reconnu
et proclamé de la façon la plus formelle. L’aide de la lin-
guistique ne vient qu’en second lieu. Étant donné le sens de
la version ancienne, il s’agit de savoir si, au point de vue
grammatical, cette version est admissible, et si elle rend
exactement la construction du texte zend : il faut voir, par
exemple, si les mêmes mots sont les sujets de la phrase ; si les
mêmes mots sont les régimes ; si la concordance des nombres,
des personnes, des temps et des modes est bien exacte, et
ainsi de suite. Si le mot de la traduction ancienne n’éclaire
point le sens du mot zend, il faut alors recourir à la com-
paraison linguistique avec des mots appartenant aux autres
idiomes éraniens, soit anciens, soit modernes, et, à défaut
de mots éraniens correspondants, à des mots tirés du sans-
krit ou des autres langues indo-européennes. Mais ici la
confiance de l’interprélateur doit singulièrement diminuer,
et ses conclusions ne sont plus que de simples hypothèses.
Au surplus, de même que la tradition ancienne peut expli-
quer le texte original, de même la tradition plus récente peut
aider à comprendre l'ancienne tradition. Mais ici, il importe
avant tout d’avoir toujours présent à l’esprit ce principe, que la
tradition du moyen âge est plus pure, mieux conservée que
celle des temps modernes ; qu’elle est plus proche, en un
mot, des anciennes idées qu’elle avait mission de transmet-
tre aux générations futures.
C’est là un fait tellement évident qu’il serait à peine utile
d’en parler, si Ilaug, à la suite de son voyage dans l’Inde,
n’avait inauguré (en dépit de tout ce qu’il 'avait écrit jus-
qu’alors en faveur de la méthode étymologique) un nouveau
système d’interprétation. Ce système consistait à adopter
5


6Ô INTERPRÉTATION DE l’AVESTA
presque partout et presque toujours la tradition des Parsis
modernes. Nous avons dit plus haut combien cette tradition
récente est altérée, combien elle s’écarte de la tradition du
moyen âge, et par conséquent du texte zend. Haug lui-
même, en 1862, dans son volume d'Essays, avait écrit que
les Mazdéens modernes acceptent la version d’Anquetil
comme une sorte d’autorité : « The European reader will
not be a little astonished to learn, that Anquetil’s work was
regarded afterwards as a kind of authority by the Dustoors
themselves » (p. 21, note). Les derniers ouvrages de Hàug,
et particulièrement son pamphlet Ueber den gegenwœrtigen
stand der zendphilologie, reposent tout entiers sur cette
singulière idée de la fidélité et de l’excellence de la tradition
contemporaine. Ce que nous avons dit ci-dessus nous dis-
pense sans doute d’entreprendre la critique en règle de cette
opinion ; nous ne ferions rien autre chose que nous répéter.
Cette question de la méthode d’interprétation de l’Avesta
nous a arrêté longtemps, et cela était indispensable. Nous
devions faire connaître, dès le commencement de notre tra-
vail, le système que nous comptions suivre pour expliquer
les nombreux fragments mazdéens que l’on y rencontrera.
Nous sommes loin de penser, sans aucun doute, qu’il n’y ait
aucun profit à tirer des tentatives isolées, individuelles, irré-
gulières, auxquelles a donné lieu l’examen des textes zends.
Leur premier mérite, leur grand service, est précisément de
retenir et de confirmer de plus en plus dans leurs procédés
méthodiques les interprétateurs et commentateurs aux yeux
desquels Eugène Burnouf a fondé la véritable exégèse des
écrits zoroastriens. La critique de Burnouf n’est certaine-
ment pas infaillible, mais nous pensons que tous ceux qui
se sont engagés (comme l’a fait si brillamment M. Spiegel)
dans la voie qu’avait ouverte l’auteur du Commentaire sur le
Yaçna sont arrivés et arriveront à des résultats parfaitement
scientifiques.


QUATRIÈME PARTIE
Les études sur l’Avesta depuis Eugène Burnouf
jusqu’à nos jours.
L'œuvre capitale de Burnouf nous a amené à traiter inci-
demment de la méthode applicable à l’interprétation de
l’Avesta. Nous reprenons maintenant l’exposé historique que
nous avons dû interrompre.
Nous avons dit qu’en 4829 Olshausen publiait à Ham-
bourg le commencement du texte du Vendidad, et Eugène
Burnouf, à Paris, le commencement de son texte complet
du Vendidad, du Yaçna et du Vispered. Ces deux éditions
constituèrent un des éléments les plus importants qui per-
mirent à Bopp de faire entrer la langue zende dans son cé-
lèbre ouvrage sur la grammaire comparée des idiomes indo-
européens : Vergleichende grammatik des sanskrit, zend,
griecliischen, lateinischen, lituanischen, gothischen und deut-
schen, Berlin, 1833 (première partie, contenant la phonétique,
la comparaison des racines et la formation des cas). Bur-
nouf, dans le Journal des Savants, a publié une excellente
critique de la partie éranienne du livre de Bopp, sous le
titre de : Observations sur la partie de la grammaire compa-
rative de M. F. Bopp, qui se rapporte à la langue zende,
Paris, 1833. Cet article critique, long de près de cinquante
pages in-i°, constitue lui-même une contribution de pre-
mière importance à l’étude grammaticale du zend; on y


68
AUTEURS CONTEMPORAINS
trouve sur le phénomène particulier de l’épenthèse d’un i
dans certains mois zends, sur les différents changements de
la sifflante organique 5, sur la forme primitive des racines,
des observations qui révèlent chez leur auteur un sens mer-
veilleux de critique (1).
Burnouf devait publier plus lard, de 1840 à 1850, ses ma-
gnifiques Études sur la langue et les textes zends, dans le
Journal asiatique dp Paris, études > sur le sens ou la forme
grammaticale de certains mots zends, études sur le neuvième
chapitre du Vendidad.
Le livre de Nork, Mythen der allen Perser als quellen
chrisllichcr glaubenslchren und ritualien (Leipzig, 1835),
ne peut être cité que pour mémoire. L’auteur développe sans
critique la thèse du parallèle de Zoroastre et du Christ, du
parsisme et du christianisme.
MM. Benfey et Moriz A. Stern publiaient en 1836, à
Berlin, leur très-intéressante dissertation : Ueber die monats-
namen einiger allen vœlker, insbesondere der Perser, Cappa-
docier, Jziden zmd, Syrer. La partie éranienne commence
page 234. Nous aurons à rappeler tout à l’heure d’autres
écrits de M. Benfey.
Nous citerons pour mémoire l’ouvrage de P.-F. Stuhr :
Die religions-système der heidnischen vœlker des Orients,
Berlin, 1836, particulièrement tome premier, p. 339-375.
C’est un écrit de seconde main qui n’apporte point d’éléments
nouveaux à la question.
C’est peu de temps après la publication' de Burnouf sur le
commencement du Yaçna que Joseph Müller fit paraître ses
excellents travaux sur le huzvârèche : entre autres son Essai
sur la langue pehlvie, publié dans le Journal asiatique de
1839; son élude sur le commencement du Boundehèche
{Vntersuchungen über den anfang des Bundehesch), dont
nous avons déjà parlé ci-dessus. Les écrits de Joseph Müller
(1) Bopp fit paraître en 1843 un mémoire intitulé Die, zahlwœrtcr der
zendsprache.


AUTEURS CONTEMPORAINS
f!9
ont contribué pour une grande part à développer l’étude de
la langue dans laquelle est rédigée l’ancienne version de
l’Avesta.
En 1844, Pavie publiait dans le tome premier des Mémoires
de la société ethnologique un court Mémoire sur les Parsis ;
il y traitait succinctement de leur origine, de leurs coutumes
et de leurs croyances. C’est un article fait avec soin, mais
auquel l’auteur aurait dû donner de tout autres proportions.
Le missionnaire de l’église d’Écosse, John Wilson, donnait
en 4843, à Bombay, un assez fort volume intitulé : The
parsi religion as contained in Zand-Avesta and propouncled
and defended by the Zoroastrians of India and Persia, unfol-
ded, refuted and contrasted wilh christianity. Nous ne signa-
lons cet ouvrage que pour mémoire. Le but de l’auteur était
d’accabler le parsisme par le christianisme; vers la fin de son
volume, il signale à l’attention des Parsis une cinquantaine
d’ouvrages apologétiques de celte dernière religion. Ce qui
lui tient essentiellement à cœur, c’est de prouver que l’Avesta
n’est pas dû à une révélation céleste, et que par contre les
livres chrétiens possèdent une autorité divine (4).
(1) Ce livre fait partie d’une série d écrits polémiques et apologétiques
inaugurés par l’opuscule du même John Wilson, A lecture on the Vendidad-
Sadé of the Parsis, qui parut à Bombay en 1837. Dans son rapport de 1843 à la
Société asiatique de Paris, Mohl a parlé de cette polémique. Après avoir
annoncé certaines publications projetées par la Société de Bombay : « Tous
ces ouvrages, ajoutait-il, sont destinés à servir à l’éclaircissement d’une
grande controverse religieuse qui s’est élevée, à Bombay, entre les mission-
naires protestants et les Parsis, et qui, dirigée du côté chrétien par ur.
homme savant et intelligent comme M. Wilson, a donné naissance à plusieurs
écrits remarquables dont la science doit tirer profit. L’origine de cette discus-
sion a été un savant mémoire sur le Vendidad, lu en public et imprimé il y
a quelques années par M. Wilson. Les Parsis se sont vivement émus de cette
critique de leurs livres sacrés; non seulement leurs journaux, comme le
Chabuk et le Purbin, ont été remplis d’articles de controverse, mais on a
fondé, sous le titre de Ruhnameni Zerdouschti, un écrit périodique destiné
uniquement à la défense du zoroastrisme contre les chrétiens. Outre cette
polémique journalière, ils ont composé un certain nombre d’ouvrages dans
lesquels sont exposées les doctrines de leurs différentes sectes. Le premier
livre de ce genre qui ait paru est le Talimi Zerdouscht (Talimi-Z urtoosth, or
doctrine of Zoroaster in the guzrattee language fdr the instruction of Parsi
youlhs, luith an answer to Dr Wilsons lecture on Vendidad, compiled by a Parsi
priest, Bombay, 1810), écrit en guzurati par Dosabhaï Sohrabji. Cet auteur
est de l’école qu'on appellerait, dans une controverse chrétienne, rationaliste ;


AUTEURS CONTEMPORAINS
70
M. Joachim Ménant publiait en 4844 (seconde édition en
4857) son opuscule : Zoroastre. Essai sur la philosophie reli-
gieuse de la Perse, 28 pages in-8°. Ce petit écrit est une
sorte de notice sur certains livres é.raniens et sur les ou-
vrages les plus importants de quelques auteurs européens :
Anquetil, Burnouf, Spiegel, etc.
Sous le titre de Vendidad Sade. Die heiligen Zoroasler's
Yaçna, Vispered und Vendidad, nach den lithographirten
ausgaben von Paris und Bombay, mit index und glossar,
Hermann Brockhaus, professeur de langues orientales à l’U-
niversité de Leipzig, faisait paraître en cette ville, en 1850,
le texte des trois grands livres de l’Avesla, transcrit en carac-
tères latins. Sans parler du grand soin avec lequel ce livre
était publié, il avait le mérite de répandre d’une façon bien
plus pratique que le coûteux ouvrage de Burnouf le texte
il représente Ahriman comme la personnification des mauvais instincts innés
dans l’homme, et le feu comme un symbole et non pas comme un objet
d’adoration directe 11 est l’organe des hommes du monde parmi les Parsis;
toutes ses allures sont plutôt celles d’un philosophe que d’un théologien ; et,
ce qui est assez curieux, il se sert contre le christianisme surtout des argu-
ments de Voltaire et de Gibbon. La partie orthodoxe de la secte n’ayant pas
été satisfaite de cette exposition de sa doctrine, et ayant compris que cette
manière d’argumenter était plus propre à détruire sa religion qu’à l’étayer,
l’homme le plus considérable parmi les Parais, Sir Jamsetji Jeejeebhoy,
s’adressa à Edal Para, chef de la secte des Rasami. Ce vieux prêtre qui, depuis
de longues années, vit retiré du monde et en odeur de grande sainteté,
composa un ouvrage sous le titre de Miïji&ati Zerdouschti (le titre de ce livre
est en guzurati ; en voici la traduction : Mu'ji&ati Zerdouschti, c’est-à-dire
les Miracles indubitables de Zoroastre dès le commencement jusqu’à la fin,
accompagnés d’une exposition de la foi zoroastrienne, par le destour Edalji
Darabji Rustamji rie Samjana, l’an de l’Yezdejird 1209, du Christ 1840.
(Bombay, in-4,127 pages), dans lequel il se fonde surtout sur le Zerdouscht
nameh, livre auquel il attribue une grande autorité, et qu’il suppose avoir été
écrit originairement, sous le titre de Wajer Kard, par Mediomah, frère
d’Arjasp et disciple de Zoroastre lui-même. Les attaques qui avaient été
dirigées contre AL Wilson, dans le journal intitulé Durbin, ont été réunies
dans un volume sous le titre de Nirangha, par Kalam Kas (Voici la traduction
du titre, qui est en guzurati : Nirangha par Kalidas, contenant les questions
proposées à M. Wilson dans le Durbin, par Kalidas. Bombay, 1811, in-12,
347 pages). Enfin, Aspandiarji Framji a publié un ouvrage en guzurati et en
anglais sous le titre de Guide de ceux qui se sont égarés (The Hadie-Gum-Rahan,
or a guide to thosc who hâve lost their way, being a réfutation of the lecture
delivered by the Rev. Dr Wilson, Bombay, 1841) ; c’est un commentaire
polémique du mémoire sur le Vendidad, et, à ce qu’il parait, une nouvelle
production du parti rationaliste des Parsisi »


AUTEURS CONTEMPORAINS 71
même des vieux écrits mazdéens, et le glossaire, malgré ses
défectuosités, était d’une valeur inappréciable.
Nous arrivons à parler ici de l’œuvre de M. Spiegel, œuvre
si étendue déjà et que son auteur pousse chaque jour plus
loin encore ; œuvre essentiellement méthodique et qui pro-
cède d’une façon directe des travaux d’Eugène Burnouf. Nous
énumérerons tout de suite, et sans nous interrompre pour
citer les ouvrages synchroniques d’autres auteurs, les prin-
cipaux écrits de M. Spiegel. Dès 1848, il publiait le travail
que nous avons cité ci-dessus déjà sur les manuscrits du Ven-
didad et le rapport de la version pehlvie au. texte zend ; en
1850. une critique de l’édition du Vendidadsade deBrockhaus,
dans les Gelehrte anzeigen de Munich; en 1851, les articles
Ueber einige eingeschobene stellen in Vendidad, dans le tome
sixième des Mémoires de VAcadémie de Munich, et Die
Alexandersage bei dcn Orientalen ; puis le premier article de
son explication du dix-neuvième chapitre du Vendidad ; le
second est de l’année 1852, le troisième de 1854; ils ont
paru dans les sixième et septième volumes des Mémoires de
VAcadémie de Munich. Le premier volume de la traduction de
l’Avesla est de 1852 : Avesta, die heiligen schriften der Par-
sen. Aus dem grundtext übersetzt mit steter rücksicht auf die
tradition. Il comprend, outre la version du Vendidad, une
introduction très-importante et différents appendices sur l’in-
fluence du sémitisme, sur l’époque à laquelle fut parlé le
huzvârèche, sur la composition du Vendidad. Le second vo-
lume, qui date de 1859, comprend une très-longue préface et
la traduction du Vispered et du Yaçna. Le troisième est de
1863; avec une introduction également importante, nous y
trouvons la version des Yests, c’est-à-dire du Khorda Avesta
ou Petit Avesta. Revenant en arrière, nous avons à signaler en.
1853 un écrit sur l’interprétation du Vendidad ; en 1855,
dans les Mémoires de V Académie de Munich, l’article Die
erânische stammverfassung ; en 1856, la grammaire huzvâ-
rèche dont nous avons déjà parlé ; en 1858, dans les Gelehrte


AUTEURS CONTEMPORAINS
72
anzeigen de Munich, un article de trois numéros sur la ver-
sion des Gâthâs de Haug ; en 1860, le volume faisant suite à la
grammaire huzvârèche : Die tradilionelle literatur der Parsen
in ihrem zusammenhange mit den angrœn zenden lileraluren*,
et, la même année, dans la Revue Ausland, l’article Die cul-
turgeschichtliche stellung des allen Erân; en 1861, l’édition
en caractères latins, de la version sanskrite du Yaçna, par
Nériosengh, et une Grammalik der pârsisprache nebst
sprachproben ; Vannée suivante, dans la revue Ausland, Var-
ticle Avesta und Veda. En 1863, M. Spiegel publie, à Berlin,
son volume Erân, das land zwischen dem Indus und Tigris,
formé d’un'certain nombre de dissertations simplement réédi-
tées, mais comprenant aussi quelques écrits nouveaux :
Avesla und die Genesis, oder die beziehungen der Erânier zu
den Semiten; Zur neueslen geschichte des Parsismus. En
1864 est publié, à Vienne, le premier volume du Com-
mentar über das Avesla, ouvrage d’une importance capi-
tale, et qui, avec la version dont il est le complément,
suffirait à donner à M. Spiegel la grande place qu’il s’est
conquise dans les études éraniennes; le second volume du
Commentaire est de 1868. L’année précédente avait paru,
dans les Bulletins de VAcadémie de Munich, l’intéressant écrit
sur la vie de Zoroastre : Ueber das leben Zarathusthra’s. En
1867 également était éditée la Grammatik der altbaklrischen
sprache nebst einem anhange über den Gâthâdialeckt, Vou-
vrage assurément le plus complet qui ait été écrit sur cette
matière. En 1871, on publiait à Leipzig le premier volume,
et en 1873 le second, des Erânische alterthumskvmde, qui
forment un digne pendant au beau travail de Lassen sur Van-
tiquité hindoue. Le premier volume (760 pages in-8°) com-
prend la géographie, l’ethnographie et la plus ancienne his-
toire de l’Eran ; le second (632 pages) traite de la religion
éranienne et contient l’exposé historique depuis l’empire
médique jusqu’à la mort d’Alexandre-le-Grand. Le troisième
est de 1878. Il traite de l’histoire éranienne depuis la mort


AUTEURS CONTEMPORAINS
73
d’Alexandre jusqu’à la chute des Sassanides (soit jusqu’au
milieu du vne siècle) ; des conditions sociales et de la vie de
famille chez les Éraniens, puis, enfin, de leurs langues, de
leur littérature, de leur art.
En 1874, M. Spiegel fit paraître, à Leipzig, le premier
fascicule de ses Arische studien, où il traite de différentes
questions purement grammaticales, mythologiques ou exégé-
tiques.
Quant à l’édition si utile du texte même de l’Avesta et de
l’ancienne version huzvârèche, M. Spiegel l’avait publiée à
Vienne en 1853 et en 1858. Le premier volume contient le
Vendidad, le second le Vispered et le Yaçna : Avesta, die
heiligen schriften der Parsen. Zum erslen male im grund-
lexlesammt der huzvâreschüberselzung herausgegeben.
Nous ne parlons ici ni des écrits de M. Spiegel sur le perse
ancien (parmi lesquels son travail de premier ordre Die
allpersischen keilinschriflen im grund,texte mil übersetzung,
grammatik und glossar, Leipzig, 1862), ni de ses articles
dans la Revue orientale allemande (1), dans les deux Revues
de M. Kuhn (2), dans d’autres périodiques allemands (3),
dans la Revue de linguistique de Paris (4).
Nous ne saurions trop le répéter, l'œuvre entière de
M. Spiegel, cette véritable encyclopédie de la linguistique et
de la philologie zendes, repose sur l’œuvre fondamentale
(1) Zeitschrift der deutschen morgenlœndischen gesellschaft, Leipzig. Articles
assez étendus sur la tradition des Parses et leur eschatologie, sur le culte des
étoiles et la conception du monde chez les Parses, sur la rédaction et la com-
position de l’Avesta, sur le premier chapitre du Boundehèche, sur différents
passages de l’Avesta.
(2) Zeitschrift für vergleichende sprachforschunq, principalement tomes XIX
XX, XXIII. — Deitrœge zur vergleichenden sprachforschung. T. 1 : Arya, airya.
Zur altbaktrischen syntax. — T. II . Kurzer abriss der geschichte der erânischen
sprachen. — T. IV : Uebersicht der neuesten erscheinungen auf dem gebiete der
erânischen philologie. — T. V : Die lehre von der m'ijestœt im Avesta. —
T. VII : Burnou fs altbaktrische forschunqen und ihr verhœltniss zur tradition,
etc., etc.
(3) Heldelberger jahrbücher der literatur, années 1866,1867,1868, 1869,1872,
Jenaer literaturzeitung, 1878, n° 19.
(4) Tome III : De la place occupée par les langues éraniennes dans la famille
linguistique indo-germanique. T. IV : Thwâsha, dieu de Vespace céleste.


74
AUTEURS CONTEMPORAINS
d’Eugène Burnouf; M. Spiegel a poursuivi, avec la même
méthode et la même critique, l'entreprise que la mort pré-
maturée du savant français avait laissée inachevée.
Les travaux sur le zend, de M. Albrecht Weber, sont en
général des travaux d’ordre critique. On en trouvera un cer-
tain nombre reproduits à la fin du second volume des lndis-
che sireifen du savant indianiste (p. 420-493); ils ont été
écrits de 1849 à 1869. Voir également t. III, p. 257.
En mars 1849 et en février 1852, le révérend J. Murray
Mitchell communiquait à la Société asiatique de Bombay, sous
le titre de Recent investigations in zend literature, une sorte
de rapport sur plusieurs ouvrages importants concernant la
langue et les textes zends. On peut lire ce mémoire dans
le Journal of the Bombay branch of the roy. asiatic society,
t. IV, p. 216, Bombay 1853.
En 1850, la nouvelle collection des moralistes anciens, de
Lefèvre publie la Morale de Zoroastre extraite du Zend-
Avesta, traduction dîAnquetil-Duperron. Nous n’avons pas à
revenir sur la valeur de la version d’Anquetil; elle nécessite
un commentaire et des rectifications à chaque instant.
Quant à l’introduction même du livre, exposé du système
théologique et moral dn zoroastrime (p. ix-xlvii), elle est
assez bien faite et donne une juste idée de l’ensemble des
doctrines mazdéennes. L'auteur, malheureusement, regarde
(à la suite de tant d’autres) Ormuzd et Ahriman comme des
principes secondaires soumis au temps sans bornes, à l’é-
ternel.
En 1851, le savant danois Westergaard publiait son Bun-
dehesh liber pehlvicus e vetustissimo codice havniensi (Copen-
hague, 1851, in-4°, 82 pages). Peu de temps après, le même
auteur donnait son important ouvrage : Zendavesta or the
religions books of the Zoroastrians, vol. I (Copenhague, 1852-
1854). Le premier volume, contenant le texte zend, a seul
paru. L’auteur annonçait un dictionnaire et une grammaire
qui, malheureusement, n’ont pas vu le jour. Dans le tome


AUTEURS CONTEMPORAINS
75.
cinquième du Journal de la société asiatique de Bombay, nous
trouvons un article de Westergaard sur l'ancienne mythologie
éranienne : The ancient iranian mythology, p. 77-94 (1).
Cette notice était traduite du texte danois original (Oversigt
afdetkgl. danske vidensk. selsk. forhandlinger, novembre
1852), et il en parut une version allemande, due à M. Spie-
gel, dans le troisième volume des Indische studien, de
M. Weber, p. 402-440. L'auteur traite particulièrement de
l’histoire mythique de Yima, de Thraêtaona, de Kereçâçpa.
En 1850, dans le premier volume de ce même recueil de
M. Weber (p. 364-380), M. Schlottmann publia un mémoire
critique sur la traduction du dix-neuvième chapitre du
Vendidad par M. Spiegel : Beitrœge zur erlœuterung des von
Spiegel bearbeiteten anfangs des 19. fargard des Vendidad.
Christian Lassen, en 1852, faisait paraître, à Bonn, ses
Vendidadi capita quinque priora.
La même année paraissait, à Berlin, le premier volume
de la Geschichte des alterthums, de Max Duncker. Le tome
second, qui est de 1853, contient un chapitre intitulé : Die
Baktrer, Meder und Perser, p. 290 ss. (p. 297 du tome
deuxième de la deuxième édition). C’est un intéressant travail
de seconde main, et dont le succès n’a rien de surprenant.
Le second volume de la quatrième édition a paru en 1875.
M. Benfey a fait paraître depuis 1850, dans le journal
scientifique de GÅ“ttingen (GÅ“ttingische gelehrte anzeigen), un
certain nombre de bibliographies sur les travaux les plus
importants auxquels ont donné lieu la grammaire et l'inter-
prétation de l'Avesta. Toutes ces critiques sont à consulter.
Plusieurs d’entre elles ont été tirées à part sous le titre de
Beitrœge zur erklœrung des zend (Gôttingen, 2 vol. in-12,
1850-Ï853).
(I) Dans le même volume de ce recueil, M. Romer a publié un travail
intitulé Brief notices of persian, and of lhe tanguage called &end. Consultez à
ce sujet, et dans le même volume da cette Revue, l’article de M. Spiegel : On
the Avesla, and the %end andpahlavi languages, p. 492 ss.


76
AUTEURS CONTEMPORAINS
En 1868, parut dans les Nachrichlen von der kœnigl.
gescllschafl der wissenschaften (Gœttingen) son mémoire
mythologique TPITQNIA AQANA femininum des zendisehen
masculimim Thraèlâna âthwyâna. Nous en parlerons plus
loin, en temps opportun. M. Benfey a publié en 1878, à
Gœttingen, un mémoire intitulé : Altpersich mazdâh = zen-
disch mazdâonh = sanskritisch mèdhas. Eine grammatisch
— etymolog. abhandlung. In-4°.
En 1853, nous trouvons au tome septième de la Revue de
la société orientale allemande le premier article des Zendstu-
dien de Haug : Ueberselzung und erklœrung von Jaçna, c.
44, p. 314 ss. ; au tome neuvième, en 1855, le second arti-
cle : Die lehre Zoroasters nach den alten liedern des Zenda-
westa, p. 683 et ss. ; et le troisième : Die namen Avesta,
Zend und Pâzend in ihrer lilterarischen und religionsge-
schichtlichen bedeulung.
L’année 1854 nous amène au travail de Haug sur l’édition
du Boundehèche de Weslergaard, dont nous avons parlé
ci-dessus. Cet écrit parut dans le Journal scientifique de
Gœttingen (1). C’était un examen de l’édition du Boundehèche
par Westergaard. Haug expose ici quelques-unes de ses idées
sur la langue huzvârèche, idées que nous sommes loin
d’adopter, au moins dans leur ensemble. A ses yeux, par
exemple, le pehlvi a un fond sémitique, et les éléments éra-
niens qu’on y rencontre sont autant d’éléments empruntés.
Voici d'ailleurs ses propres paroles : « Der ursprüngliche
bestandtheil ist ein semitischer dialekt ; diesem mischten sich
allmælig persische wœrter bei, aber der grammatische bau
behielt immer noch ein vorwiegend semitisches gepræge »
(Op. cil., p. 1051). Nous pensons au contraire que le huzvâ-
rèche est une langue foncièrement éranienne, foncièrement
indo-européenne, et que les éléments empruntés que l’on y
(1) Gœltingische gelehrte anzeigen. 1854. p. 1001-1046. Il parut également à
part sous le titre de : Ueber die pehlivi-sprache und den Hundehesch.


AUTEURS CONTEMPORAINS
77
rencontre sont précisément les éléments sémitiques. Le
huzvârèche n'est pas plus sémitique que l’anglais moderne
n’est latin, malgré ses nombreux emprunts à la langue
française.
En 1857, Ilaug publiait, dans la Revue de la société orien-
tale allemande (t. XI, p. 526 ss.), son Erklœrung des ersten
kapilels des Vendîdâd-, puis en 1858 et 1860 son ouvrage
capital : Die fünf Gâthâ’s, oder sammlungen von liedern und
sprüchen Zarathuslra's* seiner jünger und nachfolger. Nous
aurons à parler plus loin des cinq Gâlhâs ou cantiques que
renferme la seconde partie du Yaçna, et nous ne dissimule-
rons point notre opinion, qu’aucune des traductions qui en
ont été proposées n’est satisfaisante. La méthode toute per-
sonnelle de Haug pouvait, moins que toute autre, arriver ici
à un résultat scientifique. Le fond même de cette méthode
reposait sur l’étymologie, puis (comme il le dit lui-même) sur
la comparaison avec les Védas : « Konnte die aus der verglei-
chung der parallelstellen erschlossene bedeutung durch eine
regelrechte étymologie begründet werden, so schien mir das
résultat schon weit sicherer, aber doch nicht immer sicher
genug, um mich dabei beruhigen zu kœnnen. Ich suchte
weitere hilfe in den liedern des Rigweda, die ebenso ait wie
die Gâthâ’s und in einer nur dialektisch verschiedenen spra-
che abgefasst sind » (p. ix de la Préface). C’est là exclure tous
les secours de la tradition, et nous pensons avec Burnouf,
avec M. Spiegel, que la tradition (avant tout la tradition an-
cienne) est la première donnée dont il faille tenir compte dans
toute tentative d’interprétation. Nous nous sommes expliqué
plus haut sur ce sujet, et nous n’avons pas à y revenir en ce
moment. Signalons seulement les numéros 50, 51, 52 des
Gelehrte anzeigen de l’Académie de Munich pour l’année
1858, où M. Spiegel a examiné la version des Gâthâs de Haug
et a clairement montré ce qui avait amené cet auteur à né-
gligea la tradition ancienne.
Haug, en 1861, fit paraître à Pouna, dans l’Inde, où il en-


78
AUTEURS CONTEMPORAINS
seignait le sanskrit, une Lecture on the origin of lhe parsee
religion, opuscule de dix-huit pages, rédigé pour le public
et destiné à propager le goût des études zoroastriennes.
L’année suivante paraissaient à Bombay ses Essays on the
sacred language, writings and religion of the Parsees, livre
très-complexe dans lequel nous trouvons en premier lieu un
aperçu historique (p. 1-41) sur les relations des Grecs, des
Romains, des Arméniens et des Mahométans, concernant la
religion des anciens Éraniens ; un exposé (parfois bien écoûrté)
des recherches dues aux auteurs européens; une esquisse
de grammaire zende (p. 42-119) ; enfin une série d’études
diverses sur la composition de FAvesta, le Yaçna, les Gâthâs,
certains Yests, quelques fragments du Vendidad, les rapports
du zoroastrisme et du brahmanisme, etc. Une seconde édition
de cet ouvrage a paru à Londres en 1878 (1), revue par
M. West, et profondément remaniée. M. West a ajouté au
volume de Haug de nombreux renseignements sur la litté-
rature éranienne du moyen âge.
Dans le tome dix-neuvième de la Revue de la société orien-
tale allemande, nous prouvons un article de Haug : Ueber die
unzuverlœssigkeit der pehlwiübersetzung des Zendavesta,
p. 578 à 593.
En 1867, Haug écrivit une préface et une introduction
pour la publication, déjà citée ci-dessus, du destour IIos-
hengji Jamaspji : An old zand-palilavi glossary. 11 y reporte,
avons-nous dit, l’origine de la langue huzvârèche à une
époque beaucoup plus ancienne que .celle que l’on adopte
communément.
En décembre 1868, Haug communiqua à l’Académie de
Munich son mémoire sur un des chapitres les plus impor-
tants du Vendidad : Ueber das XVIII. kapitel des Wendi-
dâd (2). C’était le spécimen d’une traduction complète de
(1; The Athenœum, n° du 24 août 4878. Revue critique, n° du 16 août 1879.
(2) Classe d'histoire et de philologie, 1868, II, 4, p. 509-560.


AUTEURS CONTEMPORAINS
79
l’Avesta, dont il promettait la publication et que sa mort a
malheureusement empêchée. Nous aurons à reparler de ce
fragment de version. Nous verrons comment Haug avait
définitivement renié son ancienne méthode et avait pris pour
point de départ de son interprétation nouvelle la tradition
des Parsis contemporains. Ce nouveau système éclate presque
à chaque page du pamphlet Ueber den gegenwœrtigen stand
der zendphilologie, qui parut la même année et dont nous
avons déjà eu l’occasion de parler.
En 1855, M. Thonnelier entreprit sa magnifique repro-
duction autographique de la version ancienne de l’Avesta :
Vendidad sadê traduit en langue huzvareseh ou pehlewie.
Texte autographié d'après les manuscrits zend-pehlewù de la
Bibliothèque impériale de Paris. Cette œuvre de luxe, et
surtout de grande patience, n’est pas encore achevée.
Nous avons à mentionner ici les travaux importants de
Windischmann. Avant l’année à laquelle nous en sommes
arrivés, Windischmann avait déjà écrit sur le mazdéisme.
Ainsi, dès 1844, dans son discours sur le progrès de la
science du langage (1), il parlait d’une façon très-compétente
de la langue zende. Plus tard, il publiait dans les Mémoires
de rAcadémie bavaroise, son étude Ueber den Somacultus der
Arier (t. IV, p. 125) ; en 1852, dans son article Ursagen der
arischen vœlker (ibid., t. VII), il touchait par certains points
la mythologie éranienne. Dans le même recueil il fit paraître,
en 1856, son mémoire sur Anâhita (2), morceau de première
importance dont nous parlerons plus loin, en temps op-
portun.
En 1857 paraît à Leipzig son Mithra (3), traduction d’un
Yest spécial de l’Avesta, accompagné du relevé critique des
(1) Der fortschritt der sprachkunde und ihre gegenwœrtige aufgabe, Munich,
1844.
(2) Die persische Anâhita oder Anàitis. Ein beitrag %ur mythengeschichte des
orients, Munich, 1856.
(3) De même que l’étude sur* Anâhita, cet ouvrage porte comme sous-titre :
Ein beitrag zur mythengeschichte des orients.


80
AUTEURS CONTEMPORAINS
passages des auteurs anciens où il est parlé de cette divinité.
Enfin, en 1863, après la mort de Windischmann, M. Spiegel
publie, sous le titre de Zoroastriche sludien, abhandlungen
zur mythologie und sagengeschichle des allen Iran, un recueil
de douze pièces différentes, laissées plus ou moins achevées
par celui qui avait rendu déjà tant de services aux études
éraniennes et à qui cet ouvrage posthume allait créer de
nouveaux titres. Outre plusieurs morceaux tout à fait mytho-
logiques, on trouve dans ce volume une géographie du Boun-
dehèche, une version du même livre, deux articles sur le
nom et le lieu de naissance de Zoroaslre, une notice impor-
tante sur les passages des auteurs anciens où il est traité de
Zoroastre. Windischmann était un homme d’église, et on a
pu lui reprocher avec justice d’avoir laissé percer çà et là
ses croyances personnelles (1) ; mais ces passages regrettables
sont extrêmement rares dans son livre, et ils n’influent en
rien, d’ailleurs, sur la conception que l’auteur se faisait du
système mazdéen et sur l’exposé qu’il en a donné. Le nom
de Windischmann reviendra plus d’une fois sous notre plume.
En 1856, dans le cinquième volume du Journal de la so-
ciété orientale américaine, M. Whitney publiait un article
intitulé The Avesta, qui parut depuis, en 1873, dans le
tome premier, des Oriental and linguistic studies de l’auteur
(New-York, p. 149-197). C’est un mémoire de vulgarisation.
M. Whitney traite de l’exode des Parses, expose l’historique
de la découverte des livres zends et les décrit rapidement,
parle des principaux travaux des auteurs contemporains, et
donne, enfin, une idée générale du parsisme.
La Revue de la société orientale allemande contient dans
son treizième volume (année 1859) un long article de
M. Pott sur les noms propres perses : Ueber altpersiche
eigennamen (p. 359-444) ; on trouve dans ce mémoire la
foule d’observations et de renseignements de toute espèce
(1) Voyez Weber, Indische streîfen, t. II, p. 473.


AUTEURS CONTEMPORAINS 81
dont tous les travaux de M. Pott sont si abondamment fournis.
Avant que Westergaard n’eût imprimé en vers, dans
son édition de l’Avesta, une partie du Yaçna, Westphal
avait déjà reconnu qu’un certain nombre des morceaux de
ce livre étaient, en effet, des pièces rhythmées. Il revint,
en 1860, sur cet intéressant sujet dans son article Zur
vergleichenden metrik der indogermanischen vœlker (Zeitschrift
de M. Kuhn, t. IX, p. 437 ss., particulièrement p. 444 ss.).
Personne n’avait encore recherché en quoi consistait la mé-
trique de l’Avesta. Westphal arriva à ce résultat que la
métrique zende était intimement liée à la métrique védique,
en dépit de quelques dissemblances d’ordre secondaire.
L’excellent manuel de Schleicher sur la grammaire com-
parée des langues indo-européennes, dont la première édi-
tion parut en 1861 (I), donna très-certainement une impul-
sion nouvelle aux études sur la langue zende. On connut
alors d'une façon parfaitement claire les procédés qu’avait
employés l’ancienne langue mère indo-européenne pour se
transformer ici en zend ou vieux baktrien (pour nous servir
du nom que Schleicher avait adopté après d’autres auteurs),
tandis que là elle se transformait en hindou (sanskrit et
prakrit), ailleurs en grec, en lithuanien, etc., etc. La partie
zende du manuel de Schleicher était d’abord assez peu dé-
veloppée; dans la quatrième édition, elle est tout à fait au
courant des travaux particuliers les plus récemment publiés.
Ce Compendium est, pour l’étude générale du zend, le livre
le plus méthodique qui existe, comme il l’est, d’autre part,
en ce qui concerne les autres langues indo-européennes.
Ebel publiait, à l’époque à laquelle nous sommes arrivés,
dans le tome troisième des Beitrœge zur vergleichenden
sprachforschung (Berlin, 1861, p. 38 ss.), sous le titre de
Altbactrisches, une étude méthodique sur quelques points de
la phonologie zende.
(1) Vergleichende grammatik der indogermanischen sprachen. La quatrième
édition (posthume) est de 1876.
6


82
AUTEURS CONTEMPORAINS
•Les publications de M. Kossowicz, professeur à l’Univer-
sité de Pétersbourg, ont largement contribué, elles aussi, à
répandre le goût des études mazdéennes. C’est d’abord; en
1861, l’édition de quatre fragments de l’Avesta : Heïbipc
CTaTbH H3b Seii^aBecTbi, puis, en 1865, les Decern Senda-
vestæ excerpla, contenant, avec le texte zend, une version
latine accompagnée de notes; enfin (sans parler du magni-
fique volume sur les Inscriptions perses des rois achéménides,
Pétersbourg, 1872), la publication du texte et d’une version
latine des cinq cantiques, si difficiles à interpréter, qui se
trouvent dans la seconde partie du Yaçna : Gâtca ahunavaiti
sarat'ustrica carmina septem... Pétersbourg, 1867; Gtiïa
ustavaiti... 1869; Saralcustricœ Gâlcœ posteriores très... \%1\.
Les travaux de M. Kossowicz sur les Gâthâs nous occuperont
au moment où nous aurons à parler plus particulièrement
de ces anciens morceaux, et lorsque nous traiterons de l’im-
portante question du dualisme dans la région mazdéenne.
M. Oppert, en dehors de ses grands travaux d’assyriologie
et de quelques écrits moins importants sur l’ancien perse,
a lait paraître en 1862, à Paris, un commentaire ingénieux
sur l’une des principales et à la fois des plus obscures
prières de l’Avesta : L’Honover, le verbe créateur de Zoroastre.
Nous comparerons plus loin la version de M. Oppert avec
celles qu’ont donnée du même texte plusieurs autres éra-
nisants.
La même année, M. Michel Bréal publiait, dans le
Journal asiatique de Paris ses Fragments de critique zende,
deux morceaux dont le plus important traite De la géogra-
phie de l’Avesta.
Les études zendes de M. Fr. Müller, professeur à l’Uni-
versité de Vienne, sont purement grammaticales. Elles
ont paru pour la plupart dans les Bulletins (Sitzungsbe-
richté) de l’Académie, sous le titre de Zendstudien
(1863-1877). M. Fr. Müller a enrichi ce même recueil
d’une foule de mémoires sur les autres langues éraniennes,


AUTEURS CONTEMPORAINS
83
notamment le persan, l’ossète, l’arménien, et il a promis,
depuis longtemps déjà, une grammaire comparée des
idiomes de cette famille, œuvre considérable, dont le succès
ne peut qu’être assuré.
M. Lepsius communiqua à l’Académie de Berlin, en
mars et en juillet 1862, son important mémoire intitulé
Bas urspriingliche zendalphabet. Cet écrit constitue une
œuvre capitale, non seulement pour ce qui touche à la
paléographie du zend, mais encore pour ce qui concerne
la phonétique. M. Spiegel a examiné de près le travail
de M. Lepsius dans les Beitrœge zur vergleichende
sprachforschung, t. IV, p. 294 ss.
En 1864, M. Tiele fit paraître à Harlem son livre : De
Godsdienst van Zarathustra van haar ontstaan in Baktrië
tôt den val van het oud-perzisclie rijkt un bon écrit de
vulgarisation. Consultez Justi, GÅ“tlingische gelehrte anzeigen,
1866, p. 1440.
Nous voici en présence d’un livre publié en 1864, qui
a fait faire aux études zendes un progrès considérable et
qui a singulièrement contribué à les faciliter. C’est le
manuel de M. Justi : Handbuch der zendsprache. Altbaktris-
ches wœrterbuch. Grammatik. Chrestomathie, Leipzig,
1864. La première et la plus importante partie de ce bel
ouvrage (p. i-335) est un dictionnaire zend-allemand.
L’auteur, s’aidant principalement des travaux de Burnouf,
de Windischmann, de M. Spiegel, parfaitement au cou-
rant, d’ailleurs, de tout ce qui avait été écrit jusqu’à lui
sur la langue et les textes zends, l’auteur a classé alpha-
bétiquement tous les mots zends connus, a cité tous les
passages de l’Avesta où on les rencontrait et toutes les
formes sous lesquelles ils se présentaient dans ces diffé-
rents passages, formes déclinées, formes conjuguées,
formes invariables. C’est un répertoire complet. Depuis
l’année où le manuel de M. Justi a été publié, l’étude
de la grammaire zende et des textes de l’Avesta a fait


84
AUTEURS CONTEMPORAINS
sans doute des progrès très-sensibles, et une nouvelle
édition de ce dictionnaire différerait en plus d’un point
de l'édition primitive ; mais ce manuel, sous sa forme
actuelle, rend chaque jour encore des services considé-
rables. La petite grammaire qui l’accompagne (p. 357
à 402) n’est guère autre chose qu’une table analytique,
classée méthodiquement; mais Futilité de ce minutieux
relevé est incontestable. M. Justi a publié, depuis son
manuel, plusieurs écrits concernant les langues et les lit-
tératures éraniennes. Son édition du Boundehèche est
une œuvre capitale (1); en dehors du mérite particulier
de la version (p. i-47) et de la grande valeur critique
du dictionnaire qui l’accompagne (p. 51-288), nous devons
reconnaître également l’importance de la préface (p. vii-
xxxu), dans laquelle Fauteur traite de l’époque à laquelle
fut composé le livre cosmogonique du Boundehèche, de
son authenticité, des manuscrits que Fon en possède,
des travaux antérieurs à sa propre publication, du meil-
leur système de transcription à appliquer à l’écriture huz-
vàrèche, si obscure et si peu pratique.
C’est en cette même année 1868 que M. Justi fit paraître
sa verte réponse au pamphlet de Ilaug, dont nous avons
parlé un peu plus haut (2). Cette réponse est sans doute d’une
grande vivacité, mais les attaques inqualifiables de Haug
l’avaient largement provoquée. Après avoir exposé les côtés
fâcheux du caractère de ce dernier et les erreurs générales
de son système d’interprétation, M. Justi cherche à établir par
un choix d’exemples (souvent très-décisifs, il faut le recon-
naître), les erreurs de Haug en fait d’interprétation de la tra-
duction sanskrite de Nériosengh et de la version huzvârèche;
(1) Der Dundehesh. Zum ersten male herausgegeben, transcrîbirt, überselzt
und mit glossar versehen, Leipzig, 1868. Le texte est d’abord donné en ca-
ractères pehlvis, puis transcrit en caractères persans. D’autres auteurs
transcrivent, de préférence, en caractères hébraïques.
(2) Abfertigung des dr Martin Haug, Leipzig, 1868. Avec le moto suivant :
Contra impudentem stulta est nimia ingenuitas.


AUTEURS CONTEMPORAINS
85
ses erreurs, en fait de sanskrit, de grammaire comparée et
de critique des textes; ses fautes contre les différentes parties
de la grammaire zende. La critique de M. Justi n’est certai-
nement pas infaillible, mais elle a pour elle cet avantage
énorme d’être fondée sur une saine et rigoureuse méthode, la
méthode grammaticale et exégétique d’Eugène Burnouf.
M. Justi a publié, d’autre part, des articles bibliogra-
phiques dans différentes Revues allemandes : dans le Litera-
risches centralblalt (1863 ss.), dans les GÅ“tUngische gelehrle
anzeigen (1863 ss.), dans la Revue de la société orientale alle-
mande (t. XXII).
II faut signaler en outre le volume excellent sur l'histoire
perse : Geschichte des allen Persiens (Berlin, 1879), où l'on
peut trouver un tableau très-fidèle des institutions et des
mœurs des anciens Éraniens.
Le mémoire très-intéressant de M. Rapp- : Die religion
der Perser und übrigen Iranier nach den griechischen und
rœmischen quellen, a paru dans les tomes XIX (p. 1 à 89) et
XX (p. 49 à 140) de la Revue de la société orientale allemande.
M. Ascoli, de Milan, qui a rendu des services signalés dans
l’étude de presque toutes les branches de la linguistique indo-
européenne, a consacré plusieurs articles aux études zendes.
Dans le tome X des Memorie del reale Istitulo lombardo (tome
premier de la troisième série), nous trouvons le premier
article de ses Sludj irani, lu en décembre 1865 : Sfaldature
dcir antica aspirata, Au tome V des Reitrœge zur verglei-
chenden sprachforschung, p. 210 (Berlin, 1866), est inséré
l’excellent article du même auteur sur l’origine du nom de
Zoroastre ; nous aurons à reparler de ce dernier mémoire.
Dans la dissertation Intorno a un gruppo di dezinenze indo-
europee (Milan, 1868), M. Ascoli étudie les noms de nombres
éraniens et diverses formes linguistiques de la même famille,
et dans sa Fonologia comparata indo-italo-greca (Turin, 1870),
il cherche, à reconstruire les formes indo-éraniennes.
Nous avons déjà parlé du dictionnaire zend-pehlvi, publié


86
AUTEURS CONTEMPORAINS
par le destour Hoshengji Jamaspji, avec une introduction de
Haug (1). Nous nous contentons de renvoyer le lecteur à ce
que nous en avons dit précédemment. Il y a lieu aussi de tenir
compte du jugement qu’a porté M. Justi sur cet ouvrage,
dans son édition du Boundehèche, p. xxvn.
L’écrit de M. Kern, Over het woord Zarathuslra en den
mythischen persoon van dien naam, publié à Amsterdam
en 1867, a pour but de reléguer Zoroastre dans le domaine
purement fabuleux ; nous reviendrons sur cette question de
la personnalité du prophète mazdéen.
En 1867, on a publié, après la mort de l’auteur, les
Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra en
Orient et en Occident, de Lajard. L’auteur avait fail paraître
en 4847 son atlas intitulé : Introduction à l'étude du culte
public et des mystères de Mithra (un volume in-folio), et pré-
cédemment plusieurs articles dans les Mémoires de VAcadé-
mie des inscriptions et belles-lettres (1840-1847). Lajard a
fourni, sans doute, d’utiles renseignements ; mais ses écrits,
pris dans leur ensemble, ne paraissent pas s’appuyer sur une
base parfaitement méthodique et scientifique. Lajard a vécu
trente ans trop tôt.
Dans son écrit intitulé Beitræge zur baktrischen lexicogra-
phie (Leipzig, 1868), M. Paul de Lagarde étudie un assez
grand nombre de mots zends, avec les secours que peut ap-
porter dans cet examen la langue arménienne. Ce procédé a
sans doute son bon côté, et l’arménien peut apporter une
aide légitime et efficace à l’interprétation du zend, comme
peuvent le faire toutes les autres langues éraniennes ; mais
cette comparaison purement linguistique ne doit point
prendre le pas, d’une façon constante et absolue, sur l’aide
capitale delà tradition ancienne. Les recherches de M. Paul
de Lagarde sont pleines d’intérêt, mais il ne faudrait pas
donner à leurs résultats une valeur exagérée. H y a ici, avant
(1) An old zand-pahlavi glossary, Bombay, 1867.


AUTEURS CONTEMPORAINS
87
tout, une question de méthode à ne point perdre de vue (1).
L’auteur du présent écrit a publié en 1868 une Gram-
maire de la langue zende, où il étudie particulièrement, cet
idiome dans l’ensemble de la famille linguistique indo-euro-
péenne (2). Il a fait paraître dans la Revue de linguistique et
de philologie comparée des Questions de grammaire zende
(t III, p. *156 ; t. V, p. 74 et 291), et différents mémoires
sur la morale de l'Avesta (1874), sur le dix-huitième cha-
pitre du Vendidad, sur un passage d'Hérodote concernant
certaines institutions perses (1875), sur le chien dans VAvesta
(1876), sur les deux principes dans l'Avesta (3).
M. Girard de Rialle a donné à la même Revue plusieurs
articles de mythologie : Agni petit-fils des eaux dans le Véda
et VAvesta (1869J, les dieux du vent Vâyu et Vâta dans le
Rig-Véda et dans VAvesta (1874), de la science augurale dans
le Véda et dans VAvesta (1875). Le même auteur a publié
en 1870 un discours d’ouverture intitulé : Les études védiques
et éraniennes dans Vhistoire.
En 1868, M. Fick publiait à Gœttingen son Wœrterbuch
der indogermanischen grundspraehe, réédité plus tard, avec
des additions considérables, sous le titre de Vergleichendes
wœrterbuch der indogermanischen spraclien. Nous trouvons
dans cet ouvrage une partie assez importante consacrée au
lexique de la langue soi-disant commune indo-éranienne, c’est-
à-dire de cette forme secondaire du parler indo-européen,
qui, par la suite des temps, aurait donné naissance, d’un côté
aux langues hindoues, de l’autre aux langues éraniennes.
(1) Le même auteur avait fait paraître en 1851, sous son premier nom de
Paul Bœtticher, son ouvrage Arica, réimprimé après un nouveau travail,
en 1866, avec le titre de Gesammelte abhandlungen. Dans ce volume, ce qui
nous intéresse particulièrement, c’est le mémoire intitulé Die persischen
glossen der alten, p. 147-242 ; puis l’article Einige bemerkungen über érdnis-
che sprachen ausserhalb Erûn’s, p 243-295.
(2) Consultez Spiegel, Heidelberger jahrbücher, 4869, p. 273; Justi, Gœttin-
gische gelehrte anzeigen, 1869, p. 441; une deuxième édition a paru en 1878.
(3) Du même auteur, différents articles sur l’Avesta, sur les inscriptions
cunéiformes de la Perse, dans les Éludes de linguistique et d'ethnographie, en
collaboration avec M. Julien Vinson; Paris, 1878.


88
AUTEURS CONTEMPORAINS
Quoi que l’on puisse penser de ces sortes de langues inter-
médiaires, de ces groupes secondaires, le tableau des formes
lexiques équivalentes en zend et en sanskrit est toujours
d’un grand intérêt.
Nous avons dit plus haut, en parlant des différents modes
d’interprétation de l’Avesta, quel était le caractère particulier
des travaux de M. Roth. Le savant indianiste veut expliquer
le zend par le sanskrit, l’Avesta par les Védas. Nous n’avons
pas à revenir sur ce procédé d’interprétation ; signalons seu-
lement ses Beitrœge zur erklœrung des Avesta. Ils ont paru
dans le tome XXV de la Revue de la société orientale alle-
mande, p. 1 et 215. En 1871, M. Roth a inséré d’ailleurs
dans le même recueil, d’autres articles qui, pour être moins
importants, demandent cependant à ne pas être passés sous
silence. Au tome II : Die sage von Feridun in Indien und
Iran, p. 216 ss.; au tome VI, en 1852 : Die hœchsten gœtter
der arischen vælker, p. 67 ss., et Etgmologisches zum Avesta,
p. 243 ss. Signalons également son mémoire sur le trente-
unième chapitre du Yaçna : Ueber Yaçna 31; Tübingen, 1877.
La même année, les Bulletins de VAcadémie de Vienne
publient les Resultate der silbenzœhlung aus den vier ersten
Gâlhâs, de M. Aurel. Mayr (t. LXVIII, p. 751 ss.). L’auteur
cherche dans cet écrit à restituer dans sa pureté primitive le
texte des Gâthâs, au moyen des indications que peut fournir la
métrique.
Nous trouvons dans le même volume du même recueil les
N eue beitrœge zur kenntnis der zoroastrischen litteratur, de
M. Sachau (p. 805 ss.). Un peu plus loin, lorsque nous aurons
à parler de l'origine des mots zend, avesta, pazend et de
quelques autres termes, nous reviendrons sur l'écrit de
M. Sachau.
Citons encore les articles du même auteur qui ont paru dans
la Revue de la société orientale de Leipzig : Zur erklœrung des
Vendidad I, t. XXVII, p. 147 ; Conjectur zu Vendidad I, 34,
t. XXVIII, p. 448,


AUTEURS CONTEMPORAINS
89
M. Hübschmann a fait paraître à Munich, en 1872, sous
le titre de Ein zoroaslrisches lied mil rüchsicht auf die tra-
dition, une version et un commentaire du trentième chapitre
du Yaçna. L’auteur, dans ses premières pages, donne un
exposé succinct de l’enseignement des Gàthâs et traite de la
question importante du dualisme. Plus loin nous rapporterons
l’opinion de M. Hübschmann. Le sous-titre de son écrit ne
doit pas, d ailleurs, donner le change sur la méthode qu’il
emploie. M. Hübschmann n’est point partisan, comme l’est
M. Spiegel, de la tradition ancienne, c’est-à-dire qu’il n’ac-
corde qu’une valeur toute secondaire à la version huzvârèche
de l’Avesta. Il proclame tout au contraire l’excellence de la
méthode de Ilaug. Mais, tandis que ce dernier n’avait pas à
sa disposition la version dont il s’agit lorsqu’il traduisit les
Gàthâs, M. Hübschmann ne la perd point de vue, tout en
étant disposé à la sacrifier à l’interprétation étymologique.
Ajoutons d’ailleurs que la traduction de M. Hübschmann est
loin de suivre pas à pas celle de Haug ; il y a le plus souvent
entre les deux des différences considérables. Nous dirons
plus tard quel est le motif qui nous pousse à n’accepter
entièrement aucune des versions qui ont été données jus-
qu’ici de tout ou partie des Gâthàs. L’écrit de M. Hübschmann
a été étudié de très-près, particulièrement au point de vue
de la méthode, par M. Spiegel, dans un recueil critique (1).
Le même auteur a donné aux Bulletins de V Académie de
Munich ses intéressantes Avestastudien (2), où il déclare
d’une façon formelle qu’entre les auteurs qui expliquent
l’Avesta en se fondant avant tout sur la tradition, et ceux qui
cherchent à l’interpréter par lui-même et à l’aide du sans-
krit, il y a un milieu à prendre : la tradition, dans son
ensemble, possède, dit-il, une valeur réelle; il faut la pren-
dre pour point de départ, mais la rectifier par l’Avesta lui-
(1) Heidelb erg er jahr bûcher der literatur 1872, nos 27 et 28.
(2) Sitzungsberichte der philosophischen und historischen classe, 1872, fasc. 5,
p. 639 ss.


90
AUTEURS CONTEMPORAINS
même, puis par la comparaison lexique et grammaticale avec
le sanskrit (1). Partant de ce point que la valeur de la tradi-
tion est un fait acquis, il recherche quelle peut être exacte-
ment celte valeur, et reconnaît qu’elle est grande lorsqu’il
s’agit de l’interprétation du Vendidad, qu’elle est satisfaisante
pour le Yaçna, mais qu’en ce qui concerne les Gâthâs elle ne
fournit que de pauvres ressources.
En 1873, M. Hüsbschmann donne aux Beitrœge de
M. Kuhn un article intitulé Etymologisches und gramma-
tisclies aus dem Avesta, t. VIII, p. 462 ss.
Dans la Revue de la société orientale allemande, nous
trouvons du même auteur plusieurs articles intitulés Bei-
trœge zur erklœrung des Avesta, t. XXVI, p. 453-462
(1872): t. XXVIII, p. 77-87 (1874). Dans la Revue de
M. Kuhn un mémoire important sur la valeur phonique de
l’alphabet zend, t. XXIV, p. 323; Berlin, 1878.
L’écrit de M. Jolly sur le conjonctif et l’optatif en zend
et en perse date de 1872. Ein kapitel vergleichender syntax.
Der conjunctiv und optativ und die nebensœtze im zend und
alpersischen in vergleich mit dem sanskrit und griechi-
schen, Munich. Le même auteur a donné au septième volume
des Beitrœge de M. Kuhn (Berlin, 1873, p. 416 ss.) une
étude sur l’infinitif dans P Avesta.
Dans le volume de 1874 de la Revue Ausland, nous
trouvons une courte dissertation de M. Jolly : Kann man
die religion Zoroasters dualistischnennen? (p. 621 ss.).
En 1873, M. Orterer a publié à Munich une dissertation
inaugurale sur certains points de la syntaxe zende : Bei-
trœge zur vergleichenden casuslehre des zend und sanskrit.
M. H. Tœrpel a écrit sur la métrique de la partie rythmée
(1) « Die wahrheit wird in der mitte der gegensætze liegen, und die méthode
wird die richtige sein, die der tradition einen im ganzen nicht geringen werth
beilegt, und wenn sic von ihr bei der erklærung des Avesta ausgebt, vor
allem das Avesta selbst und dann besonders das lexicalisch und grammatiscb
so wichtige sanskrit als hauptcorrective der tradition benutzt. »


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de l’Avesta, et a annoncé à la fin de son opuscule (une dis-
sertation inaugurale) la suite de ce travail : De metricis
parlibus Zendavestœ, Halle, 1874.
Nous avons à signaler, dans les Mémoires de la société
de linguistique de Paris, les Notes sur quelques expressions
zendes (t. II, p. 300), et les Notes sur VAvesta (t. III,
p. 52), do M. James Darmesteter (1874, 1875). Ces travaux
lexicographiques ou exégétiques se recommandent par leur
saine méthode. Il faut en dire autant de récrit plus impor-
tant du même auteur, intitulé : Haurvatât et Ameretât,
essai sur la mythologie de l’Avesta, Paris, 1875. L’auteur a
fait paraître en 1877 une monographie détaillée sur Ormuzd
et Ahriman, dans laquelle il étudie particulièrement les
origines de ces deux divinités. La littérature védique et la
littérature éranienne du moyen âge lui ont fourni une
ample moisson de renseignements (1).
Un programme de M. A. Ludwig, daté de 1875 et intitulé:
Ahura, Mithra, Varuna, ne nous est connu que par son
titre seul.
Le livre de M. Francisco Garcia Ayuso, Los pueblos ira-
nios y Zoroastro (Madrid, 1874), est un ouvrage de vulgari-
sation, qui, sans doute, a son mérite, mais dans lequel fau-
teur a malencontreusement introduit ses propres préoccupa-
tions théologiques.
Ces fâcheuses préoccupations sont aussi sensibles, plus
encore, peut-être, dans l’Introduction de la version de
l’Avesta de M. de Harlez (2). L’auteur va jusqu'à dire que
Zoroastre était « privé des lumières de la révélation. » De
celle du dieu des Juifs, sans doute, mais non point de celle
d’Ahura mazdâ ! Le mazdéisme, aux yeux de toute personne
désintéressée, est précisément le type de la religion révélée.
(4) Voir le compte rendu de M. Spiegel : Jenaer literaturzeitung ; 1878,
n° 19.
(2) Avesta. Livre sacré des sectateurs de Zoroastre, traduit du texte, Liège
(t. 1,1875; t. II, 1876; t. III. 1877).


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Nous traiterons plus loin de ce sujet. Quoi qu’il en soit, abs-
traction faite de cette fâcheuse introduction, le livre de M. de
Harlezest une Å“uvre scientifique. On peut dire, sans doute,
que cette nouvelle version est parfois un peu large, un peu
lâche; qu’elle prête parfois au texte obscur un sens dont
l’exactitude n’est pas évidente ; mais il est incontestable
qu’elle a une valeur réelle et que, fondée sur la traduction
de M. Spiegel, elle lui a apporté plus d’une rectification heu-
reuse (l). Le même auteur a publié des Éludes avestiques
dans le Journal asiatique de 1876 et 1877. Dans ce même
recueil, en 1878 et 1879, M. de Harlez a fait paraître des
articles sur les Origines du zoroastrisme. L’auteur combat
les idées émises par M. Darmesteter sur l’Asa avestique. Ce
n’est point, dit-il, « une vertu de pure forme, une exacti-
tude liturgique, un engin de sacrifice; c’est une morale
ayant Dieu et l’homme pour objet... L’A sainteté, la justice, l’observance de la loi mazdéenne dans
toutes ses parties. L’Asavan est le fidèle, le juste^ le saint,
l’observateur fidèle de la loi. » Plus loin il essaie de démon-
trer qu’Ormuzd n’est'« ni le dieu ciel, ni l’époux des eaux
célestes », plus loin que les Amesas çpentas « ne sont ni les
égaux d’Ahura, ni les représentants des Âdilyas. » M. de
Harlez, dans un autre article, cherche à établir que «l’Avesta
provient d’une combinaison entre le naturalisme polythéis-
tique amoindri, primitif ou renouvelé, le dualisme, et un
monothéisme imparfait », et que * dans le double monde des
esprits bons et mauvais des légendes mazdéennes, on doit
discerner des catégories variant de nature d’après leur ori-
gine. » Le même auteur a publié en 1878 un Manuel de la
langue de l’Avesta (2).
(1) Consultez les comptes rendus de M. Spiegel dans la Revue de la société
orientale allemande, t. XXX, p. 551, t. XXXIII, p. 303; de M. James Darmes-
teter, dans la Revue critique du 23 septembre 1876, et notre propre critique
dans la Revue de linguistique, t. VIII, p. 313 ss.
(2) Voir Bartholomæ, Jenaer literatur&eitunq, 19 juillet 1879.


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M. Geiger a publié à Erlangen, en 1877, son opuscule :
Die pehleviversion des ersten capiiels des Vendîdâd, heraus-
gegeben nebst dem versuch einer ersten übersetzung und
erklœrung. M. Geiger part de ce point très-exact, que pour
décider de la valeur de la version huzvârèche de l’Avesta,
il faut, avant tout, l’avoir étudiée suffisamment. Si cette
version fournit çà et là quelques renseignements utiles, il
y a lieu de rechercher si ailleurs, également, il n’en est
pas de même. L’auteur promet, dans son Introduction, une
traduction complète de la. version huzvârèche, précédée du
texte transcrit en caractères hébraïques et suivie d’un com-
mentaire (qui est absolument indispensable). Ce que M. Geiger
donne dans ce fascicule préliminaire suffit déjà à mettre
en relief toute l’importance que possède la version dont il
s’agit, et confirme pleinement ce que nous avons dit précé-
demment du respect que doit avoir tout inlerprétateur de
l’Avesta pour la tradition ancienne (1).
Le même auteur a fait paraître à Erlangen, en 1878,
une brochure portant le titre : Aogemadaêéâ. Ein Pdr-
senlractat in pâzend, altbaktrisch und sanskrit, hgg. ïibcrs.
erklært und mil glossar versehen. Cet opuscule, en langue
parsie, s’occupe du sort de l’homme après la mort, et
indique la façon dont l’homme doit se comporter sur la
terre pour atteindre, après sa mort, le paradis. Ce texte
parsi est accompagné d’une traduction sanskrite et cite
des passages zends qu’il commente. Le titre même est le
premier mot d’un de ces passages (2).
Le manuel de la langue de l’Avesta, par M. Geiger
(Handbuch der Awestasprache, Erlangen, 1879), comprend
une petite grammaire habilement et clairement présentée,
une centaine de pages de textes et un lexique analytique
(p. 176-358) servant à l’application de ces textes.
(1) Consultez le compte rendu de M. James Darmesteter, Revue critique du
18 août 1877. Voir également West, The Academy ; 24 août 1878.
(2) Voir le compte rendu de M. J. Darmesteter, Revue critique du 30 août
1879.


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En 1877, M. Geldner a publié, à Tübingen, un volume
intitulé : Ueber die metrik des jüngercn Avesta, nebst iiber-
setzung ausgewæhller abschnitte. Il entend sous le nom de
« plus récent Avesta » tout ce qui ne fait point partie des
anciens cantiques ou Gâthâs. Voir Darmesteter, Revue criti-
que, 15 nov. 1879. Nous trouvons dans la Revue déjà citée de
M. Kuhn un article de M. Geldner sur la lexicographie
baktrienne : Beitræge zur altbaktrischen lexicographie,
t. XXIV, p. 128-158, 1877, et plusieurs morceaux du Ven-
didad traduits et commentés, ibid., p. 542-555 ; t. XXV,
p. 179-212.
En 1877, M. Bezzenberger a publié une étude gramma-
ticale intitulée : Conditionalformen in Avesta (Z. Kunde d.
indogerm. spr.).
En 1878, dans la Revue de linguistique, t. XI, p. 181,
M. Schœbel a écrit un article sur YHisloire des rois mages,
dans laquelle les documents mazdéens tiennent une place
importante.
La même année a vu paraître le volume de M. Bartholomæ :
Dos altiranische verburn in formenlehre und syntax (1).
Certains écrits récents ne sont pas encore venus entre nos
mains au moment où la présente feuille est imprimée. Par
exemple : Wilhelm, Traité grammatical de la langue zende-,■
R. Brown, La religion de Zoroastre considérée dans ses rap-
ports avec le monothéisme archaïque.
Nous n’avons guère parlé jusqu’ici, à une exception
près, que des travaux dus à des auteurs européens; les
Orientaux modernes ont droit, eux aussi, à être cités.
Leurs écrits ont souvent une réelle importance, et en
tous cas, il ne faut jamais les négliger entièrement. Outre
la version de Framji Aspandiarji (1823-1825) ; celle du
Khorda Avesta de Edalji Darabji Sanjana, publiée en 1811
et rééditée en 1848; celle d’Aspandiarji Framji, version
(1) Voir Geiger, Jenaer literaiurzeitung, 26 avril 1879.